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Sophie,
propriétaire d'un salon
de coiffure.
Sophie est devenue coiffeuse par
amour des cheveux. Après
un apprentissage et 10 ans d'expérience
dans un salon à Lyon, elle
s'est installée en zone rurale
et a ouvert son propre salon. "Cela
fait maintenant 17 ans que je suis
ici, et même si j'étais
réticente au début,
je suis très contente de
m'être mise à mon compte."
Sophie a choisi de privilégier
la convivialité et des tarifs
abordables pour fidéliser
sa clientèle. Elle s'est
entourée d'une équipe
qui travaille dans le même
sens qu'elle. D'ailleurs, son employée,
Valérie, l'accompagne depuis
ses débuts. "Je l'ai
rencontrée à mon arrivée
dans la région. Elle coupait
déjà les cheveux de
toute sa famille. Elle m'a fait
part de son envie de devenir coiffeuse.
Je lui ai alors promis de la prendre
en apprentissage si jamais j'ouvrais
un salon, et c'est ce que j'ai fait.
Elle a passé son CAP, puis
son BP, et elle n'est jamais partie."
Sophie nous présente aussi
son apprentie, Stéphanie,
en classe de CAP. "Je reçois
beaucoup de demandes. Ce n'est pas
facile de trouver une place de nos
jours, c'est un secteur assez bouché.
J'essaye de garder les apprentis
le plus longtemps possible, c'est-à-dire
5 ans environ, pour qu'ils passent
leur CAP, puis leur BP. C'est un
métier dans lequel on se
lance plutôt jeune. Attention
d’ailleurs aux adultes en
reconversion professionnelle. Ils
risquent d’avoir des difficultés
à trouver un employeur."
"Le fait de travailler dans
un petit salon rend polyvalent,
nous confie Valérie. Grâce
à Sophie, les filles qui
passent ici savent tout faire :
brushing, mise en pli… Sophie
m'a même appris à faire
des chignons, toujours très
demandé pour les mariages."
"J'essaye de leur faire faire
le plus de choses possibles, confirme
Sophie. C'est un métier qui
s'apprend avec du temps et beaucoup
de pratique. Le choix du maître
d'apprentissage est important. Dans
la mesure du possible, il faut essayer
de trouver un maître d’apprentissage
dont la clientèle est variée
pour ne pas s’enfermer dans
un seul style. Sinon, il est plus
difficile de trouver un employeur
à l’issue de sa formation."
Sophie, comme ses collègues,
a choisi de devenir coiffeuse
par envie. "Ce que j'aime,
c'est travailler la matière
"cheveux". J’aime
les couper, les soigner, les
coiffer… C'est d'ailleurs
pour ça que j'aime beaucoup
les cheveux longs. C'est par
plaisir que je me suis lancée
dans ce métier et non
pas par dépit comme c'est
trop souvent le cas. C'est un
métier où on a
besoin de personnes qualifiées
et non pas systématiquement
en échec scolaire."
Les trois coiffeuses nous confient
alors souffrir de la mauvaise image
de leur profession. "En général,
on nous voit comme des filles superficielles
et exerçant un métier
qui demande peu de technicité.
C'est pourtant une profession qui
demande de nombreuses compétences.
Par exemple, pour faire une coupe,
il est nécessaire d’avoir
des notions de géométrie.
Il faut connaître également
les réactions chimiques des
produits que nous utilisons. Une
permanente faite sur un henné
noir entraîne ce que nous
appelons une "explosion du
cheveu". Le cheveu casse et
la cliente risque de se retrouver
avec quelques centimètres
de cheveux sur la tête ! Il
faut aussi être très
vigilant sur les temps de pose des
permanentes pour ne pas brûler
les cheveux. Nous travaillons avec
des produits chimiques. Il faut
donc être très rigoureux."
Etre coiffeuse, c’est déjà
savoir s’adapter au client
et à sa personnalité.
Le salon accueille une clientèle
très variée, beaucoup
de femmes, mais aussi des hommes,
des enfants, des personnes âgées…
"Evidemment, nous faisons un
métier de contact. Nous avons
des clients fidèles, mais
aussi des personnes qui viennent
pour la première fois. A
chaque fois, nous nous adaptons
à la personnalité
du client. Il est important de le
mettre à l'aise.
Certaines personnes ont vécu
de mauvaises expériences
chez le coiffeur, il faut prendre
le temps de les mettre en confiance.
