Préparer, décorer, livrer.
Le métier de charcutier traiteur
pourrait se résumer à
ces trois verbes. Seulement voilà,
ce serait un peu réducteur.
Apprenti en Mention traiteur à
l’IFA de Buz, Matthieu est bien
de cet avis.
«
Il faut à chaque fois imaginer
de nouvelles préparations,
de nouvelles présentations
selon les événements.
C’est une profession qui
demande beaucoup d’aptitudes
», détaille-t-il.
Titulaire d’un CAP en boucherie
charcuterie et d’un certificat
de qualification professionnelle
de vente en boucherie, le jeune
apprenti de 21 ans en connaît
maintenant un rayon. « Surtout
que j’avais déjà
fait plusieurs stages lorsque
j’étais collégien.
» Découper et désosser
la viande, élaborer des
pâtés et des rillettes,
préparer des salades et
des plats cuisinés…
Rien de tout ça ne lui
échappe après deux
ans d’apprentissage chez
son patron installé à
Guichen. Au point d’envisager
l’avenir avec la plus grande
sérénité.
« Je ne sais encore ce que
je vais faire à la fin
de l’année. Mais
j’ai la possibilité
de m’installer, de travailler
à mon compte ou comme salarié.
» Bref, Matthieu a son destin
entre les mains…
Je travaille au rayon traiteur au Score
Bel Air de Saint-Louis. Mon poste est généralement
considéré comme un poste mixte.
J'occupe le poste depuis un mois environ.
Auparavant
je travaillais au rayon surgelé
dans un autre magasin. Au niveau de
la grande distribution, j'ai commencé
à travailler en tant que caissier,
puis j'ai travaillé au rayon
boulangerie-pâtisserie, puis surgelé
pour travailler actuellement au poste
de traiteur.
Le travail au rayon traiteur comprend
la mise en place du rayon, c'est-à-dire
le placement des produits proposés
par le rayon, la vente, la préparation
des produits. Au niveau de mon activité,
nous avons une répartition équitable,
nous sommes deux titulaires : moi et
ma collègue. Le travail se passe
très bien, nous avons une bonne
entente. Voir un homme qui pratique
un métier dit féminin
ou une femme qui pratique un métier
dit masculin reste encore un peu restreint,
mais on en trouve tout de même.
De mon point de vue, cela ne me dérangerait
pas d'avoir un jour une fille qui veuille
être mécanicienne ou un
garçon qui veuille être
sage-femme à partir du moment
où il/elle s'épanouit
dans son métier.
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- Après le collège, j’ai commencé
par travailler dans la grande distribution, tout
d’abord dans les rayons d’épicerie,
puis au rayon boucherie. Franck a, quant à
lui, commencé par travailler pendant 7
ans chez un traiteur de Lille. Nous avons ensuite
rejoins notre père qui était à
son compte ici même depuis 1962, et qui
s’est retrouvé tout seul suite au
décès de notre mère. Nous
sommes restés plus de 10 années
en tant que salariés de notre père.
Puis nous avons repris l’affaire tous les
deux, il y a 10 ans. Je dois ajouter que nous
avons dû passer un CAP avant de rejoindre
mon père, car c’est le minimum obligatoire
pour reprendre une entreprise. Nous étions
déjà dans la vie active lorsque
nous avons dû passer cet examen.
Nous étions dans l’urgence, il nous
a donc été possible d’obtenir
une dérogation, pour le passer en un an
au lieu de deux.
> Qu’est ce
qui vous a amené à cette profession
?
- Nous sommes tombés dedans quand nous
étions petits. Je pense que la majorité
des personnes qui travaillent dans l’artisanat
ont connu la profession dès leur enfance
grâce à un membre de leur famille
ou un ami.
D’ailleurs la plupart des entreprises artisanales
d’aujourd’hui, sont des entreprises
familiales.
Ce phénomène est davantage favorisé
par le fait que le coût d’installation
ou de rachat d’une entreprise est de plus
en plus élevé.
> Quels conseils donneriez-vous
aux jeunes qui désirent entrer dans la
profession ?
- Pour être artisan, il faut aimer son travail
car on y passe énormément de temps,
nous ne comptons pas nos heures. Ensuite, je pense
qu’il est préférable de commencer
jeune, car la dextérité s’acquiert
lorsqu’on a 14 ou 15 ans, plus on apprend
le métier tard et plus on aura de difficultés
à intégrer le savoir-faire nécessaire.
