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Né
à Paris en 1910, Willy Ronis
à inlassablement photographié
Paris pendant 75 ans
Il
a observé comme personne
les gens et les quartiers populaires
de la capitale.
Pour ses 95 ans, la Ville lumière
rend hommage au dernier représentant
vivant de l'école des photographes
humanistes parisiens, avec une
rétrospective à
l'Hôtel de Ville. |
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Les années
de formation
Willy Ronis est né en 1910,
dans le 9e arrondissement de Paris.
Sa mère, juive lituanienne,
et son père, juif ukrainien,
sont venus en France pour fuir les
pogroms. Ils sont tous deux mélomanes,
et elle est pianiste. Son père,
ouvrier retoucheur dans un studio
photo, ouvre son propre studio boulevard
Voltaire. L’exposition s’ouvre
sur un portrait agrandi de Willy bébé.
Willy Ronis a 16 ans quand son père
lui offre un appareil photo, un Kodak
6,5 x 11 cm. Sa première photo
de Paris est une photo de la Tour
Eiffel. Mais sa première vocation
d’être musicien. Il rêve
d’être compositeur. Il
réalise quelques autoportraits.
Sur l’un, il pose avec son Kodak,
sur l’autre avec son violon.
Le jeune Willy commence des études
de droit qui ne le passionnent pas.
Quand il rentre du service militaire,
en 1932, son père est malade
et lui demande de l’aider ou
même de le remplacer au studio.
Mais ce qui l’intéresse,
en photo, c’est l’extérieur,
la rue. Il déteste le travail
de studio, la photo d’identité,
les mariages et les communions.
Willy
Ronis travaille donc pendant quatre
ans dans le studio de son père.
En même temps, il commence
à sillonner les rues de
Paris. Rue Muller, de nuit, il
photographie le pavé luisant
et une ligne de halos de réverbères
(1934). Déjà, ce
sont les gens simples qui l’intéressent,
comme les clochards sous les ponts
(Sous le Petit Pont, 1934) ou
des ouvriers la nuit, à
la lumière d’un brasero.
Très jeune, il est sensible
aux sujets sociaux. Il raconte
qu’il a été
fortement impressionné
quand il a entendu, dans un wagon
de métro, un groupe d’ouvriers
qui chantaient « La Jeune
garde ». |
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Dès 1934, il photographie les
manifestations ouvrières, la
Fête de l’Humanité
à Garches, le 20e anniversaire
de la mort de Jean Jaurès,
une manifestation au Mur des Fédérés.
Les débuts
de photographe indépendant
1936, année du Front populaire,
est une année charnière.
En juin, son père meurt, le
studio, en faillite, est abandonné
à ses créanciers. Exit,
donc, la photo de studio. Un mois
plus tard, Willy Ronis est au défilé
du 14 juillet à la Bastille.
Il prend une petite fille, le poing
levé, sur les épaules
de son père. La photo paraît
dans l’Humanité un mois
plus tard, marquant ses débuts
dans le métier de photographe
indépendant.
Jusqu’à la guerre, Ronis
parcourt Paris, accumulant des archives.
Il aime photographier les gens mais,
timide, il ne s’approche jamais
beaucoup, ne les prend pas de face.
Il aime particulièrement les
personnages isolés dans une
foule, un peu mélancoliques,
comme cette fille dans le métro
aérien (1939).
En 1938, il fait un reportage sur
une grève à l’usine
Javel-Citroën, pour le magazine
Regards. Il s’attache au quotidien
de la grève, les parties de
foot ou de dames, la gamelle et la
couture qui meublent les journées
d’occupation. Une photo de ce
reportage, exposée à
l’Hôtel de Ville, est
restée inédite pendant
des années : Rose Zehner, perchée
sur un chaise pour haranguer ses collègues,
le doigt tendu, était trop
sombre pour être publiée.
Il l’a exhumée quarante
ans plus tard et elle est devenue
une de ses photos les plus célèbres.
Willy Ronis a d’ailleurs retrouvé
Rose Zehner, bien des années
après. aussi : sa cousine l’a
reconnue quand la photo a été
publiée dans un livre et elle
a contacté le photographe.
Pendant la guerre, Willy Ronis fuit
Paris : il ne veut pas porter l’étoile
jaune. Il passe en zone libre. Dans
le midi, il rencontre Jacques Prévert,
vit de petits boulots.
L'âge
d'or de l'après-guerre
Quand Willy Ronis retrouve sa ville
natale, fin 1944, le travail ne manque
pas. Il commence par couvrir le retour
des prisonniers, la liesse du 8 mai
1945.
