| Gaston
Fortier a construit tous les palais de Bonhomme
depuis 1958, sauf un ! Celui « des
souris de Walt Disney » en 1995. C’est
son 46e cette année.
Un palais plus ouvragé, plus fancy,
que les précédents pour marquer
le 50e anniversaire du Carnaval de Québec.
Pendant 20 ans, de 1958 à 1978, cet
entrepreneur de Sainte-Brigitte-de-Laval
a dirigé les travaux du palais de
glace pour le compte de Paul Émond
Inc. En 1978, il fonde sa propre entreprise,
Les Constructions GF Inc. Il construit des
maisons, mais réserve janvier au
palais de Bonhomme. |
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En
1988, il décide de prendre sa retraite
à l’âge de 57 ans. Il laisse
tout tomber, sauf le palais ! C’est son
bébé. Pas question de l’abandonner.
À 72 ans, il se souhaite encore trois belles
années jusqu’à son 75e anniversaire
! Pour sa contribution depuis près d’un
demi-siècle au succès du Carnaval
de Québec, LE SOLEIL l’a élu
son Lauréat de la semaine.
Mercredi matin, par -12° C sur le chantier
du palais de Bonhomme qui célèbre
ses 50 ans cette année, Gaston Fortier,
vêtu d’une simple chemise sur un t-shirt
et col roulé bourgogne, dirige les travaux
d’une main experte. Une franche et joyeuse
camaraderie règne entre le boss et sa douzaine
d’hommes. Tronçonneuse au poing,
les uns scient en quatre les gigantesques blocs
de glace de 360 livres. D’autres, les mains
pleines de sloche, les assemblent. Plus loin,
des ouvriers s’affairent, grimpés
sur des échafauds. « Gaston, c’est
un vrai leader ! » lance un travailleur.
C’est de la misère,
ça !
Gaston Fortier, 72 ans, est de cette génération
d’hommes qui se sont faits tout seuls. À
13 ans, il quittait l’école avec
pour tout bagage une septième année.
Peu de temps après, il partait bûcher
dans le bois. « Moi, à 14 ans, je
bûchais dans la région de Portneuf,
raconte-t-il dans la roulotte qui lui sert de
bureau sur le chantier. Essayez d’imaginer
ça aujourd’hui ! Un adolescent de
14 ans avec une sciotte autour du cou, il ne survivrait
pas. »
Le dur métier de bûcheron, ce self-made
man l’a pratiqué une bonne dizaine
d’années avant de devenir menuisier.
Il a bûché en Gaspésie, en
Abitibi, en Ontario, dans le parc des Laurentides,
au Saguenay-Lac-Saint-Jean. « J’ai
bûché jusqu’à la Péribonka,
proche de la rivière Alex. Dans le coin
des Passes dangereuses », précise-t-il
en montrant du doigt ses yeux « pochés
par le froid » : « C’est de
la misère ça, des yeux maganés
de même ! »
Barbe hirsute de trois jours, sourcils en broussailles,
casquette posée à plat sur ses cheveux
blancs, Gaston Fortier revient sur 1958, l’année
où il a construit son premier palais. «
Dans le temps, je faisais de la menuiserie pour
l’entrepreneur en construction Paul Émond.
C’est lui qui avait décroché
le contrat. Il m’a proposé de travailler
sur le palais. J’y ai tout de suite pris
goût. J’aime le froid », confie
le septuagénaire, qui a quand même
battu en retraite, il y a une dizaine de jours,
quand le mercure est tombé sous la barre
des 35 degrés. « Je ne voulais pas
faire attraper de mal à mes hommes, explique-t-il.
J’ai trop besoin d’eux. »
De 1958 à 1978, Gaston Fortier se retrouve
année après année à
la tête du chantier de Bonhomme. En 1978,
il fonde sa propre entreprise, Les Constructions
GF & Fils. Il construit des maisons «
tout partout », mais le palais reste une
priorité à son agenda. Arrive le
« trou » de 1995 avec les souris Mickey
et Minnie, qui bousculent les habitudes. Mais
dès l’année suivante, il reprend
du service et poursuit sans interruption sur sa
lancée jusqu’à aujourd’hui.
« C’est moi qui dirige tout ici »,
confirme, manifestement fier de ses œuvres,
ce père de six enfants de 36 à 48
ans et grand-père de six petits-enfants
de 4 à 18 ans, qui vient de passer la main
à son fils cadet Richard, de Constructions
RL. C’est Richard qui a le contrat, mais
c’est Gaston qui mène.
Tous beaux
Sur les 46 palais qu’il a construits, Gaston
Fortier est bien embêté d’en
désigner un plus beau que les autres. «
Je les aime tous, confesse-t-il. Mais pour la
finition, celui de cette année sera le
plus beau. À cause des murs cintrés.
Des tours ciselées. C’est plus difficile
à construire, mais c’est un vrai
plaisir. »
Plus beau, soit ! Mais il faut retourner en arrière,
au début des années 80, pour trouver
les plus gros. Gaston Fortier parle d’un
palais qui faisait 75 pieds de haut. « Je
me souviens de 15 pattes d’échafaud
à partir du sol. C’est pas mal haut,
ça ! » s’exclame-t-il.
La passion du Carnaval
Grand maître d’œuvre du palais
de Bonhomme, ce natif de Sainte-Brigitte-de-Laval
a la passion du Carnaval. Il le dit tout de go,
il a toujours aimé « fêter
avec les fêtards ». « C’est
vrai. J’y vais encore régulièrement,
confirme-t-il. Deux ou trois fois par semaine.
Avec mes enfants et mes petits-enfants. Mes amis
d’Abitibi. Je leur fais faire un tour de
carriole. »
En d’autres saisons, Gaston Fortier est
grand pêcheur et grand chasseur devant l’Éternel.
Il possède un club de pêche, 300
arpents de terre à bois qui « accotent
celles du Séminaire de Québec »,
une cabane à sucre. « Je m’amuse
», confie ce gaillard, qui se vante d’avoir
abattu plus d’orignaux dans sa vie que tout
autre de ses pairs de Sainte-Brigitte. «
Y a pas un automne où j’ai pas tué
mes deux ou trois orignaux. Toujours avec des
permis », s’empresse-t-il d’ajouter
en se frottant les mains. « C’est
du sang d’orignal qui coule là-dedans
», lance-t-il, fier de sa force physique.
L’homme est plein de ressources. Musicien
à ses heures. On l’imagine debout
pinçant les cordes de son violon ou enfonçant
les boutons de son accordéon pour un rigodon.
Le folklore est la spécialité de
cet amoureux de la vie. « Un homme sans
défaut », le taquine son équipe,
parce qu’il ne boit ni ne fume.
Tout un honneur
Gaston Fortier n’a pas caché sa surprise
quand LE SOLEIL lui a appris que c’était
lui, l’heureux élu de la semaine.
« Tout un honneur ! a-t-il réagi
spontanément. Ce n’est pas une chose
à laquelle je suis accoutumé. Je
n’ai pas eu souvent de félicitations
dans ma vie, à part les bons mots de ma
femme Lucille et les bravos des gens du Carnaval.
Du monde humain avec qui c’est un plaisir
de travailler. »
Et travailler, c’est primordial pour ce
bâtisseur. « Faut que j’aille
voir mes hommes », déclare-t-il subito
après une quarantaine de minutes d’entrevue.
Ce sont tous des amis, ces gars-là. Ils
se fendraient en quatre pour moi. »
Et le voilà de retour au milieu de sa gang,
tronçonneuse en marche au-dessus d’un
mastodonte de glace.
Conseils
pour la creation d' entreprise
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