|
Jean, électricien à
son compte en zone rurale
Après une vingtaine d’années
d’expérience, Jean,
titulaire du CAP Electricien,
s’est installé
à son compte. Il emploie
aujourd’hui 6 personnes,
dont son épouse pour
le secrétariat. «
J’ai 5 électriciens,
dont 2 sont actuellement en
apprentissage. Tous ont le CAP
et un ouvrier possède
le
BP. »
Jean travaille à 80%
pour des particuliers dans un
rayon de 20/30 kms. «
On intervient aussi pour des
petits bâtiments tertiaires
ou industriels, mais c’est
plus rare. Mes chantiers concernent
à 60% la rénovation
et 40% le neuf. On nous demande
beaucoup de pose de chauffage
électrique. Les chantiers
ont tendance à être
plus répétitifs
pour du neuf, alors qu’en
rénovation on ne sait
jamais ce que l’on va
trouver. On peut intervenir
pour refaire une pièce
ou l’installation complète
de toute une maison. »
Le
Travail d’un salarié
Jean nous explique le déroulement
d’un chantier pour une
maison neuve. « Un électricien
intervient à 3 reprises
lors de la construction d’une
maison : au début pour
poser les gaines, au moment
du passage du plaquiste pour
tirer les fils et à la
fin pour la pose des appareils.
Il dépend donc
totalement de l’avancée
des travaux des autres professionnels
du bâtiment. C’est
ce qui rend les plannings quasiment
ingérables. Je peux recevoir
un coup de fil aujourd’hui
d’un maçon pour
m’avertir qu’il
va couler sa dalle et qu’il
faut que quelqu’un de
chez moi vienne rapidement.
C’est pour ça que
j’ai choisi un système
avec deux équipes, quand
l’une travaille sur un
chantier, l’autre
sert de tampon pour intervenir
rapidement. C’est très
important dans ce métier
d’être très
réactif. Je ne peux pas
établir de plannings
longtemps à l’avance
comme c’est le cas dans
d’autres professions.
Dans ce métier, l’une
des qualités indispensables
est l’adaptabilité.
»
Les électriciens de Jean
ne savent donc jamais à
l’avance où ils
vont travailler. Ils arrivent
le matin dans les locaux de
l’entreprise où
ils reçoivent leurs consignes.
Ensuite, ils sont complètement
autonomes. « Je n’ai
plus le temps d’aller
sur le terrain, j’ai trop
de travail à faire ici.
Je leur fais confiance. »
Jean envoie une de ses équipes
sur un chantier où le
terrassement et l’empierrement
viennent d’être
terminés. C’est
la seule fois où ils
travailleront dehors. «
L’électricien est
un des seuls professionnels
du bâtiment à pouvoir
travailler essentiellement à
l’abri, c’est vraiment
appréciable. »
La 1ère étape
pour les électriciens
est de déposer au sol
les gaines où ils feront
passer plus tard les fils électriques.
Ils commencent par lire le plan
détaillant les implantations
électriques prévues
avec le client : prises de courant,
interrupteurs, radiateurs, éclairage…
« Ils doivent reporter
au réel les cotes indiquées
sur le plan. Ils déroulent
donc les gaines sur le sol de
manière à ce que
leurs emplacements coïncident
avec les sorties électriques
prévues. » Pour
un pavillon classique, les électriciens
travaillent 4 heures environ,
la plupart du temps accroupis
ou courbés. Les gaines
sont laissées en attente.
Les électriciens quittent
le chantier.
C’est au tour du maçon
d’intervenir pour couler
une dalle en béton sur
les gaines. La maison prend
forme, apparaissent les murs,
la charpente… La maison
est maintenant hors d’eau
et hors d’air, les électriciens
travailleront désormais
à l’abri.
« J’attends de recevoir
un appel du plaquiste pour envoyer
une équipe. Cette fois-ci
les électriciens
travailleront en même
temps que le plaquiste. »
Les électriciens doivent
maintenant faire l’installation
électrique. Ils doivent
relier les fils qui partent
du boîtier EDF à
la maison. Ils doivent ensuite
tirer des fils dans les murs
entre la couche de laine de
verre et le placo, c’est
l’étape du
câblage. « Ils passent
les fils électriques
dans les gaines qui avaient
été posées
au tout début de la construction.
