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Interview d'un
Architecte (4 interviews) |
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Françoise
et Jean-Claude sont tous deux
architectes libéraux
mais Françoise travaille
seule alors que Jean-Claude
est associé dans un cabinet
d'architecture et d'Urbanisme.
Françoise
En
quoi consiste votre travail
?
Mon travail consiste à
faire des plans et à
réaliser des immeubles
: je construis surtout des maisons
individuelles, des lotissements,
mais aussi des bureaux.
Quel
a été votre parcours
?
Durant ma scolarité,
mes centres d'intérêt
ont toujours été
les mathématiques, la
géométrie et le
dessin. Mais je n'envisageais
pas à l'époque
de devenir architecte. Ce n'est
qu'après mon bac scientifique
que j'ai décidé
d'entreprendre des études
d'architecture, poussée
par ma passion du dessin et
de la géométrie.
Je dois dire que j'ai été
encouragée en ce sens
par mes parents.
Après 6 années
d'études à l'Ecole
d'Architecture de Strasbourg,
j'ai obtenu monDiplôme
d'architecte, le DPLG (diplômé
par le gouvernement) mais j'ai
travaillé en agence dès
la 4 ème année
tout en poursuivant mes études.
Après mon diplôme,
j'ai travaillé pendant
5 ans en agence, puis je me
suis installée en libéral.
Quelles
sont vos conditions de travail
? Les bons et mauvais cotés
?
J'ai la chance d'exercer un
métier créatif
; j'ai vraiment le sentiment
de me réaliser lorsque
je m'installe devant ma table
à dessin pour concevoir
et élaborer des projets.
L'autre aspect positif, c'est
la liberté. Exerçant
une profession libérale,
je ne dépends que de
moi-même : je n'ai de
compte à rendre à
personne et je gère mon
emploi du temps comme je veux.
Mais cette liberté a
une contrepartie : je dois travailler
beaucoup d'autant que je fais
moi-même ma comptabilité
: 40 heures par semaine est
un minimum pour gagner ma vie.
L'architecture est une profession
exigeante. En libéral,
on dépend de ses clients
mais on ne les choisit pas.
La relation avec la clientèle
peut s'avérer ingrate.
Il s'agit de personnes souvent
fragilisées psychologiquement
vu l'importance du budget consacré
à la construction, avec
des prêts bancaires échelonnés
sur 10, 15, voire 25 ans ! Je
suis amenée à
gérer les angoisses de
certains de mes clients.
Il y a ceux qui hésitent
sur leur projet ou qui n'arrivent
pas à déterminer
leur besoin, ceux qui vous remettent
en cause tout au long du chantier
et parfois ceux qui ne peuvent
ou ne veulent pas payer.
Comment
voyez vous l'avenir ?
Pour mon avenir, c'est simple,
j'ai 56 ans et j'envisage de
prendre ma retraite, ce qui
dans une profession libérale
se prépare sur plusieurs
années à l'avance.
En ce qui concerne l'avenir
de la profession, je crois que
l'aspect libéral va disparaître
car les architectes s'associent
de plus en plus soit sous forme
de société civile
professionnelle, soit sous forme
de SARL. C'est la une évolution
non seulement européenne,
mais aussi mondiale .
Quels conseils donneriez-vous
aux futur(e)s chargé(e)s
ou assistant(e)s de communication
?
Je conseille aux jeunes qui
envisagent d'embrasser la profession
de travailler en agence plusieurs
années pour bien comprendre
la psychologie de la clientèle
et la gestion d'une agence.
La plus grosse difficulté
pour un jeune architecte, c'est
de se constituer une clientèle
: 90% des chantiers en Alsace
sont gérés par
5% des agences.
Mon conseil est donc le suivant
: travaillez en agence comme
salarié pendant plusieurs
années, quitte à
prendre plus tard des parts
dans la société
civile professionnelle lorsque
vos patrons partiront à
la retraite.
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Jean-Claude
En
quoi consiste votre travail
?
Je suis l'un des 4 associés
de l'atelier d'architecture
et d'urbanisme constitué
sous forme de SARL. Il emploie
10 salariés. Je suis
architecte de formation mais
aussi urbaniste.
