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Interview
d' un Photographe engagé (2
portraits) |
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Yann Arthus-Bertrand
| L'homme
qui photographie la Terre vue du ciel,
mais également les chevaux,
les chiens, les bestiaux et les humains
est aussi un photographe engagé,
désireux d'aider à la
renaissance du reportage au long cours.
C'est pourquoi il s'est engagé
dans l'opération menée
par l'association les 3P, organisatrice
d'une vente aux enchères de
photographies destinée à
soutenir et financer de grands projets
photographiques chargés de
sens. |
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Qu'est-ce qui vous a incité à
vous lancer dans la création de
l'association "Photographes pour
un projet photographique" ?
Yann Arthus-Bertrand : Avec La Terre vue
du ciel, j'ai vraiment été
un photographe comblé. Et, en même
temps, j'ai vu combien il était
difficile de financer un projet. D'autre
part, lors de manifestations liées
à la photo, comme Visa pour l'image,
je rencontre des photographes géniaux,
bien meilleurs que moi, qui travaillent
sur des projets formidables, en prenant
vraiment des risques. Mais ces gens n'arrivent
pas à financer leurs projets.
L'idée avec les 3P est donc de
les aider et, en même temps, de
donner une cote à ceux qui, parce
qu'ils sont photographes de guerre, par
exemple, ne sont jamais dans les galeries.
J'espère que d'ici deux à
trois ans, il y aura une vraie cote pour
ces photographes.
Comment se déroulent
les enchères ?
Y. A.-B. : Elles ont démarré
il y a deux jours et nous sommes surpris
par le nombre important de connexions
! eBay a énormément joué
le jeu. Ce d'autant mieux que la photographie
est un sujet à la mode aujourd'hui.
Selon moi, la photographie ne doit pas
être forcément très
chère : 400 à 600 euros
pour un cliché, et même moins,
si l'on n'est pas très connu, c'est
bien. Je pense même qu'au début,
il ne faut pas avoir peur de donner ses
photos.
Comment l'initiative
a-t-elle été accueillie
par les photographes à qui vous
avez demandé un cliché ?
Y. A.-B. : Il y a eu 90 % de gens généreux
qui n'ont pas discuté, qui ont
tout de suite donné une photo.
Et 10 % qui m'ont demandé pourquoi
je ne finançais pas moi-même
ce projet...
C'est vrai que j'aurais pu créer
une fondation Yann-Arthus-Bertrand, mais
je souhaitais monter quelque chose de
collectif. C'est beaucoup plus fort et
beaucoup plus généreux quand
tout le monde se regroupe, donne quelque
chose.
Ensuite, si je pars, d'autres photographes
s'en occuperont. Ce n'est pas un projet
"d'ego", c'est un projet pour
aider les photographes.
Combien de candidatures
avez-vous reçu depuis le début
de l'opération ?
Y. A.-B. : Une cinquantaine, ce qui est
beaucoup. Nous ne nous sommes pas encore
penchés sur la sélection
car, pour le moment, l'important est de
récupérer de l'argent. Le
projet les 3P ne vit que si l'on a de
l'argent. Après, nous n'aurons
plus qu'à le redistribuer.
La sélection
du projet lauréat est-elle ouverte
à toutes les nationalités
?
Y. A.-B. : A toutes ! Et nous aurons certainement,
je l'espère en tout cas, un projet
pour les photographes des pays en voie
de développement. Je voudrais qu'on
puisse aider un photographe en Afrique
ou au Bengladesh, ou bien une initiative
liée à la photo dans ces
pays.
Quelle sera la
philosophie du projet sélectionné
?
Y. A.-B. : Humanisme, développement
durable, écologie. En un mot, un
projet utile. Ce ne sera pas un sujet
sur la mode ni sur la principauté
de Monaco ! Ce sera un sujet qui va nous
faire réfléchir, qui aura
du sens et qui sera initié par
un photographe confirmé.
La photo, pour moi, ce n'est pas une carte
postale : dans tout ce que je fais, j'essaie
de m'engager. J'ai appris petit à
petit que quand on donne du sens à
son boulot, c'est plus valorisant pour
soi et pour son travail. Et je le dis
très modestement car il y a des
photographes qui n'ont pas la chance de
le faire.
Quel est votre
point de vue sur la crise actuelle du
photojournalisme?
Y. A.-B. : Moi, je suis un photographe
tellement comblé aujourd'hui...