Chacun se met à une extrémité
et pendant que l’un pousse
le fil dans la gaine, le deuxième
électricien tire de l’autre
côté. Pour faciliter
cette tâche, les gaines
sont maintenant
aiguillées, c’est-à-dire
qu’elles contiennent sur
toute leur longueur un «
fil de traction » sur
lequel est accroché le
fil électrique. Mais
cela reste impossible pour une
personne seule, à moins
de disposer d’équipements
spéciaux. Les électriciens
seuls font d’ailleurs
souvent plus de rénovations
que d’installations neuves.
»
Les électriciens doivent
aussi faire passer les fils
dans les plafonds, ils peuvent
alors monter sur une échelle.
« C’est sans doute
l’un des métiers
du bâtiment les moins
pénibles physiquement.
Un électricien est souvent
accroupi, courbé ou les
bras levés, mais il n’a
pas de port de charges.
Quelqu’un avec un petit
mal de dos pourrait même
faire ce métier. Par
contre, il ne faut pas avoir
le vertige car il faut parfois
monter sur des échafaudages
pour installer la lumière
dans des hangars dont les plafonds
sont très hauts. »
L’équipement d’un
électricien est également
assez léger : une échelle,
un escabeau, une perceuse, une
boîte à outils,
une visseuse, une rainureuse,
des appareils de contrôles
et de mesures…
Les électriciens dessinent
sur le plaquo des ronds avec
des croix pour indiquer les
emplacements où doivent
sortir les fils et où
ils vont mettre les interrupteurs
et les prises.
Pour le câblage, l’électricien
n’emploie pas les mêmes
techniques selon les matériaux
choisis par le client pour recouvrir
ses murs.
« 90% des clients veulent
du placo, 5% une ossature en
bois et 5% du plâtre.
On travaille à peu près
de la même manière
pour du placo ou du bois. Le
plâtre est par contre
beaucoup plus exigeant, dans
ce cas, j’envoie mes électriciens
les plus expérimentés
car les plus jeunes ne se
sentent pas à l’aise
avec cette technique. On retrouve
plus de constructions en plâtre
dans les rénovations.
Dans le neuf, c’est vrai
que c’est beaucoup plus
rare. » Alors que dans
du placo il suffit d’accrocher
les boîtes d’encastrement
sur lesquelles on mettra les
prises ou les interrupteurs,
pour le plâtre la tâche
se révèle plus
difficile. « Il faut encastrer
les boîtes directement
dans la brique. Il faut donc
faire une saignée, c’est-à-dire
un trou, puis enfoncer la boîte
et la sceller en la recouvrant
de plâtre. Un électricien
doit être polyvalent et
être capable de faire
un peu de plâtre. Il doit
aussi être encore plus
soigneux que d’habitude
pour que le rebouchage soit
propre. »
Ils doivent maintenant installer
les différents équipements
tels que les radiateurs, les
sèche-serviettes, les
hottes... Le plus important
reste le tableau général
électrique. « C’est
le cerveau de l’installation.
C’est là que se
rejoignent tous les circuits
et c’est là aussi
que sont installées toutes
les protections et commandes.
Les électriciens font
des essais pour vérifier
que tout fonctionne. Si ce n’est
pas le cas, ils doivent être
capables de savoir où
se situe la panne et trouver
une solution. » Les électriciens
utilisent un certain nombre
d’appareils de contrôle
et de mesure pour vérifier
le
bon état de marche du
système électrique.
Les électriciens s’occupent
des dernières finitions.
« Je n’ai malheureusement
plus le temps de travailler
sur les chantiers, mes salariés
sont donc complètement
autonomes. Je passe quand il
y a un souci ou en fin de chantier
pour un petit contrôle.
J’attache une grande importance
à l’esthétique,
une prise pas droite, ce n’est
pas joli. Bien que les électriciens
travaillent avec un niveau,
il arrive que tout ne soit pas
particulièrement droit.
