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Marcel Tayrac
: survivant de la gabarre
Et s'il n'en reste qu'un, c'est lui,
Marcel Tayrac, de Couesque. C'est
le dernier des gabarriers d'ici. De
son petit atelier sont sorties des
centaines de gabarres qui ont descendu
le fil du Lot chargées de marchandises.
Pour ceux qui ignoreraient ce qu'était
une gabarre, rappelons que c'était
ces barques rustiques de neuf à
quinze mètres de longueur destinées
à emporter des marchandises
de la vallée du Lot jusque
dans le Quercy et le Bordelais. Les
cargaisons étaient souvent
composées de merrains, ces
éléments de bois qui
servaient à confectionner les
tonneaux.
Nous avons retrouvé Marcel
Tayrac dans son petit hameau de La
Bastide, sur les hauteurs de Couesque.
Il a revécu pour nous cette
époque maintenant révolue
de la gabarre, qui participait grandement
à la vie économique
de la haute vallée du Lot.
Elle eut son moment de gloire au XVIIIe
siècle et par la suite tout
le temps que le Lot remplaça
la route
DEUXGABARRES
PAR MOIS
C'était son rythme à
Marcel. Il construisait bon an mal
an ses deux gabarres dans le mois.
L'ancien exploitant forestier avait
pris ce rythme depuis l'âge
de 16 ans, lorsque le grand-père
Alexandre lui apprenait le métier.
Le père, lui, s'était
noyé, précisément
en manœuvrant sur une gabarre.
Marcel se souvient avoir construit
sa dernière barque en 1988.
«C'était pour Sérieys,
qui tenait à garder un souvenir
de ce temps-là». Et Marcel
a mis tout son cœur pour réaliser
cet exemplaire en chêne avec
les courbes en châtaignier,
taillé à la hache et
à la scie, assemblé
avec des chevilles de bois et une
vingtaine de clous «longs comme
ça», spécialement
faits pour le bas de l'embarcation.
Après avoir cessé la
construction de vraies gabarres dans
les années «60»,
Marcel Tayrac s'était lancé
dans la reproduction miniature à
l'identique.
Il lui reste encore dans son atelier
bon nombre de ces modèles réduits,
qui ont eu pas mal de succès
en leur temps. Maintenant, il contemple
les quelques exemplaires qu'il lui
reste avec une certaine nostalgie.
Même ce temps-là semble
révolu. «Vous savez,
nous disait Marcel Tayrac, ces barques
n'étaient pas faciles à
manœuvrer, il fallait jouer avec
le courant et manœuvrer en conséquence
».
Le courant du temps, beaucoup plus
implacable, a fait son œuvre
; avec lui, inutile de chercher à
remonter, mieux vaut se laisser porter
par les souvenirs comme le fait, non
sans nostalgie, le dernier survivant
des gabarriers.
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