Anoukane
Luangrath (33 ans)
Apprenti relieur, artiste
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> Comment en es-tu venu à faire
de la reliure ?
- En fait, j’ai toujours été
attiré par le papier, en tant que
matière. Après mon Bac,
j’ai commencé à chercher
des stages dans la Région, pour
apprendre le métier de relieur.
Seulement, les seules possibilités
qui se présentaient à moi
étaient des apprentissages chez
des relieurs proches de la retraite, mais
ces formations étaient payantes
et souvent bien chères.
Je suis donc parti en Belgique, à
l’institut Diderot. Je suivais des
cours du soir pour apprendre le métier.
Ces cours étaient dispensés
par des professionnels. Il y avait même
des profs de La Cambre, l’équivalent
belge de l’école du Louvres,
qui venaient enseigner là-bas.
J’y suis resté pendant deux
ans. En fait, le cursus normal se fait
en quatre ans, mais il n’y avait
que les deux premières années
qui m’intéressaient. En troisième
année, on suit une spécialisation
à la dorure et en quatrième
à la restauration des vieux papiers.
Moi, je voulais seulement apprendre la
reliure… Au final, je suis sorti
de là en connaissant le métier
et les techniques, mais sans aucun diplôme,
car je n’avais pas fini le cursus.
J’aurais pu rester en Belgique,
car dans ce pays, on n’a pas besoin
d’être diplômé
pour s’installer, alors qu’en
France, il est nécessaire d’avoir
au minimum un CAP.
> Tu envisages
donc de passer ce CAP ?
- Quand j’aurais le temps pour le
faire. Pour le moment, de toutes façons,
je ne vis pas de la reliure. Mon métier
est serveur. La reliure est un à
côté et je n’en fais
pas commerce. Je fais un travail d’échange
avec des artistes de la Région
et je relie des mémoires d’étudiants.
> Mis à
part le CAP, existe-t-il d’autres
formations pour apprendre le métier
?
- En fait, ce CAP est essentiellement
destiné aux plus jeunes, qui désirent
dès le début de leur scolarité
s’orienter vers cette profession.
Sinon, il existe deux autres formations.
Le DMA (Diplôme des métiers
d’art) et le BMA (Brevet des métiers
d’art). Mais elles sont accessibles
uniquement sur Paris, à l’école
Boulle et à l’école
Estienne, qui sont deux établissements
prestigieux.
> Comment
es-tu parvenu à te faire connaître
et à travailler dans la Région
?
- J’ai pas mal démarché
les gens, en allant les voir pour leur
présenter mon travail. J’ai
aussi participé à une exposition
avec des artistes et des artisans régionaux.
C’était il y a trois ans,
dans le vieux Lille.
> Pour toi,
le métier de relieur nécessite-t-il
des qualités particulières
?
- Oui, il faut beaucoup de patience, car
c’est un travail très répétitif.
Tu refais tout le temps les mêmes
gestes, mais tu fais tout manuellement
et il n’y a jamais d’à
peu près. Il faut donc être
très pointilleux et vraiment habile
de ses mains.
> Qu’est-ce qui te plaît
dans ce métier ?
- Comme je te l’ai dit tout à
l’heure, j’ai toujours été
attiré par le papier, les livres
en tant qu’objets. J’aime
pouvoir créer des objets vierges
pour que les gens puissent les remplir
en écrivant dedans.
> Comment
envisages-tu l’avenir ?
- Si je veux avoir le statut de relieur
en France, passer le CAP est indispensable,
mais j’ai aussi la solution de m’installer
en tant qu’artisan. Dans ce cas,
je n’aurais alors besoin d’aucun
diplôme. Dans le futur, ce que je
souhaiterais, c’est arrêter
mon boulot de serveur pour pouvoir me
consacrer uniquement à la reliure.
Mais c’est compliqué quand
tu es seul. Il faut s’occuper de
tout de A à Z et c’est assez
contraignant… De toutes façons,
si je m’installe en tant qu’artiste,
je ne ferai pas uniquement de la reliure,
je continuerai à faire comme maintenant
des sets de bureau, des boîtes,
des objets design, car c’est quelque
chose que j’aime faire.
> Justement, si tu aimes le design,
pourquoi ne t’es-tu pas orienté
dans cette voie ?
- J’aime le Design, mais je n’ai
pas du tout envie de travailler dans une
grosse boîte, sous les ordres d’un
patron. Je préfère distribuer
mes productions par le biais d’un
circuit plus underground, en exposant
dans certains bars, ou en passant par
des petites papeteries.
> Comment
travailles-tu ?
- Je fais souvent des reliures de type
oriental. C’est un domaine assez
vaste, même si avant tout, la reliure,
c’est le livre. Il y a beaucoup
de préparatifs avant de relier,
et les matériaux sont chers. Pour
les objets que je réalise, j’emploie
des techniques que l’on pourrait
quasiment qualifier d’« industrielles
». C'est-à-dire que j’emploie
des techniques de conception rapides et
moins chères au niveau des matériaux.
> Pour finir,
quels conseils donnerais-tu à un
étudiant ou un jeune qui voudrait
devenir relieur ?
- La reliure, pour moi, c’est une
passion. Si un étudiant est intéressé,
il faut qu’il sache qu’une
bonne formation est nécessaire
et qu’il vaut mieux bosser dans
une grosse structure. Pas mal de personnes
pratiquent la reliure comme un hobby,
mais cela peut évoluer rapidement.
Il faut savoir également que la
reliure est quelque chose qu’on
apprend durant toute sa vie, un peu comme
la calligraphie. La préparation
nécessite beaucoup d’étapes
et d’attente. Chaque manipulation,
chaque mouvement est un concept, comme
l’art de la conception florale ou
la culture du Bonzaï. C’est
assez spirituel.
Fiche métier
du Relieur
et du Restaurateur
de livres anciens
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