En tant qu'architecte, mon travail
va de la conception à
l'exécution des différents
projets. Pour 80%, l'activité
du cabinet concerne le logement
dont le logement social financé
par l'Etat. A l'heure actuelle,
les projets concernent 390 logements
d'accession à la propriété
et 1000 logements sociaux. Les
20% restant concernent les bureaux,
le secteur médical, l'hébergement
et les cuisines collectives
pour les personnes handicapées.
En tant qu'urbaniste,
je dois aménager les
zones sous forme de lotissements,
aménagements urbains,
voiries, placettes, squares…
J'interviens sur la conception
des projets, l'établissement
des permis de construire, les
plans d'exécution, des
devis descriptifs, les réponses
aux appels d'offres (les différentes
entreprises sont mises en concurrence
et présentent leur projet
afin que le client choisisse
le moins onéreux.) Au
démarrage des travaux,
j'en assure la direction et
le suivi jusqu'à "réception"
de l'immeuble.
Quel
a été votre parcours
?
Aussi loin que je remonte dans
mes souvenirs, j'ai toujours
aimé dessiner. Mais c'est
à partir de la seconde
que j'ai envisagé des
études d'architecte.
Il est vrai qu'à l'heure
actuelle, savoir dessiner n'est
plus une nécessité
pour un architecte : le travail
de conception peut être
entièrement réalisé
par ordinateur (CAO = Conception
Assistée par Ordinateur).
En ce qui me concerne, je fais
un dessin qui est ensuite traité
en CAO. Les logiciels permettent
de travailler en 2 ou 3 dimensions.
Pour en revenir à mon
parcours, après mon bac
scientifique, j'ai fait 2 ans
d'études à l'Ecole
d'Architecture de Strasbourg
jusqu'à l'obtention du
DPLG J'ai fait mon service militaire
à la Direction des Travaux
du Génie où j'ai
pu exercer mon métier.
J'ai ensuite travaillé
en Agence pendant 6 ans. Puis,
je me suis installé à
mon compte avec un associé
pendant 28 ans. Depuis 1 an
et demi, nous avons créé
une SARL.
Quelles
sont vos conditions de travail
? Les bons et mauvais cotés
?
Les bons côtés
de mon métier ? C'est
bien sûr la créativité,
le côté artistique,
la satisfaction personnelle
une fois l'ouvrage terminé.
Autre aspect positif : la liberté.
Je n'ai pas un patron sur le
dos ; je m'organise comme je
veux.
Mais la liberté n'est
pas absolue, bien sûr
; rapidement, je me suis rendu
compte qu'il y a des freins
à celle-ci.
Les projets sont pris dans un
carcan de contraintes financières,
réglementaires, administratives.
Autre aspect négatif,
je travaille énormément,
au moins 60 heures par semaine.
De plus, l'architecte a une
très forte responsabilité
: en cas de faute, Il peut être
poursuivi sur ses biens propres.
La profession est donc exigeante
et non exempte de risques
Comment
voyez vous l'avenir ?
Je compte encore travailler
pendant plusieurs années
et gagner des concours. Certains
projets nécessitent plusieurs
années pour aboutir.
J'ai toujours envie de travailler
et j'ai aussi le soucis d'assurer
ma relève avant mon départ.
Quels conseils donneriez-vous
aux futur(e)s architectes ?
C'est très dur au début.
Il faut passer par plusieurs
agences pour acquérir
la pratique qu'on n'a pas en
sortant de l'école. Il
faut être très
motivé et avoir à
l'esprit qu'il faut des années
pour se constituer une clientèle.
La sélection est impitoyable
étant donné le
nombre de diplômés
par rapport au volume des affaires.
Un jeune architecte qui débute
en agence comme salarié
gagne environ 2000 euros nets
mensuels : c'est peu pour la
quantité de travail et
l'investissement demandés.
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Thomas
Jedrezejak
Architecte
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Jeune architecte,
Thomas a ouvert son propre cabinet
il y a environ trois ans et se situe
sur Lille depuis sept mois à
peu près. Passionné
par son métier, il nous parle
de son métier et de ses projets
architecturaux très variés,
du mas provençal au bâtiment
industriel en passant pas la grande
maison flamande.
