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Terrasse d'un restaurant de
spécialités méridionales,
en plein Festival international
du film d'Aubagne. Le compositeur
allemand Lars Löhn, 34
ans, est en compétition
pour la musique de Paule und
Julia, film réalisé
par son frère Torsten
et pour lequel il a reçu
plusieurs prix dans différents
festivals internationaux. À
grand renfort de démonstrations
vocales, absolument intranscriptibles
par écrit, le jeune homme
tente d'expliquer à un
néophyte les subtilités
de la musique expérimentale.
Enrichissant.
D'où
vient votre passion pour
la musique ?
J'ai
débuté la
musique à cinq ans.
Très précisément
à Firenze en Italie
dans la maison d'amis de
mes parents. Ils avaient
un piano et j'ai commencé
à en jouer. Mon père
était restaurateur
de maisons anciennes, et
ma mère restait à
la maison. Elle chantait
toute la journée,
tout le temps, sans raison
particulière. C'est
à cause d'elle si
je fais aujourd'hui de la
musique ! |
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Et
ensuite vous avez intégré
une école de musique,
un équivalent allemand
des conservatoires français
?
Pas du tout. J'ai tout appris
moi-même. A 11 ans, j'ai
appris à jouer de la
guitare et du saxo, après
j'ai commencé à
chanter et au final la musique
m'a permis de financer mes études.
C'est vrai que plus tard j'ai
intégré la Simdata
à Berlin, une école
de musique avec 120 professeurs
et plus de mille élèves.
Mais l'enseignement ne m'a pas
plu, ne m'apportait rien, alors
je suis parti. J'ai intégré
plusieurs groupes berlinois
aux styles musicaux très
différents. J'ai même
fait une série de concerts
à San Francisco. Vous
savez, il existe des liens très
étroits entre les formations
de jazz, de rock, ou de musique
ethnique. Les musiciens fréquentent
les mêmes lieux, les mêmes
bars, ils vont aux concerts
des uns et des autres. On passe
donc très facilement
d'un groupe à l'autre,
d'un style de musique à
l'autre.
Et
après ?
Ensuite, après avoir
fait pas mal de groupes, je
suis entré à Podevil,
une maison financée par
l'Etat pour promouvoir la musique
expérimentale. A 20 ans,
c'est intéressant, on
a beaucoup de testostérone
! Mais au bout de deux ou trois
ans passés à faire
du bruit ça devient énervant.
L'avant-garde, c'est un milieu
très conservateur. Dès
que vous voulez faire de la
pop, on se moque de vous. Alors
que des artistes comme Madonna
ou Björk travaillent avec
des groupes de musique expérimentale,
qui sont pour certains issus
de la scène allemande.
Les musiciens expérimentaux
ne se rendent pas compte que
faire de l'avant-garde tous
les jours pendant 20 ans, ça
ne rime à rien. Mais
pour eux ce qui les intéresse,
c'est de parler de la musique,
de penser la musique, et au
final pas vraiment d'en faire,
en tout cas surtout pas de toucher
avec elle plus qu'une toute
petite minorité.
C'est à ce moment-là
que vous vous êtes tourné
vers le cinéma ? Par
déception ?
Non, c'est intervenu plus tard.
D'abord, j'ai travaillé
avec une “ light artist
”, Gunda Foerster, notamment
pour la mise en scène
du Festival de littérature
sur la Postdamer Platz. Mais
elle avait une vision très
sérieuse de l'art, sans
aucun humour. Elle ne réalisait
des œuvres qu'avec la couleur
blanc et au bout d'un an et
demi de collaboration, j'en
ai eu marre de tout ce blanc
! C'est là que j'ai décidé
de me tourner vers le cinéma.
J'avais fait des études
de littérature et j'étais
passionné par la musique,
j'ai trouvé que le cinéma
était le meilleur moyen
de concilier les deux. Et puis
contrairement à ce que
pensent beaucoup de compositeurs,
écrire une musique de
film est quelque chose de très
créatif. Une majorité
de compositeurs refusent de
travailler pour le cinéma
à cause des contraintes
de fabrication - il faut aller
vite avec peu de moyens -, et
aussi de création - dans
un film, on ne peut pas développer
plus d'un thème. Moi
je pense l'inverse. Contrairement
à eux, je ne conçois
pas la musique comme quelque
chose d'absolu. Je pense qu'adapter
la musique à l'image
peut être également
de qualité.
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Entretien réalisé
par Nicolas JOURNET |
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