Nous discutons avec elles pour
déterminer ce qu'elles
aiment, et surtout, ce qu'elles
n'aiment pas. Aucun client ne
se ressemble. Certains viennent
avec des modèles ou des
idées précises,
d'autres attendent nos suggestions.
Pour les clients fidèles,
nous essayons de ne pas tomber
dans la routine en leur proposant
de nouvelles idées."
Dès son arrivée dans
le salon, les coiffeuses "décryptent"
le comportement du client à
travers son look, sa manière
de marcher… "Il faut
être cohérent, poursuit
Valérie. On ne va pas proposer
de faire des mèches roses
à une femme de style classique.
Mais il faut aussi être ouvert.
A une mamie qui porte un jeans avec
des strass, on peut proposer quelque
chose de plus original que la coupe
classique avec mise en plis !"
"C’est un métier
où nous sommes tributaires
de la mode, comme en prêt-à-porter.
Par exemple, les tons des colorations
varient en fonction des saisons.
Certaines couleurs sont dites plutôt
d'hiver et d'autres plutôt
d'été." Sophie
et son équipe doivent aussi
se tenir au courant de l’actualité.
"Il y a quelques années,
les jeunes voulaient les mêmes
coupes que certains chanteurs de
Boy's band. Aujourd'hui, on nous
demande plutôt des footballeurs.
Suite à la demande d'un client,
je suis même allée
acheter un magazine de foot un jour
pour voir à quoi ressemblait
un joueur. Les femmes demandent
plutôt la même coiffure
que des stars de la télé
telles que des présentatrices
de journaux télévisés
ou de la météo. On
essaye de se tenir au courant en
regardant la télévision."
"Les demandes varient aussi
au fil des années. Avant,
les permanentes étaient
une prestation "phare",
aujourd'hui elles ne représentent
plus qu'une petite partie de
notre activité. A l'heure
actuelle, nous faisons surtout
des mèches, notamment
parce que les clientes ne peuvent
pas les faire elles-mêmes.
Notre activité est également
liée aux saisons. Au
printemps, avec l'arrivée
des beaux jours, les gens ont
envie de changer de look",
explique Valérie.
La coiffeuse a également
un rôle de conseillère.
Elle doit parfois argumenter pour
expliquer au client pourquoi telle
coupe si belle dans un magazine
ne rendra pas bien sur lui. "Il
faut tenir compte de nombreux paramètres
dont la nature des cheveux. Certains
cheveux sont très abîmés
à cause de divers traitements.
En général, je privilégie
le côté naturel et
pratique en proposant des coupes
faciles à coiffer au quotidien.
Je tiens également compte
du budget du client. Certaines coupes
exigent un entretien régulier,
alors que les clients n'ont pas
toujours les moyens de revenir si
souvent. Je cherche toujours la
meilleure solution. Je fais des
propositions.
Parfois, j'ai des flashs : c'est
ce type de coupe qui ira au
client ! On explique au client
que telle couleur lui ira mieux,
que tel type de produit permettra
d'éviter d'avoir des
racines trop voyantes…
Pour une dame qui a des cheveux
blancs, plutôt qu'une
couleur, je conseille des mèches
claires, cela fera plus naturel.
Bien sûr, certains clients
ne changent pas d'avis, c'est
à eux au final de décider.
Il ne faut pas tomber dans le
piège de ne coiffer qu’en
fonction de ses propres goûts."
Une coiffeuse doit avoir un
certain sens esthétique.
"Elle doit se rendre compte
de ce qui est harmonieux et
de ce qui ne l'est pas. Le côté
"artiste" se révèle
surtout lorsqu'on fait des mèches.
On alterne plusieurs nuances,
on choisit où les mettre…
Les mèches permettent
de personnaliser la coupe, de
l'embellir." Comme tous
les métiers de l’artisanat,
la profession de coiffeur demande
de maîtriser des compétences
et des gestes techniques. Ainsi,
avant de proposer la moindre
coupe, la coiffeuse commence
par étudier les cheveux.
"Il faut les toucher et les
manipuler pour les connaître.
Les cheveux peuvent être fins,
épais, frisés, raides,
souples, abîmés…
Selon la nature des cheveux, on
ne travaille pas de la même
manière. Il faut aussi tenir
compte de la forme du crâne,
du visage, de la nuque, de l'implantation
des cheveux…" "Au
premier coup d'oeil, raconte Valérie,
on repère les épis
et les particularités des
cheveux."
