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Des jupons
pour les étalons
HAUTES-PYRENEES - LE MONDE TRÈS
MASCULIN DES HARAS ACCUEILLE UN NOMBRE
CROISSANT DE FEMMES. À TARBES,
ELLES SONT 3 À S'OCCUPER DES
CHEVAUX.
Bleu de travail et boucles d'oreille,
ce petit bout de femme de 29 ans,
qui amène un étalon
à la saillie, c'est Sandrine
Urban, agent au haras de Tarbes. Au
cours de la journée et au détour
des allées, on la retrouve
un balai à la main, dans le
box des chevaux, à l'attelage
ou sur le tracteur. «ça
fait partie du travail, explique-t-elle.
L'entretien du dépôt
est aussi important que celui des
chevaux; alors, je ne rechigne pas
à le faire». Durant les
périodes de reproduction, elle
prépare le vagin artificiel
et récolte le sperme destiné
à la congélation, des
tâches que certains imaginent
réservées aux hommes.
«Je suis rentrée aux
Haras nationaux il y a sept ans, se
souvient Sandrine. J'ai commencé
à Compiègne, dans le
Nord. Il y avait déjà
des filles et l'idée était
bien acceptée. La difficulté
a été, peut-être,
de convaincre les éleveurs.
Quand ils ont vu que j'étais
compétente, tout s'est très
bien passé. Je sais que dans
certains haras, c'est plus difficile,
mais les mentalités évoluent.
Les hommes sont bien forcés
d'admettre qu'on sait monter à
cheval, atteler et tenir un étalon.
Avant de le voir, personne ne veut
le croire. Pourtant, moi, j'amène
à la saillie des chevaux de
trait.»
«J'étais la première
femme à être agent technique
dans le haras de Tarbes, raconte Catherine
de Lartigue, technicienne responsable
de la reproduction. A ce moment-là,
nous n'étions que quatre ou
cinq au sein des Haras nationaux.
Les premières femmes à
avoir intégré les haras
sont arrivées dans des postes
d'encadrement ou techniques. Je pense
que ça choquait moins que de
les voir dans les écuries.
Pour moi, le handicap n'a pas été
d'être une femme, mais d'être
jeune. Avec le temps, on se fait sa
place. Dans ma fonction actuelle,
être femme n'est ni un avantage
ni un inconvénient, c'est un
poste complètement mixte.»
Christian Catusse, agent des haras
depuis vingt-sept ans, est convaincu
par la compétence des femmes.
«Pour l'insémination,
elles sont plus patientes. Leurs mains
sont moins grandes, dont, elles ont
plus de facilité. Par contre,
pour les gros travaux, c'est parfois
un peu juste.
Durant la saison de monte (Ndlr: période
durant laquelle les étalons
se reproduisent), j'ai passé
quatre mois avec Sandrine et c'était
super.»
Alfred Jarry, dans ses «Pensées
hippiques», avait peut-être
raison en affirmant que «la
plus noble conquête du cheval,
c'est la femme».
Sandrine Fresneau-d'Aboville
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Equilibre
et complémentarité
Bernard Viaque, technicien au haras
de Tarbes, responsable de communication
et formation: «C'est dans les
années «70-75»
que les premières femmes sont
admises dans les haras nationaux,
en accédant à des postes
de directrices. Aujourd'hui, elles
sont embauchées à tous
les niveaux hiérarchiques.
Sur le plan national, les haras emploient
800 agents techniques dont 20% sont
des femmes. Ce chiffre évolue
constamment, notamment parce que les
formations équines accueillent
une majorité féminine.
Au lycée agricole de Mirande,
par exemple, la filière cheval
compte 80% environ de filles.
Quand elles travaillent au haras,
elles ne doivent pas avoir une identité
de femme, ce sont d'abord des agents.
Ensuite, effectivement, nous constatons
que leurs relations avec leurs collègues,
les chevaux, le métier, diffèrent.
Elles sont méticuleuses, ont
un côté plus pratique
dans l'organisation et une émotion,
une perception du cheval souvent plus
subtile.
Elles nous obligent parfois à
écouter autrement. Elles n'ont
pas toujours raison, mais nous tenons
compte de leurs réflexions.»
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