Grâce à La Terre vue du ciel,
grâce à mon approche des
gens, au fait que je ne me prends pas
pour un artiste, grâce à
tout cela peut-être, ça fonctionne
bien.
Maintenant, la crise, je vais vous dire
où elle est, Je pense que la photographie,
aujourd'hui, vit son âge d'or. Lorsque
j'ai débuté, nous n'étions
qu'une trentaine de photographes indépendants
et les grandes agences trustaient le marché.
Mais aujourd'hui, ils sont des milliers
!
A mon époque, les gens n'avaient
aucune culture photographique, il n'y
avait aucune école de photo, aujourd'hui,
il y en a une vingtaine. Alors, c'est
vrai que le climat économique n'est
pas très bon actuellement, mais
par rapport à mes débuts,
les photographes, aujourd'hui, sont des
gens très considérés.
Il reste que beaucoup de projets fantastiques
n'arrivent pas à être financés,
ou très peu. D'où notre
volonté d'aider ces projets.
Le projet les
3P repose en grande partie sur Internet...
Y. A.-B. : Et c'est un peu le danger,
car les gens ne sont pas encore habitués
à acheter sur Internet, c'est encore
nouveau. Mais en même temps, tout
le monde y a accès pour acheter
une photo. Alors qu'aller dans une salle
de ventes normale, c'est une autre démarche.
Selon vous, quel
rôle jouera le web dans le commerce
de photos à l'avenir ?
Y. A.-B. : La photo a déjà
incroyablement évolué avec
le web. Toutes les agences sont aujourd'hui
en ligne, les gens achètent en
ligne. C'est une chance incroyable et
en même temps un danger pour l'organisation
de la photo, puisque tous les photographes
peuvent désormais vendre leurs
clichés partout dans le monde.
Le changement est énorme, d'autant
que la photo est ce qui peut se vendre
le plus facilement par Internet. Il y
a peu de choses qui peuvent se vendre
aussi bien par le web. Cela va changer
le monde ! D'où d'ailleurs l'énorme
travail que mène Bill Gates avec
Corbis.
Ses trois photos
préférées, dont il
est l'auteur
"Ma préférée
? C'est tout simplement la photo de mes
enfants !
Ensuite, celle du lion qui se fait mordre
par le petit lion car c'est vraiment une
histoire d'amour avec ma femme, avec mes
lions, et que c'est un cliché lié
à mes débuts dans la photographie.
Et la troisième, c'est peut-être
Le Coeur de Voh, et encore... non, je
ne peux pas me décider ! Très
sincèrement, cela m'est difficile
de choisir car je travaille sur de longs
projets, je mène un travail global,
c'est un ensemble, comme Les chevaux en
ce moment...Quand, dans une exposition
je dois retirer une photo, cela me rend
malade."
Le
site de Yann
arthus bertrand
Propos recueillis
par Isabelle Lallouët pour France5
Crédit
France Télévisions Interactive
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Yann Arthus-Bertrand
Les ailes du désir
Evadé d’un magasin d’orfèvres,
le lion s’est affranchi des traditions
en timbales pour épouser l’ailleurs.
Témoin de son union avec la nature,
l’homme et les animaux, la photographie
demeure seulement un prétexte.
Il a fait de son rêve un métier
; de son idéal, un commerce ; de
ses regards, des convictions. Voici l’histoire
d’un terrien extraverti suspendu
aux volutes de ses utopies.
Cette semaine, Le nouvel Economiste révèle
un tempérament au " Manoir
", sur l’île de Port-Cros.
Rencontre avec un aventurier ayant transformé
le poids d’un nom en choc des intuitions.
Par Gaël
Tchakaloff
Certains naissent avec un patronyme en
bandoulière. Yann a surpassé
le sien. Désormais, le nom d’Arthus-Bertrand
est davantage associé à
la photographie qu’à l’orfèvrerie
de la place Saint-Germain-des-Près.
Un récent sondage effectué
par Canon vient de le consacrer "
photographe le plus connu au monde ".
L’ambitieux entrepreneur se délecte
de l’information. Car il est d’abord
un homme de grands projets, un chef d’orchestre
de travaux d’envergure. Le long
terme ne lui fait pas peur. Au contraire.
