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Tarbes. «
Pierrot » l'automate à
qui l'on dit « le clown je t'aime
»
Le fait du jour. Portrait de Pierre-Richard
Jaworski, ancien SDF devenu dandy
automate, qui exerce son art tous
les jeudis, sous la halle Marcadieu.
Comme tous les jeudis, il s'est installé
à la croisée centrale,
sous la halle Marcadieu. Un tournesol
à la main. Un petit panneau
à ses pieds pour souhaiter
la bonne année. Impassible
sous son haut-de-forme. Une première
dame s'est approchée…
la pièce a tinté. «
C'est toujours le petit bonheur du
jeudi de vous retrouver », lui
a-t-elle glissé avec la «
bonne année ». Et l'automate
a fondu en une pâte d'humanité
pour l'embrasser. Lui dire aussi que
l'année prochaine, il arrêtait…
Une mamy est arrivée. Et toute
souriante, elle en a profité
pour lui glisser ses étrennes
à la main. Le remercier d'être
toujours fidèle au poste…
avec sa redingote, son beau gilet,
son col cassé, sa cravate élégante
et sa canne à pommeau, son
masque de Pierrot.
Pierrot… Son nom de scène
en fait. Pas loin de son vrai prénom
à la ville. Pierre-Richard.
Ce qui ne s'invente pas pour ce Chti
blond à chaussures noires,
né à Lille. Mais ne
dit pas non plus toute la vérité…
parce qu'à bientôt 41
ans, qu'il fêtera le 5 janvier,
« richard », il ne l'a
jamais été, Pierre-Richard
Jaworski. Qui soigne sans doute d'autant
plus l'allure de son dandy automate,
sa présentation, qu'il a connu
la rue, la vraie…
« J'ai été trois
ans SDF, au début des années
« 90 ». Je n'avais pas
de qualification, pas de diplôme,
je n'avais pas fait d'études…
et vous savez, c'est difficile de
trouver du boulot sans qualif'. Mais
comme je ne voulais pas travailler
en usine et parce que j'aime ma liberté
et le contact avec les gens, je me
suis mis à observer les artistes
de rue que je rencontrais. Clowns,
automates, mimes, ça m'a donné
l'idée et j'ai appris comme
ça, parce que je ne voulais
pas vivre non plus de la mendicité
», explique-t-il. Et puis, automate…
pas besoin de grande malle pour se
déplacer et travailler : «
Il suffit que j'aie mon maquillage,
deux ou trois ronds en poche et je
peux voyager », poursuit Pierrot.
Qui a ainsi fait toute la côte
méditerranéenne, de
l'Espagne à l'Italie, «
parce que c'est important de voyager,
ça me permet d'apprendre, voir
comment le monde évolue ».
Et comment évolue-t-il, depuis
onze ans qu'il fait ça, qu'il
reste « à tout voir,
tout entendre, mais sans bouger »
sur nos marchés, à Bagnères,
Lourdes ou Tarbes ?
« Eh bien ! il y a de plus en
plus de malaise. Je me rends bien
compte que les gens, ils sont de plus
en plus mal dans leur peau. Il y a
de la haine, maintenant. Maintenant,
il y a le pauvre et le riche, et ça
se voit beaucoup », ressent-il.
Lui qui justement a fait « 36
métiers, 36 misères
». Lui qui a créé
son personnage de dandy parce que
« je veux avoir une belle image
de moi, être propre, présentable
pour attirer le regard des gens »…
mais qui n'ignore rien de la réalité
du RMI. Qui a lui aussi remarqué
que « c'était les moins
riches qui donnaient, ou les personnes
âgées », public
auprès duquel il a désormais
« ses habitués »
qui viennent donc toujours le saluer,
comme ce matin. Et que pour un peu,
ses yeux s'embueraient. Parce que
quand on est arrivé il y a
onze ans, SDF, à Bagnères,
avec juste une valise, on sait mesurer
ce qu'il a fallu pour rester, s'intégrer.
Et de dire alors merci. « Au
maire de Bagnères, qui m'a
aidé à mon arrivée,
et aux trois municipalités
qui m'accueillent ici et m'autorisent
à travailler, parce qu'il y
a des villes où on ne peut
plus », constate Pierre-Richard.
Que Pierrot ne suffit pas à
faire vivre. Mais qui va devoir l'arrêter.
Parce que ses jambes ne supportent
plus l'immobilité, qu'elles
doivent être opérées.
Parce que n'est-ce pas, automate,
ce n'est pas un métier de formulaire
mensuel… Et pourtant, «
ce métier-là, c'est
dur, on survit, je fais mes courses
à Lidl », précise-t-il.
Mais pas le plus dur. Car le plus
dur, c'est de « rester immobile
et d'entendre parfois les conneries,
les méchancetés des
gens et de rester impassible à
ça ». Mais il y a aussi
le plus beau des souvenirs qui le
fait revenir… comme «
le jour où un enfant, avec
la trisomie 21, m'a dit 'le clown,
je t'aime'.»
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