« Ce que j’aime le plus dans
mon métier, c’est travailler
la matière vivante. » Poète
à ses heures, Cédric est en
2e année de CAP boulanger, à
l’Institut de Formation de l’Artisanat
à Bruz.
Sa (future) profession ? Il l’a
découverte « grâce
à un grand-oncle » ancien
boulanger maintenant à la retraite.
Même s’il ne l’a «
jamais vu exercer », Cédric
savait que le fournil lui plairait.
« Extrêmement physique »,
le métier de boulanger nécessite
une très bonne hygiène
de vie et une santé à
toute épreuve. Ce qui n’est
pas pour déplaire à Cédric,
qui place la satisfaction du client
bien au-dessus de tout. « Quand
on a des retours positifs de la part
des habitués, ça fait
forcément plaisir », avoue-t-il.
Son travail commence très tôt
le matin, vers 3 heures. Il s’occupe
spécifiquement de la mise en
forme des pains (baguette, pain de campagne,
boule…). Avant d’ouvrir
sa propre boulangerie, Cédric
compte bien « changer plusieurs
fois de patrons » histoire d’éprouver
« différentes méthodes
de travail ».
Il
y a 10 ans, Éric B. créait une
mini commotion dans la capitale en ouvrant
la première boulangerie artisanale
destinée au secteur de la restauration.
Depuis, une clientèle de fidèles
s’est ajoutée, qui succombe chaque
jour devant la baguette craquante de ce chef
cuisinier-pâtissier-boulanger-voyageur
qui a choisi Québec par amour…
Dans l’atelier boutique de la rue de
Celles, c’est un monde mystérieux,
un monde de noctambules, presque de magiciens,
qui s’active chaque nuit.
Dès que la ville s’endort,
les cinq boulangers artisans de l’équipe
d’Éric Borderon se mettent
à l’œuvre : ils nourrissent
d’abord le levain gourmand, qu’on
appelle levain maître, puis ils démarrent
la pâte en une série d’opérations
d’une grande précision : après
un premier pétrissage, ils «
poussent » la pâte dans une
fermentation initiale qui permet au levain
d’entrer en action ; ensuite, ils
font l’apprêt pour la deuxième
fermentation, ils pointent, divisent, façonnent,
puis ils lament chaque miche pour avoir
une belle grigne (la coupe par où
le gaz carbonique peut s’échapper).
Enfin, ils enfournent. On se croirait dans
un match de pétanque, peuchère
! Que je te pousse, que je te pointe, que
je te divise…
C’est que la boulangerie a son langage
d’initiés. Des techniques qui
reposent sur un savoir-faire hérité
des anciens et une connaissance intime des
réactions chimiques de la pâte.
Chaque nuit, les boulangers et leur patron
reprennent les mêmes gestes. Chaque
fois, le défi qui les attend est
pourtant différent, et la partie
boulangère, jamais gagnée
d’avance. « C’est un travail
en perpétuel changement, explique
Éric Borderon. Nous sommes à
la merci de cette matière vivante
qui nous dicte le rythme et la façon
de faire. S’il fait froid et qu’on
ouvre la porte quatre fois durant la nuit,
la pâte prendra plus de temps à
fermenter. Parfois, la farine est différente
et il faut lui ajouter un peu d’eau,
ou en soustraire à la recette initiale.
On ne peut pas faire du bon pain si l’on
n’a pas cette attitude de respect
et presque de soumission aux ingrédients
avec lesquels on travaille. »
Toujours en apprentissage
C’est ce qui fait qu’Éric
B. est toujours aussi passionné par
son métier après plus de 10
ans à le pratiquer, lui qui a aussi
été formé comme chef
cuisinier et pâtissier dans les meilleurs
établissements européens.
« L’apprentissage n’est
jamais terminé, et au Québec,
on est plus ouvert à l’expérimentation
qu’en Europe. C’est très
stimulant. » C’est ce qui a
conduit notre homme à faire pousser
son propre blé dans le Témiscouata
et dans Charlevoix, avec le désir
de couvrir l’ensemble du processus
: de la terre à la table. Mais il
reste encore pas mal de recherches à
mener avant d’obtenir les rendements
souhaités...