Il a travaillé trois ans sur les
lions au Kenya, cinq ans sur le livre
et l’exposition La Terre vue du
ciel. Depuis deux ans, il se consacre
à un nouveau défi : 6 milliards
d’autres, un film-exposition interactif,
dans lequel les hommes et les femmes du
monde entier livrent leurs approches subjectives
du sens de la vie. Un grand musée
parisien accueillera l’événement
en 2008. L’écologiste engagé
est devenu un humaniste convaincu. Il
a montré les souffrances de la
Terre. Il a étudié le comportement
des animaux. Il se sent directement concerné
par le développement durable, comme
investi d’une mission de préservation
de la planète et des hommes. Généreux,
Yann aime les autres. Et il aime être
aimé. Il a la puissance de la sauvagerie,
le comportement tribal d’un chef
de bande… et la farouche détermination
de ses exigences. Son cœur et son
esprit restent ouverts, mais rien n’est
jamais délégué ou
laissé au fruit du hasard.
Vous, les femmes
" Dans la vie, plus on donne, plus
on reçoit. On m’a beaucoup
soutenu. Tout ce que j’ai fait,
je l’ai fait avec des gens. Cette
générosité des autres
m’aide énormément,
encore aujourd’hui. " Son histoire
s’est construite autour des femmes
et des passions. A 20 ans, son premier
amour lui a fait découvrir les
animaux. Elle avait une grande propriété
dans l’Allier et lui a transmis
le plaisir de la nature. Durant dix ans,
il s’est occupé avec elle
d’une réserve zoologique
drainant 120 000 visiteurs par an. "
C’est là que je suis devenu
ce que je suis, que j’ai découvert
ce que j’aimais ". Voilà,
l’enfant de la bourgeoisie se transforme
en aventurier. Il apprivoise les lions,
les nourrit au biberon, rêve de
Diane Fossey et trouve son chemin…
Bien loin de son éducation urbaine
et des valeurs traditionnelles de la famille
de six enfants dont il est issu. Jusque-là,
le cancre avait changé d’école
15 fois, avant d’errer dans les
rues de Paris avec " la bande du
drugstore ", aux côtés
du réalisateur Benoît Jacquot.
Quelques expériences d’assistanat
et un rôle au cinéma. Un
cachet trop vite dépensé
puis, plus rien. " Je suis rebelle
dans le sens où je déteste
que l’on m’impose quelque
chose ", affirme-t-il aujourd’hui,
sourire aux lèvres. Chapeau. Car
il a su imposer ses choix, bien qu’il
n’ait pas participé à
la gestion de la marque familiale, désormais
reprise par son cousin. Fin du premier
chapitre. Sa deuxième histoire
de vie s’appelle Anne, sa femme,
son amour de toujours. Il l’a rencontrée
alors qu’il avait une trentaine
d’années. Elle était
styliste. Elle est, depuis, devenu psychothérapeute.
Elle l’a suivi dans l’aventure
et lui a fait confiance. Il lui en est
éternellement reconnaissant. Ensemble,
ils ont mené une étude sur
le comportement des lions au Kenya. Emmenant
avec eux les deux petits garçons
d’Anne, ils ont construit une maison
au bord de l’eau. Trois ans de vie
idyllique. Le déclic d’une
passion.
L’odyssée
de l’espèce
Anne prend en charge la partie écrite
de l’étude. Très vite,
Yann s’aperçoit que la photographie
apporte un complément d’information
indispensable et complémentaire
à celui du texte. " Je ne
suis pas venu à la photographie
par l’art, mais parce qu’elle
expliquait quelque chose d’important
pour l’étude du comportement
de notre famille de lions. " Pilote
de Montgolfière, Yann survole chaque
matin le même territoire, entre
6 heures et 9 heures. Le virus de la photographie
aérienne rôde… Le reste
du temps, le couple observe les groupes
de lions, tentant de comprendre leur interaction.
Sans connaître la photographie,
Yann décide de devenir photographe
animalier. " Je connaissais bien
les animaux et j’avais compris que
pour être un bon photographe animalier,
il était plus important de bien
connaître les animaux que de bien
connaître la photographie. Les lions
m’ont appris la photographie. On
ne peut pas dire à un lion : installe-toi
là, ne bouge pas, la lumière
est belle. " De retour en France,
il présente sa collection de clichés
à Hervé de la Martinière,
à ce moment-là à
la tête des éditions du Chêne,
qui décide immédiatement
de publier un premier livre : Lions. "
Yann n’était pas le grand
photographe qu’il allait devenir,
mais il avait un regard généreux
sur les gens et sur le monde animal. Il
s’était attaché à
la population des lions et cela se sentait
", indique l’éditeur
devenu le meilleur ami du photographe.
