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Dans la peau d'un…
gardien de zoo
Comment ça, «trouillard»?
Ah! s’occuper des animaux! Nourrir
les tigres et les lions, côtoyer les
loups et les lynx, caresser la barbichette
des bisons d’Amérique…
Le métier de journaliste mène
décidément à tout.
J’ai pu, le temps d’une journée,
entrevoir le quotidien des gardiens de zoo,
à Servion. Bon, un peu par procuration,
certes.
| Le
ciel est plutôt gris, en ce matin
de début juillet. Il est 7 h
45 et Charly Bulliard m’attend
dans son antre, le zoo de Servion. Programme
de la journée: me glisser dans
la peau d’un gardien d’animaux.
Ça tombe bien: aussi loin que
je me souvienne, j’ai toujours
aimé les bêtes. A poil,
à plume, à écaille…
Qu’importe! Je les trouve toutes
fascinantes à observer. |
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Un café plus
tard – pour les autres, moi, j’aime
pas trop – direction et personnel
s’acheminent vers leurs tâches
respectives. «Vous pouvez accompagner
Sébastien, c’est le responsable
du secteur des grands animaux», me
glisse en souriant le directeur, 73 ans.
OK. Tout de suite les choses sérieuses.
Malgré la fraîcheur des températures,
mon guide est en T-shirt. Pas de salopette
ou d’uniforme quelconque. Juste des
pantalons résistants et une paire
de gros souliers. Ce qui me déçoit
un peu: je me voyais déjà
en combinaison verte, un beau logo «zoo
de Servion» sur le cœur et une
inscription «staff» brodée
en jaune dans le dos, pour frimer l’air
de rien devant les visiteurs… Tant
pis!
Joueur, l’ours
«On va commencer par les ours de Syrie»,
m’indique Sébastien Tinguely,
biologiste et gardien d’animaux de
formation. L’élancé
trentenaire s’empare de deux seaux
en plastique pour les remplir d’un
mélange de fruits et de légumes.
La viande, ce sera pour l’après-midi.
On se dirige ensuite vers la fosse. Monsieur
et madame savent que l’heure du déjeuner
a sonné. Ils se précipitent
en grognant dans leur abri. «Mais
oui, les bébés», leur
lance amicalement Sébastien.
Pour ma part, c’est la première
fois que je me retrouve face à un
plantigrade. Content que les barreaux soient
épais! Pendant que nos deux amis
se régalent, Sébastien abaisse
une porte métallique et nous entrons
dans la fosse. Impression pour le moins
bizarre… Il s’agit maintenant
de ramasser les excréments. Pas grand-chose
à voir avec des pétoles de
cochons d’Inde.
Tout en balayant maladroitement, une question
idiote me vient: «Et… les ours
n’ont jamais réussi à
sortir?» Réponse amusée
de mon guide: «Non, mais parfois le
mâle passe sa patte sous la porte
et la soulève un peu.» A deux
doigts de l’infarctus, le trop curieux
journaliste. D’autant que le mâle
en question commence à tambouriner
puissamment contre le métal.
Mes amis les poneys
Sorti sain et sauf – mais transpirant
– du repaire des ours, je me dirige
vers l’enclos des servals, puis des
loups, des sangliers, des lynx. «Il
vaut mieux rester dehors, me conseille Sébastien.
Leurs réactions sont parfois imprévisibles.»
Rapide calcul des risques. Le journaliste
intelligent fuit le danger inutile. Bien
m’en a pris, d’ailleurs, comme
j’allais le constater plus tard. Nicolas
Fabbroni, nouvelle recrue de Charly Bulliard,
me montrera les cicatrices qu’un lynx
lui a laissées dans le dos et sur
un bras lors d’une récente
attaque…
Après le repas pris en commun au
restaurant, je rejoins justement Nicolas.
Il termine le nettoyage des cages des singes.
Suivront les lapins, les poneys nains –
quasiment les seuls dont j’ai osé
m’approcher – les perroquets…
Plus dans mes cordes, ceux-là.
Costaud le bison!
Mais le répit ne dure guère.
C’est déjà l’heure
de retrouver Sébastien pour nourrir
les bisons d’Amérique. La taille
du mâle! Je vois déjà
ses 850 kilos m’écrabouiller
joyeusement, parce que j’aurai glissé
en ouvrant son parc. Donc, je laisse courageusement
Sébastien s’en charger.
Une attitude sensée que je décide
de conserver par la suite. Taillader des
morceaux de vache fraîchement décédée,
à grand renfort de couteaux, scies
et crochets à viande, pour nourrir
les fauves? «Non, non, Sébastien,
je te laisse t’en occuper…»
Placer lesdits morceaux dans les cages des
tigres et des lions? «Bof! c’est
comme donner des graines à Raoul,
le cobaye de ma copine. Vas-y, toi!»
Quoi, «trouillard»? Je préfère
«prévenant». Et puis,
au moins, j’en suis sorti vivant.?
Pour devenir gardien
(en suisse)
S’occuper des animaux vous tente?
Une formation ad hoc existe depuis quelques
années: l’apprentissage de
gardien d’animaux. D’une durée
de trois ans et débouchant sur un
CFC, il propose trois domaines de spécialisation:
détention d’animaux de laboratoire
(l’option qui offre le plus de places
de travail), pensions/refuges pour animaux
et détention d’animaux sauvages.
L’achèvement de la scolarité
obligatoire suffit généralement
pour postuler, mais certaines entreprises
ou écoles recourent à un examen
d’admission. Aux quatre jours de formation
pratique par semaine s’ajoute un jour
de formation théorique, à
Lausanne. Notamment au programme: hygiène
et pathologie, bases de la biologie, calcul
et informatique ou encore zoologie appliquée
et connaissances pratiques de la profession.
Les gardiens d’animaux travaillent
par rotation sept jours sur sept, selon
des horaires irréguliers. Sans compter
que leur activité n’est pas
sans danger… D’où la
nécessité de garder son sang-froid
en toutes circonstances.
Nettoyer, nourrir
et observer
Une journée type au zoo de Servion:
voilà plus ou moins ce que ça
donne pour Sébastien Tinguely, responsable
des grands animaux. Un agenda qui peut varier,
selon la saison ou les priorités
du jour.
7 h 30 - 8 h: café au restaurant
avec les autres employés.
8 h - 11 h 30: nettoyage des cages, enclos
et autres fosses. Nourrissage de certains
animaux (ours et herbivores, notamment).
11 h 30 - 12 h: nourrissage des oies et
des canards. Si un autre gardien a du retard,
Sébastien lui donne un coup de main.
12 h - 13 h: dîner au restaurant.
13 h - 14 h 30: tous les jours, sauf le
lundi et le vendredi, préparation
de la viande.
14 h 30 - 16 h: tournée chez les
loups, les lynx, les servals, les lions
et les tigres. Parfois chez les ours.
16 h - 17 h, voire 17 h 30: nouvelle ration
de nourriture pour les bisons et les ours.
La journée est censée s’achever
là. Mais, souvent, il y a des animaux
à observer. Le zoo ferme à
19 h en été.?
Alexandre Brodard
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