Autre geste important, contrairement
à ce que l’on pourrait
croire : le shampoing. C’est
un geste beaucoup plus technique
qu’on ne l’imagine.
"C'est une affaire de dosage,
précise Sophie. Il faut
doser la quantité de
produit, la température,
le rinçage… C'est
tout un art. Je considère
qu'une bonne année de
pratique est nécessaire
pour arriver à faire
de bons shampoings." Les
shampoings s'accompagnent parfois
de massages du cuir chevelu.
"C'est une chose que les
gens apprécient. Là
encore, il faut savoir doser
et s'adapter au client. Pour
certains, c'est tout en douceur,
pour d'autres c'est énergique.
Mais attention, il ne s'agit
pas d'enfoncer ses ongles dans
le crâne des clients."
La réussite du shampoing
est capitale pour la suite.
Les cheveux doivent être
légers et brillants.
Des cheveux mal émulsionnés
seront lourds et difficiles
à travailler.
Après le shampoing, en
général intervient
la coupe. Réussir une
coupe, c'est avant tout une
question de géométrie.
"On ne coupe pas au hasard,
on respecte des angles, des
symétries… Lorsqu'on
coupe, on doit imaginer ce que
cela va donner une fois tous
les cheveux coupés et
séchés. Il faut
réfléchir à
l'avance pour bien réussir
un dégradé notamment."
La coiffeuse doit faire preuve
de concentration, les cheveux
sont une matière fragile.
"Au moment des permanentes,
il faut veiller à ne
pas brûler les cheveux.
Si on travaille mal, le client
ne sera pas satisfait et ne
reviendra pas."
Très attentive à son
travail, la coiffeuse ne doit pas
oublier qu’elle exerce un
métier où la relation
avec la clientèle est importante.
Elle doit savoir aussi entretenir
la conversation avec le client.
"Je suis quelqu'un de très
timide à la base, nous confie
Sophie, j'ai vraiment appris à
être plus à l'aise
avec les gens. Une coiffeuse doit
pouvoir parler d'un peu tout : du
temps, de la dernière émission
de télévision à
la mode, de recettes de cuisine,
de jardin, de pêche ou de
la vie de la commune… Par
contre, je refuse les commérages,
je n'en vois pas l'intérêt.
Une fois de plus, il faut s'adapter
au client, à ses envies,
ses loisirs, son âge. Certains
préfèrent garder le
silence, d'autres profitent de ce
moment pour se confier. Homme ou
femme, jeune ou moins jeune, je
veux que les clients soient à
l'aise dans mon salon. Je tiens
vraiment à ce qu'il y ait
une bonne ambiance. C'est important
pour les clients, mais aussi pour
nous. Avec le sourire, tout passe
toujours mieux. J'offre même
de temps en temps le café
et les gâteaux ce que les
clients apprécient beaucoup.
Et puis, un client content laissera
peut-être un pourboire aux
salariés."
Un bon caractère est
indispensable pour faire ce
métier. Il faut être
agréable avec les clients,
mais aussi avec ses collègues.
"Le travail d'équipe
est important dans un salon.
On se parle beaucoup, on se
transmet des informations, on
se répartit les tâches.
Une coiffeuse en plein travail
peut demander à une collègue
d'emmener telle cliente au rinçage…"
Certaines coupes sont plus fatigantes
que d'autres. "Pour les
enfants, c'est particulièrement
sportif ! Il faut faire preuve
d'une grande vigilance pour
ne pas risquer de les blesser,
notamment avec les ciseaux.
Il faut éviter qu'ils
pleurent ou ne s'agitent. Tous
les moyens sont bons pour détourner
leur attention : jouets, gâteaux…
Notre main est toujours mise
de manière à protéger
le visage de l'enfant. On ne
peut pas savoir ce qu'il peut
faire, lever soudainement la
main ou tourner la tête,
un accident est si vite arrivé
! Il faut rester très
concentré, tout en discutant
avec la maman. Les coupes enfants
sont toujours plus dures que
les coupes adultes, car il faut
beaucoup se pencher."
C’est d’ailleurs
un métier physiquement
fatigant. Sophie peut en témoigner.
"J'ai des problèmes
de dos comme beaucoup d’entre
nous. Certaines coiffeuses finissent
parfois leur carrière
légèrement voûtées
Les problèmes circulatoires
sont également courants.
