| Martin
Bouchard avait deux ambitions : créer
sa propre entreprise et faire sa marque
en informatique. Il a commencé par
réaliser des contrats pour des clients
commerciaux, mais faire un logiciel pour
un client et repartir à zéro
pour le suivant, ça ne lui suffisait
pas. Avec l’avènement d’Internet,
il pouvait rêver de n’en faire
qu’un seul, mais pour un million de
personnes. Aujourd’hui, plus de 30
millions de gens utilisent un des produits
de Copernic, incluant les versions gratuites,
et il y en aura 15 000 de plus, demain matin.
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La petite entreprise mise
au monde en 1996 est aujourd’hui un joueur
mondial et elle ouvre son premier bureau à
l’extérieur du pays, à Palo
Alto, dans la Silicon Valley. LE SOLEIL veut souligner
ce travail en désignant Martin Bouchard
comme Lauréat de la semaine.
À 13 ans, Martin Bouchard tondait les gazons
de ses voisins et il a créé quelques
microentreprises au secondaire. « J’ai
toujours eu le désir d’entreprendre
», dit-il.
C’est Internet qui lui a offert la chance
de réaliser son ambition et de satisfaire
en même temps sa passion pour l’informatique.
« Ç’a été le
déclic. Notre projet était ambitieux
au départ. Jamais un logiciel québécois
ne s’était vendu à un million
d’exemplaires. »
En 1996, il se lance dans l’aventure avec
tout ce qu’il possède, il vend même
l’automobile d’occasion qu’il
possédait. Quelques personnes ont cru dans
son projet et un premier groupe d’actionnaires
contribue à peu près 150 000 $ qui
ont permis de lancer au mois de septembre de la
même année la version 1.0 de Copernic,
un logiciel de recherche évolué
qui permet de filtrer, de grouper et de résumer
les résultats.
Toutes les ventes passaient par Internet, au rythme
de 5 à 10 copies par jour d’abord,
puis de plus en plus rapidement. « On faisait
des paris pour savoir quand on atteindrait le
million.
C’est arrivé un mercredi je crois,
après un an et demi à peu près,
vers la mi-1998. »
Quand vous entrez dans les bureaux de la compagnie,
rue Franquet dans le Parc technologique du Québec
métropolitain, un petit panneau lumineux
affiche le nombre de personnes qui utilisent les
produits de Copernic. Et ça grimpe toutes
les 5 à 10 secondes, de 30 933 672 au début
de l’entrevue à 30 934 001 après
45 minutes. À peu près 15 000 par
jour, selon Martin Bouchard.
« Quand je suis arrivée, il y a un
peu plus de sept mois, raconte la réceptionniste,
Lisa Bijeau, je crois que c’était
aux environs de 25 millions. »
« Moi, ce qui m’intéressait,
c’était d’avoir un impact sur
la société, explique M. Bouchard,
et c’est ce qu’on voit avec notre
produit. Des gens de partout dans le monde nous
en parlent. »
Et forcément, quand le monde s’ouvre
sur vous, en retour vous vous ouvrez aussi sur
le monde, a constaté le jeune entrepreneur.
Il a fallu par exemple comprendre la mentalité
des Français pour adapter le produit à
leurs besoins. La France est un marché
important pour Copernic, qui y a vendu près
de 1,5 million de copies, souligne-t-il.
Le Québécois est devenu globe-trotter
par la force des choses. Il est allé en
Europe, dans la plupart des grandes villes américaines,
et aussi au Japon, où la culture des affaires
tranche avec le modèle nord-américain.
« C’est stimulant de voir que, même
si les gens ont un fonctionnement tout à
fait différent, ça marche aussi
bien, avec d’autres forces et d’autres
faiblesses.
« C’est une culture beaucoup moins
impulsive que les États-Unis, poursuit-il.
Il faut prendre le temps de se connaître
avant de même penser faire des affaires
ensemble, et ça peut prendre des mois.
On peut passer deux jours à parler de tout,
sauf d’affaires. On parle de famille, de
la vie, des valeurs, et le lendemain, on parle
une heure du produit et de l’alliance..
