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  Interview d' un Photographe de guerre (3 interviews)
Interview d'un Photographe de guerre vu par France5

Stanley Greene
Né à New york en 1949, Stanley Greene s'est d'abord intéressé à la photo de mode avant de se consacrer au reportage. Il rejoint l'agence VU en 1991 et couvre depuis de nombreux conflits, du Soudan à la Tchétchénie. Rencontre avec ce photographe qui "exige" notre regard sur la souffrance des autres et pose des questions essentielles sur l'humain.


Quand êtes-vous allé en Tchétchénie pour la première fois ?

Stanley Greene : C'était en 1994, pour faire un reportage sur les Caspiens.

Pourquoi y retournez-vous ?

S. G. : Pour des gens comme Asia, Zelina, l'homme qui avait perdu sa jambe (voir le diaporama) et plein d'autres... Quand on est témoin d'une telle horreur, on se dit que l'appareil photo est notre seule arme.

Quel est l'objectif de Plaie à vif, le livre que vous publiez ?

S. G. : Je veux montrer aux gens ce qu'il se passe, les forcer à regarder et les inciter à en discuter, à réagir. Parce qu'on ne peut pas rester les bras croisés à regarder trois millions de personnes se faire tuer en se disant que ce n'est pas notre problème. C'est notre problème à tous. Ce qui leur arrive pourrait très bien nous arriver.
C'est une manière de dénoncer les coupables, de montrer que Poutine est un assassin, un gangster, et que George Bush est un idiot de croire en cet homme qui se joue de lui.
C'est aussi une façon de dénoncer la passivité de l'Occident. Car malgré les appels des journalistes et d'organismes tels que Médecins sans frontières, Amnesty international, Human Rights... personne n'empêche les Russes de continuer ce massacre.

Que dites-vous aux gens qui ne comprennent pas qu'on fasse des photos de guerre ?

S. G. : Je leur réponds en prenant l'exemple du 11 septembre 2001. Parce que ce sont des gens comme les autres qui ont levé la tête, qui ont vu les tours s'écrouler et qui ont pris des photos. Ils ont photographié l'horreur. Donc, plus personne ne peut dire : "Je ne serais jamais capable de faire une chose pareille".

Quel est, selon vous, le rôle d'un photographe ?


S. G. : C'est une personne qui raconte des histoires et tente de faire réfléchir les gens aux raisons qui l'ont poussé à les raconter. Un photographe est aussi quelqu'un qui "fait" l'histoire.

Quel est votre meilleur souvenir de photo ?


S. G. : C'est lorsque j'étais au San Francisco Art Institut. Cette école était une véritable communauté, ouverte 24 h/24. Il y avait des peintres, des réalisateurs, des sculpteurs, des photographes... C'était un environnement qui stimulait la créativité, une école incroyable !

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René Burri
Certaines de ses images sont devenues icônes, comme le portrait au cigare de Che Guevara ou ses photos de Picasso... : rencontre avec le photographe de l'agence Magnum, à l'occasion de la parution aux éditions Phaidon d'une rétrospective de son œuvre.

Vous avez parcouru d'innombrables pays. Qu'est-ce qui guidait vos voyages ?

René Burri : D'abord, c'était le métier. Il fallait bien nourrir la famille de temps en temps ! Mais ces voyages me permettaient aussi de découvrir des endroits, d'avoir des idées.
J'ai donc navigué entre le métier que j'ai appris comme un menuisier et la volonté d'utiliser mon "troisième œil", afin d'assouvir un intérêt profond pour l'homme, une volonté de découvrir le monde et l'envie d'en rapporter des images. Un peu comme un missionnaire mais aussi comme le témoin d'une époque.

Comment envisagez-vous la photo de guerre ?

René Burri : On dit que chez Burri, il n'y a pas de morts. Effectivement, l'accumulation de cadavres, le sensationnalisme ne nous avancent pas. Et personnellement, je n'ai pas le goût de faire de belles compositions à partir des morts. Je préfère montrer autrement.

Après la guerre des Six Jours, j'étais dans le désert. Des Bédouins marchaient avec des drapeaux blancs, des chars brûlaient... Tout à coup, j'ai senti quelque chose derrière moi. Je me suis retourné, c'était une main noire. La main d'un soldat. Elle sortait du sable. J'ai pleuré, j'ai vomi et je me suis dit que je ne ferai pas cette photo.
On me l'a reproché en me disant qu'elle aurait donné une belle double page... Je le savais parfaitement. Mais par lâcheté ou par pudeur, il y a toute une série de photos comme celle-ci que je n'ai pas faites. Transmettre ce qui se passe avant et après la guerre m'intéressait davantage, que ce soit sur le plan social, économique ou politique.

Quel est, selon vous, le rôle d'un photographe ?