> Quelle
formation avez-vous suivi pour devenir
architecte ?
- Je suis allé à l’école
d’architecture de Lille qui
se situe sur Villeneuve d’Ascq.
La formation durait six ans, aujourd’hui
elle se déroule en sept ans.
A l’origine, environ 1 200 personnes
se présentent et seulement
une centaine est acceptée.
Dans le concours, on trouve des mathématiques,
du français, de la culture
architecturale, de l’histoire
de l’art et il y a un entretien.
Le diplôme est un DPLG qui veut
dire diplôme délivré
par le gouvernement.
> Pourquoi avoir choisi ce métier
?
- Depuis mes 14 ans j’ai envie
de devenir architecte. C’est
vraiment une rencontre avec un métier
passionnant, je ne l’explique
pas vraiment, c’est une vocation.
L’architecture ne m’a
jamais laissé indifférent.
> Parlez
nous de vos stages et expériences
professionnelles
- Pendant les études, on peut
commencer à travailler dans
un cabinet d’architecture. En
troisième année, j’ai
donc travaillé au sein d’un
cabinet où on s’aperçoit
rapidement qu’on ne sait rien
faire. On commence à toucher
un peu aux projets, on dessine. A
la fin des études, il y a un
stage obligatoire de 4 mois à
temps plein ou de 6 mois à
temps partiel. On peut alors choisir
l’orientation professionnelle
que l’on souhaite. En ce qui
me concerne, j’ai travaillé
sur un projet avec un de mes professeurs
de la conception jusqu’à
la réalisation, c’est-à-dire
la rencontre du client, l’élaboration
du projet, la gestion des entreprises
et du chantier, la réalisation
et enfin la réception où
l’on remet les clefs. Ensuite
j’ai rejoint un bureau d’étude
pendant un an et demi. Puis j’ai
travaillé en cabinet d’architecte
sur des concours, c’est-à-dire
sur des appels d’offres lancées
par des mairies et collectivités
pour réaliser des bâtiments
publics tels que des collèges
ou des logements. Les équipes
qui restent en final sont toutes rémunérées
et celle qui gagne réalise
le projet.
> Quand on sort d’une école
d’architecture, où peut-on
travailler ?
- Il y a trois voies : d’abord
on peut rejoindre un cabinet d’architecture,
on postule pour un poste et on devient
donc salarié. Sinon on peut
travailler plutôt dans tout
ce qui est concours et projets de
l’administration. Et enfin la
dernière voie qui est rarement
choisi c’est de se mettre à
son compte.
> Pourquoi
avoir choisi d’ouvrir votre
propre bureau d’architecture
?
- J’ai déjà travaillé
en équipe sur de gros projets
et aujourd’hui j’ai envie
d’avoir la main mise sur ce
que je fais. Je veux pouvoir choisir
mes projets. C’est aussi dans
ma personnalité, je voulais
travailler à mon compte.
> Concrètement
en quoi consiste votre travail ?
- Je réalise des logements,
des aménagements de piscine
par exemple, des réhabilitations
pour transformer par exemple une grange
en habitation. C’est aussi parfois
de l’architecture intérieure.
Je travaille aussi pour les administrations
: la réalisation d’un
marché, de halles, d’un
collège ou d’un lycée,
etc. Je fais aussi des bâtiments
d’entreprises, industriels,
des stades,… Je suis resté
assez généraliste. Je
dois créer une maison ou un
bâtiment qui correspond à
la personnalité du client.
Par exemple, une maison que je construis
avec du bois car elle se situe en
forêt, un loft avec différentes
formes pour une personne plus originale,
une grosse maison imposante pour un
couple en Belgique. Comme je suis
seul, je fais tout. Je fais du démarchage,
je recherche des clients et des projets
et je dessine beaucoup. J’utilise
beaucoup l’informatique et les
outils d’infographie. Sinon
il y a tous les aspects administratifs,
de gestion et de comptabilité.
> Quelles compétences pensez-vous
nécessaires ?