Un monde monochrome
À son atelier de la rue de Celles,
en plus du pain et de viennoiseries qui
sont assez populaires pour lui permettre
d’employer trois personnes à
plein temps, Éric Borderon fait toujours
de la pâtisserie. Mais sur commande
spéciale seulement. Parce qu’il
a œuvré si longtemps dans ce
domaine qu’il ne pourrait pas l’éliminer
complètement de sa vie. Il compare
ses deux métiers au monde de la peinture,
qu’il pratique d’ailleurs avec
passion. « La boulangerie, c’est
un univers monochrome. Tandis que la pâtisserie,
c’est un monde flamboyant fait de
couleurs, de formes extravagantes et de
beaucoup d’essais. »
Les sacs de farine de seigle biologique
et de farine non blanchie sont rangés
dans une grande pièce attenante à
la salle de pétrissage. On en passe
une centaine de ces poches de 40 kg chaque
semaine pour satisfaire à une demande
qui se partage à 60 % entre les restaurateurs
et 40 % et la clientèle habituelle,
qui s’approvisionne soit à
l’atelier, soit aux Halles du Petit
Quartier ou au marché public de Sainte-Foy,
en saison. L’Épicerie européenne
tient aussi le pain d’Éric
Borderon, qui compte presque tous les bons
restos de Québec dans son carnet
de commandes. « Les chefs comme Jean
Soulard, Jean-Luc Boulay, Daniel Vézina
ou Yvan Lebrun m’ont beaucoup aidé
à mes débuts », se souvient
l’artisan, qui a aussi travaillé
près de 10 ans au Michelangelo avant
de se lancer en affaires. Aujourd’hui,
je me sens comme un lien entre tous ces
restaurateurs. »
Outils et compagnonnage
Les outils du boulanger artisan diffèrent
de ceux de l’industriel, même
s’il a aussi recours à l’automatisation.
Comme les couches de lin sur lesquelles
on place le pain durant la pousse parce
que ça empêche la pâte
de coller. Ou ces jolies corbeilles, des
bannetons, qui viennent de la vannerie La
Vilaine, près de Tours, tout comme
les paniers dans lesquels on range les pains
une fois cuits. Éric Borderon utilise
un four à sole en brique, qui permet
une transmission thermique directe de la
brique à la pâte, contrairement
à un four rotatif ou à convection,
dans lequel c’est un environnement
chaud qui cuit les aliments. « C’est
pour ça qu’on dit d’un
pain qui a trop cuit dessous qu’il
est culotté ! » lance Éric,
en rigolant de tous ces termes charmants
qui décrivent le travail du boulanger.
Du compagnonnage
Dans ce métier traditionnel très
exigeant en raison des horaires difficiles,
la formation est un aspect essentiel du
travail et elle s’applique sur le
principe du compagnonnage : l’apprenti
pose ses questions à l’ouvrier,
qui lui-même s’adresse au chef,
qui, à son tour en réfère
à l’artisan propriétaire.
« C’est ma responsabilité
de trouver rapidement les réponses
à toutes les questions, insiste Éric
Borderon. Dans mon entreprise, j’ai
implanté un programme de formation
qui dure deux ans et qui fonctionne sur
ce principe. C’est comme cela que
j’ai été moi-même
formé. » Quand un apprenti
se présente pour travailler chez
lui, le critère d’embauche
essentiel sera donc une bonne attitude face
au métier et le désir d’apprendre.
« C’est notre boulot, à
nous les artisans, de lui enseigner les
aptitudes qui vont avec la profession. »
Éric Borderon insiste d’ailleurs
sur la signification profonde du mot artisan.
« Certaines personnes croient qu’un
artisan, c’est quelqu’un qui
va se contenter de faire 25 baguettes par
jour et qui n’utilisera pas les machines.
Je ne souscris pas à cette vision
des choses. Un artisan, c’est plutôt
celui qui travaille par passion d’abord,
pour son art, avant de travailler pour l’argent
tout en respectant la nature, le passage
du temps et la matière première
utilisée. »
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Pouvez-vous nous décrire votre
parcours scolaire ?
- J’ai arrêté l’école
à 14 ans, en 5ème et j’ai
commencé un pré apprentissage
jusque 16 ans.
Après j’ai donc fait un apprentissage
avec l’obtention du CAP de boulanger.
J’ai travaillé pendant quelques
années comme ouvrier boulanger.
Ensuite, j’ai repris mes études
et j’ai passé un brevet de
maîtrise, c’est un diplôme
de niveau 4 donc équivalent à
un bac professionnel. Puis j’ai
entamé la même chose en pâtisserie.
Donc au niveau des diplômes, j’en
suis au brevet de maîtrise qui me
donne un titre de maître artisan.