Entre eux, il s’agit d’un
coup de foudre. Pas un jour ne se passe
sans qu’ils se parlent. Une proximité
fusionnelle les unit. Ils sont les témoins
de leurs mariages réciproques,
Yann est également le parrain de
l’un des fils d’Hervé…
Ce qui n’empêche pas ce dernier
de rester lucide sur les petites failles
de son ami : " Yann est la générosité
incarnée. Heureusement, sinon il
pourrait être insupportable professionnellement.
Il a besoin d’intervenir sur tout
et tout le monde. Mais il le fait avec
tellement d’amitié que tout
passe. "
Géo, Paris Match, Le Figaro Magazine…
A une vitesse record, Yann s’impose
parmi les photographes indépendants
recherchés par les rédactions.
Pendant dix ans, il vivra de ce métier,
s’inscrivant dans tous les secteurs,
de l’environnement au sport (notamment
le Paris-Dakar et Roland Garros), à
l’exception de la guerre. Mais l’entrepreneur
souffre d’un manque de projection.
" J’ai toujours su que la photographie
était souvent superficielle. On
nous demande de faire une photo, on la
fait, puis on s’en va. Et c’est
le journaliste qui fait le papier. A nous
de nous imposer. "
Le ciel n’attend
pas
Il est animé par l’urgence
d’accomplir ses projets, la nécessité
de matérialiser ses convictions.
Sa démarche demeure militante,
sans aucune partisanerie. Car il ne croit
pas aux structures d’appareils.
Tout commence à la conférence
de Rio, en 1992. Depuis, il s’implique,
à sa manière, dans la démarche
du développement durable. En 1993,
il monte le projet de La Terre vue du
ciel. Son idée consiste à
expliquer les problèmes de la Terre
à travers la photo aérienne,
qu’il maîtrise déjà.
Dans les années 80, Hervé
de la Martinière avait, en effet,
repéré le livre d’un
photographe américain sur les visions
aériennes de Paris, dont Yann avait
ensuite lui-même brillamment repris
le flambeau, en travaillant sur plusieurs
territoires. Au départ, l’ambition
du projet de l’exposition oblige
Yann à prendre le risque de la
financer sur ses fonds personnels. Il
sait qu’il s’agit de la réalisation
d’une vie. Quant au livre, personne
n’y croit, à l’exception
de son éditeur. Ils avaient prévu
de le vendre à un prix volontairement
bas (moins de 300 francs), et d’en
faire un " énorme tirage ",
c’est-à-dire 35 000 exemplaires…
Au final, 3 millions d’exemplaires
se sont écoulés ! Et la
90e exposition dans le monde vient d’ouvrir
ses portes, avec 6 jeux de photographies
parcourant les capitales (dont actuellement
Londres, Helsinki, Kaboul, Genève…).
Yann se souvient avec émotion des
accrochages dans les rues de Vaugirard
et de Médicis, dont il avait lui-même
eu l’idée : " Nous avons
commencé l’installation un
dimanche matin, avec Anne et mes assistants.
En deux heures, il y a eu un attroupement.
Nous avons su que c’était
gagné. " " Vu du ciel
" est devenu un concept marketing.
Dans les semaines qui viennent, deux livres
de la même veine sortiront aux éditions
La Martinière : La France vue du
ciel, dont le texte est écrit par
Patrick Poivre d’Arvor, puis L’Algérie
vue du ciel, préfacé par
Jean Daniel et écrit par Benjamin
Stora. Pour l’heure, le photographe
devenu chef d’entreprise s’attelle
à la pédagogie du développement
durable, en travaillant notamment sur
la création d’un centre d’information
relatif à ce thème avec
le WWF. Il a installé ses bureaux
et son équipe de 15 personnes au
Domaine de Longchamp et prévoit
la distribution de posters dans toutes
les écoles françaises à
compter du 1er janvier 2006… En
attendant la réalisation de 6 milliards
d’autres, dont l’ambition
planétaire semble se rapprocher
de celle de La Terre vue du ciel. Voilà.
A Port-Cros, sa nouvelle île d’adoption,
Yann savoure le calme oisif avant la tempête
de l’action… " Il regarde
le monde dans le but de le découvrir
lui-même et de le montrer aux autres
", indique sa femme.
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Cet outil est destiné aux étudiants,
aux jeunes diplômés, aux demandeurs
d'emploi, ainsi qu'à tout individu
en poste qui souhaite faire le point sur
son projet d'évolution professionnelle
et personnelle.
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