- Il faut savoir dessiner, avoir un
bon coup de crayon. Il faut savoir
utiliser l’outil informatique
et les logiciels d’infographie,
de retouche d’images sinon on
ne peut rien faire. Quand on se met
à son compte, il est intéressant
d’avoir de bonnes compétences
commerciales.
> En ce
qui concerne les qualités personnelles
?
- Il faut avoir un minimum de sens
artistique et esthétique. Il
ne suffit pas d’être bon
en mathématique, il faut des
qualités de dessinateur et
de concepteur. Il faut être
ouvert, voir ce que font les autres,
lire des livres de design, de décoration,
bref s’intéresser à
tous les domaines de l’architecture.
> Pour vous, quels sont les avantages
et les inconvénients de votre
métier ?
- Comme je suis en libéral,
je fais mes propres projets, ce que
j’ai choisi et c’est très
agréable. Sinon j’aime
beaucoup penser quelque chose et voir
sa réalisation effective, c’est
très fort de voir se réaliser
ses idées. Pour les inconvénients,
c’est que le diplôme n’est
pas très bien reconnu en général
car nous sommes à la fois des
scientifiques et des artistes. Nous
n’avons pas de statut bien défini
dans l’esprit des gens. Sinon
ce que je trouve regrettable, c’est
qu’en France on a peu recours
aux architectes contrairement à
d’autres pays. En Belgique,
à partir de 20 m² vous
avez le droit de faire appel à
un architecte. En France, on peut
faire appel à un architecte
seulement pour une maison à
partir de 120 m² donc ce sont
toujours des maisons pour des personnes
aisées, on ne fait pas d’architecture
pour des logements plus modestes,
ce qui est regrettable car cela leur
donnerait plus de style.
> Un dernier mot pour les personnes
intéressées par le métier
d’architecte.
- Je conseille aux gens qui se demandent
en quoi consiste le métier
de rencontrer un architecte afin de
savoir réellement ce que c’est.
Le déclic peut se faire dans
les deux sens, soit on a le coup de
foudre pour le métier soit
on se rend compte que cela ne convient
pas à nos attentes.
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Métier
de l'architecture ou métier
d'architecte ?
Les constructeurs de maisons individuelles
l'assurent, ils sont prêts à
embaucher des architectes à
des conditions que pourraient leurs
envier nombre d'architectes travaillant
en agence. Mais la méfiance
demeure et les 'diplômés
en architecture' qui passent le pas
en souffrent.
Témoignages.
"Que l'on aime ou que l'on aime
pas, OK. Mais que l'on ne me dise
pas que je ne fais pas de l'architecture".
Géraldine Thomas, 30 ans, en
a gros sur la patate. Salariée
chez un constructeur de maisons individuelles
- ' Sélection artisanale' -,
elle précise avec une tristesse
teintée de hargne : "il
n'y a pas d'architecte ici".
De fait, il n' y a pas dans l'entreprise
d'architecte en titre, seulement une
'diplômée en architecture'
mais est-ce à dire qu'il n'y
a pas "d'architecte", toutes
considérations prises en compte?
D'abord la rancur. "J'ai
terminé récemment une
formation d'un an en HQE dans une
école d'architecture. A mon
arrivée, lors des présentation,
quand j'ai expliqué que je
travaillais chez un constructeur de
maisons individuelles, d'emblée
on m'a fait comprendre que je ne faisais
pas d'architecture. J'étais
le vilain petit canard, on ne voulait
pas me parler. Pourtant, rapidement,
j'ai constaté que je faisais
plus d'architecture que quelques-uns
de mes 'confrères'". De
fait, elle est sortie de sa formation
avec les honneurs, nombre d'architectes
en titre ayant dévissé
dans les ornières.
Pendant trois ans après son
diplôme, Géraldine Thomas
a travaillé en agence.
Pas besoin de faire un dessin, les
jeunes architectes se reconnaîtront
dans l'esquisse : stress, travail
les week-ends, pas d'horaires lors
de charrettes à répétition,
aucune idée du budget des projets,
travail répétitif et
peu valorisant, salaire à l'avenant,
etc. Lorsqu'elle se présente
à un entretien d'embauche pour
'Sélection artisanale', "j'ai
bien vu qu'on parlait d'architecture",
dit-elle.
