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Interprètes
: transparents mais pas trop !
| Martine
Delumeau nous propose de suivre des
interprètes au cours de leur
activité. L'analyse de ces situations
de travail par Alain Bacci, interprète
à Toulouse, permet d'éclairer
et de définir le rôle et
la place de l'interprète en langue
des signes. Car il est assez rare qu'un
métier soit aussi méconnu
et source d'autant de confusion. |
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Vincent Bexiga est interprète à
l'Institut national supérieur de
formation et de recherche pour l'éducation
des jeunes handicapés et les enseignements
adaptés et Monique Gendrot, à
l'Institut des jeunes sourds de Paris, où
travaillent ensemble sourds et entendants.
Nous assistons à des situations d'interprétation
très diverses, tant par le contenu
que par le dispositif : conversation informelle
dans le couloir, réunions de travail,
entretien téléphonique…
Ces séquences donnent à
voir instantanément la place qu'occupe
un interprète dans le dispositif
de communication, qui devient dès
lors inhabituel. Sa présence, que
l'on ne peut occulter même s'il tente
de la garder discrète, permet aux
sourds et aux entendants d'échanger
de manière fluide et ainsi, d'entretenir
des rapports normaux entre collègues.
Les sourds sont généralement
habitués à cette présence
et considèrent l'interprète
en langue des signes comme un pont linguistique
et culturel entre leur monde et celui des
entendants. Les entendants, pour leur part,
ne pensent pas systématiquement à
faire appel à l'interprète
et continuent d'agir comme s'ils n'étaient
pas eux-mêmes dans l'incapacité
d'échanger avec les sourds. Or, ce
que souligne Alain Bacci, c'est la spécificité
de la surdité, qui génère
également un handicap dans la communication
pour les entendants.
L'interprète en langue des signes
est soumis à un code déontologique,
qui, loin d'être une contrainte, est
le garant de son professionnalisme et lui
permet de se reposer sur un cadre clairement
établi. Les trois règles principales
de ce code sont : la fidélité
au message, la neutralité et le secret
professionnel. Ainsi, puisque l'intégralité
des propos tenus est traduite sans jugement
et qu'ils sont tenus secrets, la relation
de confiance peut s'établir pleinement
entre l'interprète et les usagers.
La méconnaissance de ces règles
et du rôle de l'interprète
font que les usagers assimilent parfois
l'interprète en langue des signes
à un travailleur social, un éducateur,
et le sollicitent pour avoir son avis ou
son aide.
Ne s'agissant pas d'un simple transcodage
d'une langue à l'autre, l'interprète
travaille sur le sens des discours, l'intention
des locuteurs, et ce mécanisme requiert
une très grande concentration, d'autant
qu'il passe successivement d'une langue
vocale à une langue gestuelle. Et
Alain Bacci de conclure qu'au-delà
de cette compétence et puisque la
langue des signes est source d'intégration
pour la communauté qui la pratique,
l'interprète représente une
possibilité d'intégration.
Propos recueillis
par Isabelle Voiseux et Daniel Abbou pour
France5
Crédit France
Télévisions Interactive
Témoignage
d'un Linguiste
sourd
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