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C'est la dernière séance
des ouvreuses
CARCASSONNE (11) - Le fait du jour.
Les deux ouvreuses de l'Odeum, Isabelle
Martines et Raymonde Sanvicente, prendront
leur retraite dans quelques jours.
Presque
quarante ans de service et autant
d'années passées à
placer les spectateurs et à
leur vendre des friandises pour agrémenter
les projections. Le rideau s'apprête
à tomber sur la vie d'ouvreuses
à l'Odeum d'Isabelle Martines
et de Raymonde Sanvicente. Une vie
riche en anecdotes et en évolution
de tout genre.
Toutes les deux débutent
dans les cinémas de la ville
en 1956. Depuis, elles coopèrent
et si le ton monte parfois, le respect
et la courtoisie y sont toujours.
Il est loin le temps où les
deux jeunes femmes d'alors portaient
de petites tenues noires avec un col
et des manchettes roses. Un jour,
le patron a même décidé
d'y ajouter un petit tablier, rose
lui aussi. Raymonde Sanvicente rougit
légèrement : «
Je ne vous raconte pas tout ce qu'on
a entendu avec cet uniforme ».
À cette époque, les
places étaient numérotées,
le rôle de l'ouvreuse avait
un autre sens et une autre utilité.
Les pratiques aussi étaient
différentes. « Les spectateurs
s'habillaient avec beaucoup de soin.
On ne se rendait pas au cinéma
en baskets. Je me souviens que le
jeudi et le vendredi, c'était
la « haute » qui occupait
les places », explique Isabelle
Martines. Mais le temps ne fait rien
à l'affaire. Elles sont de
la maison depuis toujours ou presque.
Les habitués les embrassent,
ils leur demandent leur avis, les
questionnent sur les films à
l'affiche. « Alors, qu'est-ce
qu'on va voir ce soir ? », s'interrogent
certains. Les ouvreuses ont la réponse.
Toujours.
Ce qui a changé, c'est le chiffre.
La quantité de pièces
qui sonnent dans la petite boite en
bois d'Isabelle et de Raymonde. La
pratique des pourboires s'est perdue
dans les limbes des cinémas.
« Le public n'a plus l'habitude.
Et puis la carte d'abonnement a tué
notre métier. Les gens n'ont
plus de monnaie lorsqu'ils viennent
au cinéma. Avant il y avait
toujours une pièce qui traînait
au fond des poches. » De toute
évidence, elles n'ont pas fait
ce métier par goût pour
l'argent. Par passion pour le cinéma,
peut-être. Ou alors, est-ce
pour les anecdotes ? Des centaines
d'anecdotes, dont elles feront peut-être
un jour un livre. Comme cette grand-mère
accompagnant ces deux petits-enfants
à la projection de «
Titanic » et qui s'exclame :
« Je ne suis pas revenue au
cinéma depuis Les Quatre Plumes
Blanches ». Le film était
sorti en France en 1945 ! Des histoires
qui font la mémoire du cinéma
de l'Odeum. Une mémoire qui
s'envolera le 21 août à
leur départ à la retraite.
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