»
La compagnie emploie présentement 60 personnes
et ses ventes atteignent 10 millions $. Et maintenant,
la croissance passe par l’ouverture de bureaux
à l’étranger, en commençant
par les États-Unis.
Depuis les attentats du 11 septembre, c’est
devenu plus difficile de vendre aux Américains,
il faut être présent sur place et
Copernic a décidé d’ouvrir
un bureau. Boston aurait été un
choix pratique, à cause de sa proximité,
mais c’est plutôt Palo Alto, de l’autre
côté du continent, que l’entreprise
a finalement choisi. La côte est viendra
plus tard.
Et Palo Alto, c’est la Silicon Valley. Pour
un mordu d’informatique comme Martin Bouchard,
ça reste encore le paradis, malgré
les locaux abandonnés par les entreprises
qui ont fait faillite quand la bulle Internet
s’est dégonflée. Au moins,
se réjouit-il, les loyers sont 10 fois
moins chers qu’ils l’ont déjà
été.
« C’est encore La Mecque de l’informatique.
Pour quelqu’un qui a grandi là-dedans
comme moi, c’est comme un pèlerinage.
On voit les buildings d’Apple, d’Oracle,
de Yahoo !. Tu peux mettre du concret sur les
noms que tu entends tous les jours. Tu sens qu’il
se passe des choses particulières. »
Le bureau américain emploie déjà
trois personnes, et le fait de s’installer
au royaume des octets a permis à Copernic
de recruter ses premiers employés chez
ses concurrents. D’autres devraient s’y
ajouter sous peu et l’entreprise prévoit
déjà ouvrir un deuxième bureau
sur la côte est, avant de traverser l’Atlantique
pour avoir une présence en Europe.
Dans le domaine où il œuvre, Martin
Bouchard pourrait consacrer sa vie entière
à son travail et il n’aurait pas
encore assez de temps pour faire tout ce qui serait
possible. Mais le jeune homme de 31 ans n’a
pas envie de tomber dans ce piège.
« J’ai une fille de deux ans et même
si je suis très occupé, j’essaie
de passer le plus de temps possible avec ma famille,
d’aller au cinéma, de faire du jogging,
de la lecture, même si je n’arrive
pas à le faire autant que je voudrais.
Si on ne fait pas attention, il n’en reste
pas de temps, on n’a plus d’équilibre
de vie, on s’épuise et on prend des
mauvaises décisions. »
Il ne lui en reste donc pas beaucoup pour se consacrer
à des causes, mais il y en a une qui lui
tient à cœur : développer l’esprit
d’entreprise chez les jeunes.
« Je parraine des entreprises, j’essaie
de leur épargner certaines souffrances
que j’ai pu vivre à cause de mon
manque d’expérience. Au Québec,
en comparaison de l’Ontario et des États-Unis,
il n’y a pas beaucoup de jeunes qui se lancent
en affaires. Ça fait pitié.
« Quand je suis parti en affaires, j’ai
eu tellement de freins autour de moi, de gens
qui me disaient : “ Ne fais pas ça,
ça ne marchera pas, ça ne servira
à rien. ” Quatre-vingt-dix pour cent
des gens à qui je parlais de mon projet
me disaient de ne pas me lancer là-dedans.
« Quand je parlais de mon objectif de vendre
un million de logiciels, il y a des gens avec
des postes importants qui me disaient : “
Tu rêves en couleurs. ” Et je me demande,
combien de beaux projets ne verront pas le jour
à cause de cette mentalité-là
? »
Martin Bouchard n’a pas encore fini de rêver
d’ailleurs. Sa compagnie compte parmi une
élite d’une vingtaine d’entreprises
dans le domaine de la recherche dans Internet,
et il veut se hisser parmi les trois premières.
« On a la vision, les produits, mais il
va nous falloir de l’argent. On ne va pas
s’attaquer à un marché comme
ça avec 5 millions $ canadiens. »
Il aurait pu vendre son entreprise, plusieurs
fois. Microsoft et d’autres les ont approchés,
mais même s’il ne dit pas : “
Jamais ! ”, il veut d’abord voir jusqu’où
il peut aller. Et il voit loin.
Conseils
pour la creation d' entreprise
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