Et je prépare un autre titre qui
sera un diplôme reconnu de niveau
3 celui du meilleur ouvrier de France.
Là c’est le summum de la
profession après il n’y a
plus rien.
> Quelles sont vos expériences
professionnelles ?
- J’ai travaillé dans quasiment
tous les domaines de la boulangerie. J’ai
été ouvrier dans l’artisanat
et dans l’industriel et j’ai
donné des cours en tant que professeur
à la chambre des métiers.
J’ai également été
formateur dans la seule école de
boulangerie qui est une école internationale
à Rouen où je formais de
jeunes adultes qui voulaient se reconvertir
et qui voulaient apprendre le métier
de boulanger. Il y avait beaucoup de personnes
qui venaient d’autres pays, des
coréens, beaucoup de pays d’Asie.
J’ai travaillé 8 ans comme
démonstrateur et boulanger d’essai
dans un moulin où je faisais le
contrôle qualité des farines
et puis j’allais éventuellement
chez les boulangers résoudre leurs
problèmes de qualité, mettre
en place de nouvelles recettes.
J’ai travaillé 2 ans dans
une grande maison internationale qui fait
des matières premières et
j’ai voyagé en Europe. Je
faisais partie du service technique :
mise au point de recettes, mise en place
de nouvelles techniques, de nouvelles
méthodes de travail donc j’allais
chez d’autres boulangers pour leur
donner des conseils. J’ai aussi
été chef de rayon dans un
hypermarché, cadre responsable
qualité dans une industrie où
j’étais chef d’équipe.
> Que vous
à apporter ce parcours très
riche ?
- Il y a eu un déclic : jusqu’à
l’âge de 23, 25 ans, je faisais
mon travail mais j’avais une vie
à côté, je faisais
beaucoup de sport. La priorité
n’était pas de progresser
dans la profession. C’était
le moyen de gagner ma vie et c’est
tout. Quand je me suis marié, j’ai
arrêté, j’ai fait autre
chose mais ça n’a pas marché.
J’ai du reprendre mon métier
de boulanger et j’ai décidé
de continuer mes études ce qui
m’a permis d’avoir un niveau
plus élevé, d’apprendre
de nouvelles méthodes et c’est
devenu vraiment plus intéressant.
Le CAP c’est le minimum pour entrer
de la profession mais je pense que c’est
insuffisant pour monter dans la profession.
Avoir un niveau au-dessus, ça ouvre
des portes et des emplois mieux payés
et moins fatigants.
> Pourquoi avoir choisi ce métier
?
- Depuis l’âge de 2 ans, j’ai
toujours voulu être boulanger. Je
suis gourmand, j’aime bien faire
ce que j’aime bien manger. Quand
je fais une nouvelle recette c’est
d’abord par rapport à mes
goûts et je la met en magasin pour
faire découvrir de nouveaux produits
à mes clients.
> Et en quoi
consiste votre travail quotidien ?
- Comme je suis tout seul en fabrication,
je commence ma journée à
1h du matin et je finis à 20h.
Quand j’arrive, je mets en route
le pétrin de pain dans lequel je
fais mes baguettes et toute ma gamme de
pains blancs. Quand la pâte est
pétri je la laisse reposer une
bonne demi heure dans la cuve du pétrin
et je bois mon café pendant ce
temps là. Ensuite je pèse
la pâte en fonction des pains que
je dois faire. Je laisse encore la pâte
reposer une demi-heure environ. Les pains
de campagne ont besoin d’une très
longue fermentation. Puis, je mets en
forme tous mes pains et je commence mes
pains spéciaux. Je mets mon pain
et les petits pains préparés
la veille au four. L’heure d’ouverture
arrive vite et il faut que le pain soit
froid pour pouvoir le découper.
Vers 8h je remets en route un pétrin
que je vais cuire vers 12h, 13h. L’après
midi je suis au magasin et j’essaie
de faire une sieste entre 13h30 et 15h30.
> Dans quelle
structure peut-on travailler comme boulanger
?
- En général, on commence
comme ouvrier et après on peut
se diriger soit dans l’industrie
soit dans la meunerie (fabrication de
la farine), dans les matières premières
ou même technico-commercial. Mais
en général, le but est de
devenir son propre patron donc d’ouvrir
son magasin.
> Les métiers sont donc plus
diversifiés, le métier à
évoluer…
- Depuis le début du siècle,
il y a une grosse évolution. Actuellement
il y a encore de nouvelles techniques
qui se mettent en place dont le but est
d’avoir du pain chaud toute la journée.