Nous sommes toujours debout,
même si nous utilisons
maintenant des tabourets.
Heureusement certaines choses
ont évolué et
nous apportent plus de confort
pour travailler. Quand j'ai
commencé, on lavait les
cheveux, non pas derrière
le client comme c'est le cas
aujourd'hui, mais sur le côté.
Et on se penchait beaucoup plus.
Les fauteuils sont maintenant
réglables. C’est
d’ailleurs une profession
que je déconseille aux
personnes trop petites. Elles
seront trop basses par rapport
aux bacs et aux clients."
Les allergies sont également
fréquentes et les responsables
ne sont pas toujours les produits.
"Le plus nocif, c'est l'eau.
Dès mes débuts,
j'ai fait de l'eczéma
à cause des contacts
répétés
avec l'eau. Je me suis soignée
et j'ai pris l'habitude de toujours
mettre des gants, même
pour faire une permanente. Et
en dehors du travail, j'essaye
de ne pas trop exposer mes mains."
C'est également un métier
contraignant à cause
des horaires. Le salon de Sophie
est ouvert du mardi au samedi
avec deux journées continues
les vendredis et les samedis.
"Il ne faut pas compter
ses heures. C'est un métier
que l'on doit faire par plaisir.
On travaille pendant les vacances
des autres, on ne fait jamais
les ponts… Bien sûr
ce n'est pas évident
quand on a une vie de famille.
Il faut s'organiser. Du coup,
le dimanche est vraiment sacré."
Les salons de coiffure proposent
de plus en plus la vente de
produits aux clients. "Ce
n'est pas ce que je mets le
plus en avant. En général,
je ne pousse pas à la
vente, sauf si j'estime que
le soin est vraiment nécessaire.
Bien sûr si un client
veut acheter un shampoing, je
le conseille. J'informe sur
les offres promotionnelles.
En ce moment, pour l'achat de
deux produits d'une certaine
marque, un parapluie est offert.
Les clients aiment ce genre
d'offres."
Une fois le client parti, la
coiffeuse nettoie ses outils
au stérilisateur à
UV (ciseaux, brosse, peigne…),
passe le balai… "L'hygiène
est très importante,
j'insiste beaucoup là-dessus.
Je veux que le salon soit propre,
tout comme l'arrière-boutique.
Chaque jour, on met en route
des lessives pour laver les
peignoirs, les serviettes et
nos tenues de travail."
Dans un salon, il y a toujours
quelque chose à faire.
Le rythme de travail est, en
effet, très soutenu.
Certains jours, les clients
se succèdent sans interruption.
"Nous sommes tout le temps
en train de jongler entre différentes
choses. Par exemple, on fait
une couleur à une cliente,
puis pendant le temps de pose
de la couleur, on fait une coupe
à un autre client. Lorsque
le temps de pose de la 1ère
personne est terminé,
nous reprenons la cliente pour
émulsionner la couleur
et
réaliser sa coupe/coiffage."
"On est constamment stressé
à cause des horaires à
respecter. Si on prend du retard,
tous les rendez-vous se décalent.
Certains clients ont des impératifs,
ils doivent être partis à
telle heure pour récupérer
leurs enfants, aller travailler…
C'est à nous de faire en
sorte qu'ils soient prêts
à temps. D'où l'importance
de bien planifier les rendez-vous.
C’est au moment de la prise
de rendez-vous que l’on demande
au client ce qu’il veut faire.
On ne prévoit pas le même
temps pour une permanente que pour
une simple coupe. Mais le client
change parfois d'avis, et nous devons
nous réorganiser. C'est un
métier où il faut
être très vif et réagir
rapidement."
Le métier est en constante
évolution. Sophie et
son équipe participent
à des stages et se rendent
dans des salons pour "sentir"
les dernières tendances
et se situer par rapport à
leurs collègues. "C'est
un bon moyen pour se motiver
et se remettre en question.
Cela permet aussi de nous conforter
dans notre position en nous
rendant compte que nous ne sommes
pas dépassées."
"Ce que j'aime dans ce
métier, c'est de pouvoir
transformer quelqu'un en seulement
quelques heures, qu'il soit
plus beau qu'à son arrivée.
Ce qui me fait vraiment plaisir,
c'est lorsque le client repart
satisfait en me disant "ça
m'a fait du bien de venir."
C'est ma plus belle récompense."
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