Je suis particulièrement
attentif sur ce point, et je
n’hésite pas à
refaire faire ce qui ne va pas.
»
Les chantiers de rénovation
exigent encore plus de soins
et d’attention. «
Intervenir dans une maison meublée
et habitée est forcément
plus compliqué. Mon équipe
doit faire attention à
n’abimer ni les meubles
ni les peintures. Après
leur passage, rien ne doit être
dégradé. Les électriciens
doivent aussi tenir compte du
client, bien souvent présent.
Ils essaient de s’adapter
et de perturber le moins possible
la vie des habitants. Ainsi,
ils essaient de ne pas couper
le courant toute la journée
ou de faire les pièces
dans un certain ordre. »
En rénovation, les clients
veulent que les travaux soient
finis au plus vite afin d’être
dérangés le moins
longtemps possible. «
Vous imaginez bien que mon équipe
ne va pas partir sur un autre
chantier tant que celui-ci n’est
pas terminé. Pour du
neuf on peut se le permettre,
mais pas quand le bâtiment
est habité. Nous avons
une responsabilité vis-à-vis
de nos clients. » Jean
demande à ses électriciens
de faire preuve de diplomatie
avec les clients. « Mes
électriciens représentent
l’entreprise, ils doivent
être aimables, ponctuels…
Une relation de confiance doit
se nouer entre le client et
nous. Certains nous confient
même leurs clés
lorsqu’ils sont absents.
»
Pour les électriciens,
il est également plus
difficile techniquement d’intervenir
sur un chantier de rénovation.
« Quand nous intervenons
dans une maison déjà
construite, nous ne savons pas
où passent les fils.
C’est l’inconnu.
Il n’y a pas de plan des
systèmes électriques
ou alors ils sont imprécis.
Ils doivent donc essayer de
deviner où passent les
fils. Et ce n’est pas
évident. Ils partent
de la date de création
et essaient d’imaginer
les méthodes employées
par les électriciens
de
l’époque. On ne
réutilise jamais l’ancienne
installation électrique,
on refait tout. »
Le travail d’un artisan
Pour devenir artisan il faut
avoir des compétences
techniques, mais aussi administratives,
de gestion… « Je
pense qu’il est essentiel
d’avoir déjà
travaillé plusieurs années
comme salarié avant de
vouloir se mettre à son
compte. Les personnes qui sortent
de formation et se mettent immédiatement
à leur compte ne durent
pas, car ils leur manque une
certaine expérience.
» En devenant artisan,
Jean a vu ses fonctions évoluer.
« Après mon installation,
j’ai très vite
embauché ma femme, puis
des électriciens. A partir
du recrutement de mon 3ème
salarié, je me suis rendu
compte que je n’avais
plus le temps de travailler
sur le terrain. Aujourd’hui,
je suis à mon bureau
pour gérer l’entreprise.
Il faut vraiment avoir conscience
que lorsqu’on devient
artisan, on a beaucoup de tâches
administratives. »
La femme de Jean, titulaire
du BCCEA, une formation de la
Chambre de métiers pour
les conjoints d’artisan,
s’occupe des tâches
administratives : factures,
comptabilité, courriers…
Par contre, elle n’intervient
pas au niveau technique. Jean
est aussi très occupé.
« Je suis en contact avec
les
clients, c’est moi qui
établit les devis. C’est
une tâche très
importante qui détermine
le reste de notre activité.
Il faut compter 1 heure pour
le devis d’un pavillon.
Je dois être le plus juste
possible, c’est-à-dire
ne pas surestimer le coût
ni le sousestimer.
Dans mon métier, je fais
beaucoup de calculs. C’est
quelque chose que j’ai
appris à faire avec le
temps et grâce à
des stages de formation très
intéressants. Lorsque
je rencontre un client, pour
une installation de chauffage
je fais des calculs pour déterminer
le meilleur système,
j’estime le temps des
travaux, le coût des matériaux…
Je peux aussi, grâce à
un logiciel spécifique,
faire une étude thermique
que je présente au client.
» Jean discute avec les
clients de leurs attentes et
de
leurs besoins. Il les conseille.