On met en place des techniques pour retarder
la fermentation et pour étaler
les cuissons sur la journée. L’objectif
est de conserver plus longtemps tout en
gardant une qualité de pain. Sinon
en ville, il y a un gros développement
des pains spéciaux et on diminue
les quantités car les personnes
préfèrent acheter moins
de pain mais tous les jours pour qu’il
soit frais.
> Quelles
sont les qualités nécessaires
pour se lancer dans une carrière
de boulanger ?
- Il faut être attentif, manuel
et avoir des connaissances minimums :
lire, écrire, compter.
Il faut réfléchir à
ce que l’on fait, ne pas travailler
bêtement comme de nombreux apprentis
aujourd’hui. Il faut être
résistant car on est toujours debout,
on piétine, la chaleur des fours
fatigue énormément et les
horaires sont lourds mais actuellement
il est possible de travailler 35h en travaillant
à plusieurs.
> Pouvez-vous
nous dire les avantages et les inconvénients
de la profession ?
- Une fois que le diplôme obtenu,
on est quasiment sûr d’avoir
du travail car il y a une pénurie
importante de main-d’œuvre
dans notre métier. Une personne
qui travaille bien et autonome peut gagner
sa vie correctement. Les inconvénients
sont bien sûrs le travail de nuit,
les week-ends, les jours fériés
mais c’est le cas pour tous les
métiers de bouche, de la restauration.
> Et enfin
un dernier mot pour les jeunes qui voudraient
se lancer dans le métier.
- Je pense que les jeunes doivent découvrir
le métier avant de se lancer grâce
à un stage ou une rencontre avec
un professionnel pour savoir si cela lui
convient vraiment. Souvent ils se lancent
et se rendent compte que cela ne leur
plait pas et ils arrêtent. Si vraiment
on est passionné, il ne faut pas
hésiter car il y a énormément
de débouchés. De plus, c’est
plaisant de sortir son pain du four et
lorsque les clients vous disent qu’il
est bon, c’est quand même
valorisant. Mais je pense qu’il
est essentiel de découvrir le métier
pour peser le pour et le contre, pour
ne pas se tromper de voie.
De plus, il est vital d’avoir des
connaissances de bases : lire, écrire
et compter car être boulanger c’est
aussi gérer une entreprise.
Test
de recrutement
Ce test vous permet
de vous placer en situation réelle
d'embauche et de mieux préparer vos
entretiens...Ce
test s'adresse en priorité aux jeunes
diplômé(e)s et aux demandeurs
d'emploi (si vous êtes employé(e),
cadre ou dirigeant, nous vous conseillons
le Profil
PRO ). En
savoir plus ...
Il est révolu,
le temps où le boulanger-pâtissier
se contentait d’un seul point
de vente et d’une gamme de produits
standards. Dans le Sud fribourgeois
comme ailleurs, l’artisan doit
de plus en plus faire preuve d’imagination
pour augmenter son chiffre. Si beaucoup
multiplient les succursales, d’autres
préfèrent miser sur des
créneaux plus originaux.
Il suffit de passer
en revue la liste des membres de l’Association
des artisans boulangers-pâtissiers-confiseurs
du canton pour s’en rendre compte:
de plus en plus de professionnels fribourgeois
possèdent plusieurs points de vente.
Et le Sud fribourgeois n’échappe
pas à cette tendance: rien qu’à
Bulle, sur la douzaine de boulangeries répertoriées,
plusieurs sont en fait de simples succursales.
Le pain n’est pas façonné
sur place, mais simplement cuit, voire livré
fin prêt…
La profession aurait-elle donc tellement
changé que le boulanger ne peut plus
s’en sortir avec un seul établissement,
comme c’était encore le cas
récemment? «A long terme, cela
devient effectivement de plus en plus difficile»,
répond Jean-Pierre Giroud, qui possède
lui-même deux établissements,
à Semsales et Châtel-Saint-Denis.
Président des boulangers fribourgeois
durant cinq années, l’homme
a eu l’occasion d’apprécier
l’évolution auprès de
ses pairs. «Ceux qui n’ont pas
suivi la tendance ont souvent été
contraints de fermer», remarque-t-il.