Je pense également que les jeunes qui entrent
dans l’artisanat devront se distinguer de
la grande distribution en proposant des produits
d’une qualité irréprochable.
Les grandes surfaces seront toujours moins chères,
cela ne sert donc à rien de les concurrencer
sur le prix. Il faut absolument que l’artisanat
revienne à une politique de qualité
maximum.
> Quelles sont selon
vous les qualités indispensables pour faire
ce métier ?
- La boucherie, le traiteur, la charcuterie demandent
tous les trois de bonnes connaissances techniques
et un certain savoir-faire, car c’est la
combinaison des deux qui permet de faire du bon
travail. Il faut être réactif, car
suivant la météorologie ou la saison,
la clientèle n’a pas la même
demande… Il faut aussi savoir passer des
ordres, car un artisan sera amené tôt
ou tard dans sa vie professionnelle à avoir
des personnes sous sa responsabilité.
Les professions de charcutier et de traiteur demandent
une certaine polyvalence, car on est amené
à travailler des produits très différents.
> Quelles sont d’après vous les
différences fondamentales entre la grande
distribution et l’artisanat ?
- La grande distribution est devenue indispensable,
tout le monde y a recourt. Cependant en ce qui
concerne l’alimentaire je dirais que nous
ne faisons pas la même profession.
Les grandes et moyennes surface proposent un prix,
et nous, nous proposons un produit et c’est
ce qui fait la différence. Je pense d’ailleurs
qu’il y a de la place aujourd’hui
pour tout le monde, la grande distribution doit
subvenir aux besoins d’une clientèle
peut-être moins aisée que celle de
l’artisanat.
> Pensez-vous que
ce sont les revenus qui différencient la
clientèle des grandes surfaces de celle
des petits magasins ?
- Le prix a été la principale raison
du départ de la clientèle des petits
magasins au profit de la grande distribution.
On voit d’ailleurs les dimanches et les
jours de fête une clientèle moins
aisée qui vient chez nous pour se faire
plaisir. Ces mêmes gens viendraient plus
souvent s’ils en avaient les moyens. D’ailleurs
la chute du pouvoir d’achat qui sévit
depuis dix ans nous a fait du tort.
> Qu’est ce
qui fait la différence de prix entre les
GMS (grandes et moyennes surfaces) et les petits
magasins ?
- Ils ont un très fort pouvoir d’achat,
quand on achète un kg de sel, il en achète
100.
Le travail artisanal demande plus de main-d’œuvre
que le travail industriel, ces différences
se retrouvent forcément dans le prix.
> A l’inverse
qu’est ce qui fait la différence
de qualité ?
- Nous n’utilisons pas la même matière
première, les ingrédients sont une
des composantes principales de la qualité
d’un aliment. L’artisanat possède
aussi un savoir-faire qui lui est propre et qui
heureusement se retrouve dans la qualité
du produit fini. Nous prenons le temps de bien
faire notre travail, cela a son importance.
> Ne pensez-vous pas que l’artisanat
a perdu un peu de son savoir-faire ?
- Je pense surtout que certains artisans n’ont
pas respecté leur profession en proposant
à leur clientèle des produits qui
n’étaient pas issus de leur propre
fabrication. Cette tendance a un peu nuit à
notre réputation, car la clientèle
finit toujours par se rendre compte de la supercherie.
> Enfin quels conseils donneriez-vous à
un jeune qui voudrait s’installer ?
- Pour s’installer, il faut tout d’abord
posséder une certaine trésorerie,
il faut avoir les reins solides. Il est aussi
préférable de s’installer
à deux, cela évite des frais de
main-d’œuvre dès le départ.
Il ne faut pas oublier qu’on ne peut pas
tenir un magasin tout seul, car on ne peut pas
être à la fabrique et à la
vente en même temps. Il faut savoir que
les deux années les plus dures sont la
deuxième et la troisième année,
car on doit additionner aux impôts annuels,
les charges de régularisation. Ainsi beaucoup
ferment leurs portes après 2 ou 3 ans.
> Comment voyez-vous l’avenir de l’artisanat
?
- Il y aura toujours du travail pour les artisans,
il faut juste que l’on puisse transmettre
notre savoir-faire aux jeunes, qui sont peut-être
plus difficiles quant aux conditions de travail.
Il est en effet difficile aujourd’hui de
trouver un bon apprenti ou un bon stagiaire, d’ailleurs
nous n’en prenons plus.
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