»La reprise de l’activité
après la Libération
fut assez fascinante. Le public avait
une folle soif d’images et,
pendant quelques années, la
photographie pour la page imprimée
connut une période de grande
fertilité », se souvient
le photographe.
C’est dans une ambiance où
« on se sentait porté
par une chaleur de cœur »,
comme disait Henri Cartier-Bresson,
que s’épanouit ce qu’on
a appelé l’école
humaniste française, autour
du Groupe des XV et de l’agence
Rapho, que Willy Ronis rejoint à
cette époque. On y trouve Robert
Doisneau, Edouard Boubat, Izis.
Ce courant s’impose au niveau
international, avec une exposition
au MoMA de New York (1953) et l’exposition
itinérante The Family of Man,
organisée par Edward Steichen
en 1955.
Willy Ronis effectue des commandes
pour les magazines Regards et Point
de Vue, et aussi Time, Life ou Picture
Post. Il ne fait pas d’actualité,
mais toujours des sujets de société,
sur les « bohémiens »
de Montreuil aux filles lumineuses
ou sur les forts des Halles.
A Paris, Ronis préfère
les quartiers populaires. Mais il
nous montre aussi Sèvres-Babylone
dans la brume, sous le store de l’hôtel
Lutetia, ou la place Vendôme
sous la neige. Et il nous livre toujours
des personnages perdus, comme une
enfant toute seule avec des sacs et
des valises à la gare Montparnasse.
Belleville-Ménilmontant
Hors commande, Willy Ronis continue
son travail personnel à Paris.
A la fin des années 40, un
ami de sa femme, Daniel Pipart, peintre
rue de Ménilmontant, lui fait
découvrir le quartier de Belleville
et Ménilmontant, qu’il
ne connaissait pas.
C’est le coup de foudre : il
va parcourir le quartier dans tous
les sens, et y prendre des photos
qui sont parmi les plus belles qui
aient été faites à
Paris.
»J’y allais en motocyclette
et je me promenais comme dans une
ville étrangère. Chez
Victor, en haut de l’impasse
Compans, on poussait un portail et
on était en plein ciel. Un
vrai jardin s’avançait
en terrasse, avec des gloriettes et
un jeu de boules à trois couloirs.
On découvrait, plein nord,
un panorama s’étendant
du Sacré-Cœur aux gratte-ciels
de Bobigny, avec, par beau temps,
à l’horizon, la forêt
de Senlis », raconte-t-il.
Mieux que personne, il a su capter
la poésie qui émane
de ce quartier, du côté
campagnard qu’il avait encore
à l’époque, de
la lumière sur ses pentes,
de ses cafés et de ses habitants,
de ses gamins et de ses artisans.
Willy Ronis aimerait faire un livre
de ces images de Belleville mais aucun
éditeur n’en veut. L’ouvrage
est finalement publié en 1954
: il est très remarqué
mais fait un flop commercial. Réédité
trois fois depuis, c’est devenu
un classique de la photo.
Le creux
de la vague
Les années 60 et 70 sont moins
fastes pour les photographes humanistes.
Le regard idéaliste qu’ils
portaient sur l’homme n’est
plus à la mode. De plus, Willy
Ronis est exigeant et ne veut pas
que ses photos soient publiées
n’importe comment. Après
de mauvaises surprises, il demande
à pouvoir contrôler les
légendes.
Les commandes sont moins nombreuses,
il fait de la pub, de la mode, du
reportage industriel, ce qui ne le
passionne pas. En 1972, Willy Ronis
décide de quitter Paris pour
Gordes, puis l’Isle-sur-la-Sorgue.
Pendant ses années provençales,
il enseigne et photographie le Midi.
Après quelques années
d’oubli, les photographes humanistes
parisiens seront redécouverts
dans les années 80, avec la
mode rétro qui remet au goût
du jour les images du vieux Paris.
Willy Ronis publie en 1980 Sur le
fil du hasard, qui le remet sur le
devant de la scène.
Loin de la
nostalgie
A 95 ans, Willy Ronis n’est
pas un homme tourné vers le
passé. Si ses photos incarnent
un Paris d’une autre époque,
si on est touché par le côté
rétro de ses images, il a toujours,
lui, photographié son époque.