« Je leur donne des informations
sur les dernières réglementations.
Par exemple, actuellement il
est obligatoire de poser une
prise tous les 4m2 dans un salon/
séjour. Je peux aussi
expliquer à un client
qui a prévu de mettre
de nombreux luminaires au plafond,
qu’il est préférable
d’en mettre moins mais
à des endroits stratégiques.
» Jean doit donc toujours
se tenir au courant des normes.
« Elles changent chaque
année, il faut donc être
vigilant. Heureusement, je reçois
des informations par la Chambre
de Métiers et les organismes
professionnels. Le métier
d’électricien est
sans doute l’un des plus
contrôlés du bâtiment.
Un certain nombre de mes chantiers
sont visités par une
structure appelée Consuel.
Celle-ci est chargée
de vérifier la conformité
des installations électriques.
Nous avons donc une certaine
pression et c’est une
des raisons pour lesquelles
je suis aussi vigilant et attentif
à l’actualité
réglementaire. »
Jean est amené à
travailler avec d’autres
professionnels et partenaires.
« J’occupe maintenant
un poste où je fais beaucoup
de relationnel et de commercial.
Je rencontre les représentants
pour mon approvisionnement en
matériaux. D’ailleurs,
un artisan tout seul n’a
pas le temps de faire le tour
des représentants et
de négocier ses prix.
Je suis régulièrement
en contact avec EDF, des architectes
chargés de constructions,
des élus pour des chantiers
publics… »
Jean se charge également
de l’organisation du travail
de ses équipes sur le
terrain. « Comme je vous
l’ai dit, les plannings
sont difficiles voire impossibles
à établir à
l’avance. Il faut jongler
entre les différents
chantiers en fonction des appels
des autres professionnels qui
interviennent. Par contre, contrairement
à un plombier, je n’ai
pas d’urgences à
gérer. Lorsque les clients
appellent pour une panne, ça
peut souvent s’arranger
par téléphone.
Les systèmes sont de
plus en plus en
auto-dépannage. »
Comme l’a constaté
Jean, le métier a beaucoup
évolué depuis
qu’il a commencé
à exercer. « Il
a toujours fallu être
polyvalent, mais il faut maintenant
avoir des connaissances dans
de nouveaux domaines. Aujourd’hui,
les clients ont des demandes
liées aux énergies
renouvelables, à la
géothermie, aux pompes
à chaleur… Je ne
me suis pas positionné
sur ce marché, car, pour
moi, cela relève plus
des compétences d’un
plombier chauffagiste. Mais
de nombreux électriciens
le font. » Le métier
évolue également
de plus en plus vers la domotique
(volets roulants, mise en marche
d’appareils par télécommande…).
« Actuellement, les demandes
sont plus nombreuses en ville.
Mais certains équipements
commencent à avoir du
succès même en
zone rurale. C’est le
cas du système d’aspiration
centralisée qui permet
de brancher le tuyau d’aspirateur
sur des bouches
d’aspiration installées
à différents endroits.
Plus besoin alors de déplacer
l’appareil partout dans
la maison ! Je pense que tout
sera bientôt automatisé
dans les maisons. Pour l’instant,
nous faisons des poses d’alarmes,
de portails électriques,
de chauffage réversible
(climatisation)… C’est
assez varié. »
Jean a aussi vu le marché
évoluer. « Je constate
aujourd’hui un tassement
des demandes pour des constructions
neuves. Je vois plusieurs explications
à cela.
Tout d’abord, beaucoup
de personnes font appel à
des pavilloneurs pour des raisons
de coût. Et puis, on a
beaucoup construit ces dernières
années, il est normal
que le nombre de constructions
se stabilise au bout d’un
moment. Par contre, je ne suis
pas inquiet pour l’avenir,
beaucoup d’habitations
ne sont pas aux normes. »
Lorsqu’on lui parle des
diagnostics obligatoires pour
les ventes de logements, Jean
reste prudent. « Le diagnostic
électrique va devenir
obligatoire cette année.
Je ne sais pas quelles vont
en être les retombées
pour nous, c’est encore
trop tôt pour le
dire. »
|