René Burri : C'est, avant tout, respecter la personne qui est en face et garder une certaine simplicité.

Aujourd'hui, le photographe est coincé entre le vol et le sens des responsabilités. Il a perdu de sa crédibilité parce qu'il peut tout manipuler. Mais il faut continuer, il faut des gens qui témoignent. Il faut récupérer le terrain de la sincérité pour poursuivre ce que nos ancêtres ont commencé.

Quel est votre meilleur souvenir de photo ?

René Burri : C'est photographier la bien-aimée, les enfants, les parents... Ce moment que l'on peut saisir avec émotion, avec le cœur et une certaine chaleur. Photographier ces instants qui ne reviendront jamais, c'est laisser un souvenir aux gens qu'on aime. C'est ce qui m'a guidé.


Propos recueillis par Vanessa Marty pour France5
Crédit France Télévisions Interactive


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Portrait d'un Photographe de guerre vu par nouveleconomiste.fr

Patrick Chauvel
La mémoire dans la guerre
Il ne devrait plus être là. Couvert de cicatrices, meurtri par l’histoire, illuminé par la folie du monde contemporain. Ses yeux portent les traces des visages disparus qu’il a filmés ou photographiés. Sa plume couche le sang des innocents. Sentinelle et témoin, traqueur et rapporteur, inconscient et responsable, le correspondant de guerre sort de son embuscade.

Chaque semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à «L’Hôtel», rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait d’un aventurier de l’amour devenu un baroudeur de la guerre.

Par Gaël Tchakaloff

Même pas peur. Il sait qu’il a la Baraka. Il n’a jamais eu l’intention de mourir. Des balles, il en a reçu. Les éclats de mortier, il les porte encore. Parce qu’il est l’un des derniers correspondants de guerre indépendants ayant couvert les conflits majeurs de la seconde moitié du xxe siècle, il doit raconter. Le Vietnam, le Cambodge, le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie, Israël, la Palestine… « Mon métier n’est pas un métier. C’est une façon de vivre », lance-t-il, narquois. Longtemps considéré comme « le photographe le plus fou de la planète », Patrick Chauvel a décidé de diversifier ses outils de communication. Si la photographie reste son épine dorsale, c’est désormais à la réalisation et à l’écriture que s’attelle également ce reporter de la misère humaine. En dépit des douleurs de la guerre, son cœur est resté pur. Sa plaie n’est pas liée aux conflits. C’est celle du désamour. Elle remonte à l’enfance. Mais sa violence demeure rentrée. « Hargneux, innocent, il est petit mais il sait cogner », affirme son ami et nouveau complice professionnel, Jean-Marc Barr.

Un cœur en hiver


Dans la guerre, il trouve l’amour. Celui qui lui a manqué. L’absence d’une mère, partie reconstruire une vie ailleurs. Les voyages du père, grand reporter au Figaro : « Quand des milliers de gens essaient de vous tuer, c’est que vous êtes vraiment important. C’est une preuve d’amour ». Etrange conception d’un homme qui n’a pas encore pansé les fêlures du passé. Les enfants sont placés dans des familles d’accueil. Son frère meurt de la tuberculose. Sa sœur reste un long moment en sanatorium. Son grand-père, diplomate, héberge Patrick dès l’âge de 3 ans. New York, Genève, Londres. Puis une pension militaire, choisie par son père, à Jouy-en-Josas. Une éducation à la dure. Et des changements de lycée à n’en plus finir. Pendant les heures de cours, Patrick dessine. Le cancre abandonne ses études. Sa mère, il l’a retrouvée à l’adolescence. Trop émotive pour que Patrick s’attache. Il aime les apparences rustres. Les tempéraments tenus. Avec son père, c’est une autre histoire. Car Jean-François Chauvel vit l’existence que son fils rêve d’avoir. « Adolescent, le journaliste que j’admirais le plus se trouvait être mon père. C’était un sacré mec ». Il le fascinait par ses feuilletons de presse écrite. Parce qu’il ne joue pas le sentiment, son père devient son ami. Autour de l’icône, une bande de voyous, de grands journalistes et d’aventuriers vont sceller le destin de Patrick : Gilles Caron, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel, Jean Lacouture… L’histoire qu’il a entendue à l’école n’a pas d’intérêt à côté de celle qui est racontée chez son père. Alors, il décide de partir. En répondant à une annonce dans un journal israélien à quelques semaines de la guerre des six jours, il découvre son métier. Gilles Caron lui laisse un Leica M3 que Patrick n’aura pas l’occasion de lui rendre. Parti remplacer des civils dans les kibboutz, il fait le mur pour rejoindre les premières lignes lorsque la guerre éclate. Les photos sont ratées. Peu importe, Patrick a compris son chemin. Contrairement à ce qu’il avait prévu, il ne sera ni dessinateur, ni pilote de chasse, ni coureur automobile.