Quand il fait des photos dans les
années 70, 80, c’est
le nouveau Paris qui l’intéresse:
les cabines téléphonique
en forme de bulle à la nouvelle
station de RER des Halles, le Centre
Pompidou, la pétanque dans
les nouveaux espaces de la rue Vercingétorix,
après les démolitions
des années 80, la sieste à
La Défense. l’endroit
même où, en 1938, il
couvrait la grève des ouvriers
de Citroën, il photographie en
1994 les enfants qui jouent dans les
jets d’eau du nouveau parc qui
a remplacé les usines Citroën,
dans le 15e. A Belleville, il photographie
une aire de jeux toute neuve en 1981.
Loin de tout fétichisme, Willy
Ronis a conservé peu de tirages
d’époque. La plupart
des tirages exposés à
l’Hôtel de Ville sont
donc des tirages modernes, pour certains
de photos inédites. Il a largement
ouvert ses archives pour l’exposition.
On y trouve quelques raretés,
comme ces photos couleur des années
50.
Des photos qui nous montrent un Paris
qu’on imagine, aujourd’hui,
plutôt en noir et blanc. La
photo de la promenade du dimanche
près des fortifs, en couleur,
est une curiosité. Tout comme
le rouge vif de la cordonnerie de
la rue Tholozé.
Un amoureux des "gens"
Ce qui intéresse Willy Ronis,
c’est de voir comment ses frères
et sœurs parisiens vivent. Pendant
75 ans, il s’est promené
dans les rues, dans les manifestations,
dans les usines, dans les parcs, photographiant
ces « gens » ordinaires.
Des anonymes figuraient sur ses clichés
devenus célèbres. Willy
Ronis adore retrouver ses sujets.
Souvent, ils sont devenus des copains.
A ce jour, il en a retrouvé
23, qui se sont reconnus ou qui ont
été reconnus par leurs
proches, comme la petite fille au
bonnet phrygien du 14 juillet 1936,
les amoureux de la Bastille ou Rose
Zehner, la gréviste de Citroën.
La première, Suzanne Trompette,
avait 7 ans en 1936. Elle a découvert
la photo avant guerre, puis à
la télé, lors du 60e
anniversaire du Front populaire. Elle
a été interviewée
pour l’émission «
Les cent photos du siècle »
diffusée sur Arte en 2000.
Les Amoureux de la Bastille ont été
pris en haut de la colonne de Juillet
en 1957. Lors d’une exposition,
en 1988, quelqu’un est venu
voir Ronis et lui a dit qu’il
connaissait bien Riton et Marinette.
Depuis des années, ils tenaient
un bistrot à quelques centaines
de mètres de la Bastille. Dans
le café, ils avaient un poster
de la fameuse photo, et l’ont
accueilli chaleureusement.
Rose Zehner, c’est sa cousine
qui l’a reconnue quand la photo
a été reproduite dans
l’Humanité, après
sa parution dans le livre Sur le fil
du hasard en 1980. Elle écrit
à Ronis par l’intermédiaire
du journal. Ils s’envoient des
lettres et se téléphonent,
avant de se rencontrer, en 1982, 44
ans après la photo. Un film
a été tourné
autour des retrouvailles du photographe
avec cette femme qu’il qualifie
de « personnage fabuleux ».
Bon anniversaire
Monsieur Ronis
Lors de la belle exposition du Pavillon
des Arts de Paris, en 1996, Willy
Ronis –il avait déjà,
à l’époque, 86
ans- avait déclaré :
« Maintenant, je vais, c’est
certain, retourner sur le terrain.
Car il ne faut surtout pas s’arrêter.
Cela pourrait, paraît-il, être
extrêmement dangereux ».
Pourtant en 2001, Willy Ronis a posé
son appareil photo. « Je me
suis trouvé subitement handicapé
dans mes capacités de me mouvoir.
Je ne pouvais plus bien marcher, je
ne pouvais plus courir et ce qui m’intéressait
le plus –aller au-devant de
l’événement- c’était
fini », explique-t-il. Ses dernières
photos sont des nus, qui ne demandent
pas de courir.
A 95 ans, si Willy Ronis n’a
plus bon pied, il a toujours bon œil,
comme le montre le petit film projeté
dans le cadre de l’exposition,
où il raconte et explique ses
photos.
Et s’il ne prend pas de nouvelles
photos, les anciennes continuent de
l’occuper. « Je travaille
beaucoup, j’expose en France
et à l’étranger.
Je vois des tas d’amis. J’imaginais
terminer mes jours en faisant des
photographies comme un simple amateur.
Je me trompais : le métier
ne me lâche pas. »
Propos de
Valérie ODDOS pour
France2
Crédit
France Télévisions Interactive.
Fiche métier
du Photographe
Photographes : Photographe
à Toulouse, Photographe
à Strasbourg
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