Aujourd'hui, "quand [elle] y
réfléchit", elle
ne veut plus bosser ailleurs. Qu'on
ne se méprenne pas toutefois
: elle est confrontée tous
les jours aux deux faces de la médaille
puisque son mari est architecte (en
titre) et salarié dans une
grosse agence. Elle sait donc exactement
de quoi elle parle.
Et que dit-elle? "Je fais plus
d'architecture ici qu'en cabinet sauf
qu'ici nous appliquons le principe
de réalité dans nos
relations avec le client. Je travaille
avec une équipe technique,
plutôt plus compétente
que ce j'ai pu voir parfois en agence,
mais c'est de mon bureau que sortent
les projets et j'applique d'ores et
déjà la HQE. C'est chez
les constructeurs que j'ai pu me concentrer
sur la conception, aller dix fois
sur le terrain s'il le faut. Ceux
qui n'ont jamais travaillé
jusqu'à 25 ou 27 ans ne savent
pas ce qu'est une équipe, des
horaires. Je ne connais pas d'autres
architectes qui ont un tel rôle
et une telle autonomie.
D'ailleurs, j'étais à
peine embauchée que l'entreprise
me confiait la réhabilitation
de ses bureaux.
Les constructeurs payent bien, les
horaires sont normaux, j'ai le temps
d'aller étudier de nouveaux
produits, de réfléchir
à l'objectif de respecter l'environnement.
Je prends plaisir à travailler,
ce qui est mieux que de se faire chier,
même avec un titre". Ouf!
Le titre justement est source de sa
frustration. Non seulement il faut
expliquer la nuance aux clients, qui
n'y comprennent rien, mais il faut
surtout que chacun de ses projets
soit soumis à un architecte
en titre qui signera les permis de
construire. Paul Meyer, son patron,
ne décolère pas non
plus. "Cela fait 20 ans que je
fais appel à des architectes.
Je suis convaincu qu'ils ont une vraie
formation, un vrai métier et
qu'il est nécessaire pour les
constructeurs de faire appel à
eux. Depuis deux ans, j'ai donc embauché
un "diplômé en architecture".
Elle apporte ses compétences
dans le cadre d'une équipe
pluri-disciplinaire, elle met les
maisons dans le bons sens, elle forme
les commerciaux. En retour, ce staff
technique (métreurs, conducteurs
de travaux, topographes, etc.) lui
permet de pallier les insuffisances
de sa formation. C'est le cadre idéal
pour se former. Mais on nous oblige
à faire appel à des
signatures de complaisance. Les architectes
aussi bien que les institutions ont
toujours dénigré les
constructeurs et les dénigrent
encore. S'il est souhaitable de relever
le niveau, alors il faut laisser les
architectes travailler chez nous,
à ce titre".
Contacté par CyberArchi, sur
un sujet qui le "passionne",
Paul Meyer lâche tout ce qu'il
a sur le cur, depuis longtemps.
"Je suis convaincu que les constructeurs
doivent collaborer avec les architectes.
Mais quand on se pointe aux ABF, on
se fait maltraiter ; on présente
le même projet signé
par un architecte et ça passe.
Quand un architecte veut s'intéresser
à la maison individuelle, c'est
pour s'entendre dire "qu'il ne
peut pas faire autre chose".
Avec un architecte en interne, il
peut intervenir dès le premier
m². La majorité des chefs
d'entreprise a plus de 50 ans. Qu'est-ce
qui empêcherait un architecte
de reprendre la boîte? Il y
a un vrai marché, les trois
quarts des entrepreneurs vont bientôt
passer la main, on va tous partir,
des boîtes vont fermer.
On marche sur la tête, quand
je pense qu'il y a de jeunes architectes
qui sont smicards.
Et encore, s'ils sont au SMIC c'est
qu'ils bossent 60 heures par semaine.
