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Aline Bonetto appartient
à la génération
de décorateurs,
hommes et femmes, que
des parcours divers ont
mené au cinéma
au tournant des années
1980/90. Autodidacte,
touchant de près
ou de loin au décor
puis passant par l’école
de la pub, elle débute
dans le long-métrage
comme ensemblière
pour Caro et Jeunet puis
chef décoratrice
pour Philippe Lioret.
Pour Aline Bonetto, le
décor est aussi
une prolongation de l’enfance,
une conception qui s’accorde
à merveille avec
l’univers nostalgique
de Jean-Pierre Jeunet.
Et l’ensemblière
qu’elle a été
peut pleinement satisfaire
le souci du détail
propre au réalisateur,
du Delicatessen (1991)
à Un long dimanche
de fiançailles
(2004). Ce dernier film
lui a valu le César
2005 du meilleur décor,
trois ans après
celui obtenu pour Amélie
Poulain.
Objectif
Cinéma : Comment
avez-vous appris le
décor de cinéma
?
Aline Bonetto : En
voyageant. Cela a
été
ma seule formation
: partir à
la découverte
du monde, courir les
routes. J’ai
été
tentée un moment
par un parcours plus
académique,
mais j’ai préféré
l’école
des voyages. Pour
les financer, je faisais
toutes sortes de petits
boulots. Chantiers
de peinture, fabrication
de marionnettes, création
de bijoux...finalement,
ce n’était
pas sans rapport avec
le décor.
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Au
hasard des rencontres,
j’ai participé
bénévolement
à un projet et
découvert les effets
spéciaux pour le
cinéma. Cela semblait
fait pour moi, qui très
tôt, couvrais mes
cahiers de dessins, m’inventais
des jeux, fabriquais mes
costumes. Le décor
de cinéma est comme
une prolongation de l’enfance,
c’est se raconter
des histoires et leur
créer des décors.
Pour ce qui est du métier
en lui-même, je
l’ai appris au travers
de la pub, au milieu des
années 1980.
Objectif
Cinéma : Quel était
votre travail dans les
films publicitaires ?
Aline Bonetto : Pendant
trois ans, j’ai
travaillé pour
le même chef décorateur,
Jean-Philippe Carp. J’étais
l’assistante à
tout faire, aussi bien
dessiner que trouver les
objets ou suivre l’équipe.
Il me laissait extrêmement
libre et je me suis inventée
ma propre méthode
de travail. J’avoue
ignorer comment fonctionnent
les autres décorateurs,
chacun fait selon son
parcours.
Un jour, sur le décor
d’un film institutionnel
tourné en Tunisie,
il y a un imprévu
avec une structure complexe
à monter. Jean-Philippe
n’était pas
libre et la production
s’est tournée
vers moi.
Objectif
Cinéma : Votre
premier long-métrage
a été Delicatessen,
que vous avez fait au
titre d’ensemblière.
Aline Bonetto : A l’époque,
j’avais bien appris
le meuble, les accessoires
et le décor de
cinéma au sens
large. Je travaillais
principalement pour Claudie
Ossard qui produisait
alors des films publicitaires.
Au moment de faire Delicatessen,
un projet assez risqué
car financé sans
avance sur recettes, elle
a parlé de moi
à Jean-Pierre Jeunet
et Marc Caro. Je me rappelle
encore le jour où
je me suis présentée
à eux deux, avec
mon dossier, assez impressionnée
comme quand on passe une
audition. J’ai du
réussir le test
puisque j’ai fait
le film.
Les films de Caro et Jeunet
sont un bonheur pour qui
aime l’objet. Leurs
univers permettent d’aller
très loin dans
l’invention. Le
métier d’ensemblier
permet une grande part
de création dès
le moment que s’instaure
un dialogue fort avec
le metteur en scène.
J’aime cette démarche
qui consiste à
d’abord inventer
le passé des personnages,
leur donner de l’épaisseur
puis créer le décor
autour, en fonction d’un
tic ou d’une habitude
que l’on met en
avant.
| Par
Alexandre TSEKENIS,
suite de l'interview
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