Et cela se traduit dans les chiffres: depuis
dix ans, l’effectif des boulangers-pâtissiers
du canton a fondu d’environ 10%, pour
s’établir aujourd’hui
à quelque 130 professionnels. Au
niveau national, leur nombre a même
été divisé par deux
en un demi-siècle! «Et ça
risque de diminuer encore», estime
Jean-Pierre Giroud. D’autant qu’à
l’image des autres métiers
de bouche, celui de boulanger-pâtissier
n’a plus vraiment la cote auprès
des jeunes. Difficultés liées
aux horaires oblige…
Surtout en ville
Or, dans le même temps, le volume
de production s’est maintenu, voire
amplifié. Corollaire: le chiffre
d’affaires de ceux qui restent a augmenté
de manière substantielle, notamment
par le biais d’une multiplication
des succursales.
Pour l’heure, le phénomène
est essentiellement visible en ville. A
Bulle par exemple, une nouvelle succursale
a encore ouvert ses portes à la fin
du mois de juillet, à la rue de Gruyères.
C’est le quatrième établissement
du genre tenu par Georges Gobet, de Rossens,
après Corbières, Sorens et
Rossens justement, où est installé
le laboratoire de fabrication. «On
essaie de trouver des débouchés
pour s’en sortir», explique
l’artisan, dont l’entreprise
compte à l’heure actuelle une
trentaine d’employés.
Autres créneaux
Pour l’aider à gérer
tout ce petit monde, Georges Gobet peut
compter sur son épouse: lui fait
le pain, elle l’administration. «Ça
permet de souffler un peu, relève-t-il.
Car aujourd’hui, ce n’est plus
comme avant: il faut tout faire, tous les
jours! Et la gamme des produits ne cesse
de s’étendre… Ce n’est
pas évident.»
Le Bullois Frédéric Mettraux
ne possède pour sa part qu’un
unique établissement, à la
rue de Vevey. Et pour cause: «Les
succursales, je n’y crois pas, assure-t-il,
car cela représente le stress d’un
seul magasin multiplié par deux!
Or, pour que ce type de commerce se révèle
rentable, il faut y faire un sacré
chiffre. De plus, on n’y a pas le
même contrôle que dans son propre
magasin.»
Pour s’en sortir par rapport aux grandes
surfaces, Frédéric Mettraux
a opté pour d’autres solutions:
d’une part, sa boulangerie comprend
un espace tea-room, qui fidélise
davantage la clientèle. D’autre
part, il apporte chaque jour les «neuf
heures» à plusieurs entreprises
de la région. Plus que l’augmentation
de son chiffre d’affaires, il compte
sur l’effet «publicité»
lié à ce type de démarche
pour attirer l’employé dans
sa boulangerie plutôt qu’ailleurs.
Autre exemple? A Grandvillard, Jean-Luc
Delabays vient de reprendre la boulangerie
tenue de longue date par son père.
D’emblée, il a lui aussi décidé
de miser sur d’autres créneaux
que les succursales: par exemple, il livre
quelques laiteries des environs –
là où la boulangerie du village
a justement fermé – et propose
un service de buffet d’apéritifs.
Une manière, là encore, d’augmenter
le chiffre d’affaires d’un commerce
qui, à l’image de la plupart
des boulangeries actuelles, s’est
transformé en une véritable
petite entreprise familiale.
Offre toujours
plus grande
Dernière évolution marquante
du métier: l’augmentation du
nombre d’articles. «A l’époque,
l’offre du boulanger de village se
limitait à une poignée de
sortes de pains et de croissants, se souvient
Jean-Pierre Giroud. Aujourd’hui, l’artisan
doit proposer plusieurs dizaines de types
de pains et un choix étendu en matière
de snacks.»
Evolution à rechercher dans les habitudes
alimentaires de la population, qui se sont
considérablement modifiées
au cours des dernières années,
estiment les professionnels des métiers
de bouche. Les gens qui travaillent sont
ainsi de plus en plus nombreux à
emporter leur repas de midi sur leur lieu
de travail, à s’acheter un
sandwich à la boulangerie ou à
manger à l’extérieur.
Quant à savoir où tous ces
changements mèneront, Jean-Pierre
Giroud n’en sait rien. Mais la menace
de voir fleurir de plus en plus de «terminaux
de cuisson», comme c’est le
cas en France par exemple, est cependant
bien réelle, estime le Veveysan.
Tout en assurant que la profession boulanger-pâtissier
n’est pas en péril. «Les
perspectives sont bonnes pour l’artisan
qui mise sur la qualité. Mais il
ne faut pas compter ses heures…»