Les mille et une guerres

Près de 300 jours par an à l’étranger. Bercé par les tirs en rafales, les départs précipités et… les constructions amoureuses successives. Quatre mariages, quatre divorces, quatre enfants avec trois femmes différentes. L’histoire se répète. Il élèvera seul deux de ses enfants. Epousant sa baby-sitter pour combler les absences. Dans son sac de voyage, les biberons se mêlent aux appareils photos. « J’ai appris l’inquiétude depuis que j’ai des enfants. A leur naissance, j’ai failli avoir des infarctus. Cela fait beaucoup plus peur qu’un conflit. » Peu à peu, il devient pointu dans son métier : Photographe de guerre. Formé au laboratoire de France Soir, il abandonne rapidement le show-business pour les tranchées. Travaillant pour Newsweek, Stern, Paris Match, Sipa-Press, Sygma… Il trouve ce qu’il est parti chercher. De l’aventure, résolument. Un brin d’héroïsme, indiscutablement. Mais aussi le terrain vierge, la fuite, la nouvelle identité, l’absence de repères, lui, qui est devenu celui du photo-journalisme. Son histoire, il peut l’oublier le temps d’un voyage. Celle des autres demeure plus essentielle : « La durée de vie d’un combattant en temps de conflit est d’un quart d’heure. Tout ce qu’il dit est important. » De la même manière, sa violence s’apaise au contact de celle des autres : « Sur un conflit, la colère que l’on a est tellement dépassée par la violence ambiante que ça calme. On est détendu ». Bien mieux, son humanité ressort. Il est là pour capter les histoires et les émotions. Elle est là, sa famille. Dans le monde entier. A sa façon, il donne un peu d’amour à ceux qui ont besoin que l’on parle d’eux. Et il en reçoit en retour. Cela devient une drogue. Plus un conflit sans lui. Plus un témoignage auquel il ne participe. « Pour le Tchétchène, ce qui compte est que l’on parle de lui. S’il n’y a pas de témoin d’un crime, il n’y a pas de crime ». Il veut être partout. « Pour moi, la Tchétchénie, l’Irak, Israël, la Palestine, ce sont d’abord des gens que je connais et qui comptent sur moi pour raconter. Quand il y a une offensive, je pense à des visages, des noms de femmes, d’enfants et de combattants. Alors, pour écrire à Paris, je coupe la radio. Autrement, le départ me démange ».

La revanche d’un complexé

Deux livres pour une réconciliation. Celle de l’écriture. Le père en étendard, la vengeance du cancre. Il fait toujours des cascades de fautes d’orthographe. Il peut encore écrire 40 pages sans verbe. Mais la femme qu’il aime corrige. Elle travaille dans une maison d’édition. Il a retrouvé la confiance. Alors il a raconté son métier dans Rapporteur de guerre (*), puis son histoire d’amitié dans Sky(**) : « L’écriture est un véritable challenge. Je ne pensais pas prendre un pied pareil sans enlever mon pantalon ». Aujourd’hui, le baroudeur brutal s’est affiné. Il prépare un troisième ouvrage sur une tribu perdue d’Asie, un court-métrage sur un photographe palestinien, interprété par Jean-Marc Barr. Désormais, Patrick manie aussi bien la caméra que l’écrit ou la photo. Peu importe le support. « Aujourd’hui, l’information est tellement omniprésente que si l’on ne sait pas ce qui se passe, c’est que l’on refuse de le savoir ». Parallèlement, il continue sa carrière de comédien dissident, entamée aux côtés de son oncle, Pierre Schoendoerffer, dans L’Honneur d’un capitaine. Au mois d’août prochain, il interprétera un journaliste dans le prochain long-métrage de Christophe de Ponfilly, auteur du livre Massoud l’Afghan. Bien qu’il parte de moins en moins, la guerre le poursuit toujours. Elle est partout, autour de lui. « On trimbale toujours la guerre avec soi. Les sons et les odeurs la rappellent. Les barbecues renvoient aux cadavres brûlés. A Paris, un homme entre dans un bar, on a l’impression qu’il va se faire tuer. A la campagne, près des buissons, on pense toujours à une embuscade… ». La Guerre ici, son grand projet de 30 photos géantes et d’un livre imaginant la guerre dans des lieux parisiens symboliques, incarne parfaitement l’essence de Patrick Chauvel. Les Champs-Elysées au petit matin, envahis par un combat tchétchène… Ses clichés, anciens et récents, se superposeront bientôt pour incarner la méfiance. Méfiance des conflits à venir. Méfiance des apparences. Méfiance de la violence gratuite. Au fond, la mort est la seule chose dont il ne se soit jamais méfié. « Entre la mort et lui, il y a un papier de cigarette », rappelle le cinéaste Pierre Schoendoerffer.



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