Nous avons d'autres conditions de
travail à offrir. Ma collaboratrice
(Géraldine Thomas) passe par
toutes les phases des projets, elle
suit plus de trente chantiers par
an, rencontre autant de clients, si
cela n'est pas de la formation permanente
Et pourtant j'ai bien senti les titillements
du jury lors de sa formation HQE,
comme s'il était intolérable
de bosser pour un constructeur. Pourtant,
si l'on regarde la qualité
architecturale de notre environnement,
il y en aurait des choses à
dire. Les torts sont partagés.
Si demain on autorise les architectes
de rentrer en entreprises tout en
conservant leur capacité de
signer les permis de construire, dès
demain, la plupart de mes confrères
embauchent. Mais les architectes eux-mêmes
sont marqués par cet opprobre
alors que les constructeurs ont tout
à gagner, qualitativement,
à travailler avec eux".
Ouf !
Le plus étonnant est que Paul
Meyer ne fait qu'exprimer un sentiment
largement partagé. Si son entreprise
est basée dans le Rhône,
celle de Jean-Pierre Delahaye est
en région parisienne.
Pourtant, il tient exactement le même
discours. "Ce que je regrette
est que certains architectes me répondent
'l'architecte libéral a une
liberté de création,
l'architecte salarié n'a pas
de liberté' ; cela voudrait-il
dire que quand on est salarié
on perd son libre arbitre ? Un journaliste
perd-il sa liberté quand il
est salarié ? Un médecin
du travail peut délivrer des
ordonnances, non ?", dit-il.
"Cela n'a pas de sens ; si nous
voulons utiliser un architecte, c'est
justement pour ses compétences,
la qualité de ses conceptions.
Un jeune qui sort de l'école
aurait l'opportunité de faire
ses premières expériences
dans une société structurée,
d'utiliser le constructeur comme un
tremplin.
En réalité, avec ce
système de titre, on censure
une démarche intellectuelle.
Je regrette l'attitude dogmatique
de l'Ordre [des architectes. ndlr],
je regrette ce clivage, je regrette
que souvent ces jeunes talents soient
confinés dans des rôles
subalternes dans les agences. Pour
ma part, si le système devait
évoluer, j'embauche demain
des architectes, et ils pourront bosser
chez moi dès le premier m²
et je peux garantir que nombre de
mes confrères en feront autant
quitte, puisqu'il est question d'Europe,
à embaucher un architecte polonais
ou italien car personne n'a le monopole
de la connaissance". Lui aussi
rappelle avec une pointe de perfidie
que ce ne sont pas les maisons "qui
défigurent l'environnement
ou les entrées de ville".
Jean-Pierre Delahaye pointe également
une forme insidieuse d'élitisme.
"Un très bon architecte
qui conçoit et réalise
dix maisons par an maîtrise
ses coûts en fonction de ces
dix chantiers. Un constructeur, sur
le même créneau, réalise
cent maisons et fait de bien plus
grosses économies d'échelle.
Si le raisonnement est d'aboutir à
une démocratisation de l'habitat,
elle sera obtenue plus facilement
dans le second cas que le premier.
J'ai l'impression parfois que les
architectes cultivent l'élitisme
économique plutôt que
l'efficacité économique".
Aie!
Au final, ce n'est donc pas tant les
architectes eux-mêmes que le
système que ces constructeurs
dénoncent. D'ailleurs les deux
éprouvent un profond respect
pour une profession qui le leur rend
mal en retour. "Les constructeurs
reconnaissent que les architectes
font des choses intéressantes
; ils expriment une demande à
laquelle les architectes ne répondent
pas", assure Géraldine
Thomas. "Pourquoi après
deux ou trois ans chez un constructeur
un architecte est-il grillé
dans les agences ?", fait-elle
mine de s'interroger. "Tout le
monde y perd : l'architecte perd une
bonne occasion de poursuivre sa formation
dans de bonnes conditions, le constructeur
perd l'opportunité d'employer
des architectes et leurs compétences
et c'est le client final qui perd
le plus au bout du compte. Quel gâchis!",
conclut Jean-Pierre Delahaye.
Consultez
la fiche métier de l'
Architecte,
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Architecte conseil dans un Parc naturel
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