Wally Montay,
36 ans, est une gourmande.
Auteur de roman érotique, fondatrice
responsable de l’agence de communication
culinaire l’Arrière Cuisine,
elle est aussi chroniqueuse à ses heures
pour Interdit aux Hommes.
En co-écrivant le Guide des Clubs et
Réseaux au féminin, Wally a
remarqué qu’il existait des associations
de vigneronnes, des clubs de cuisinières,
des cercles d’amatrices de cigares,
des ordres des dames du vin et de la table…
mais aucun club réunissant des épicuriennes.
Qu’à cela ne tienne, elle l’a
créé ! Son nom : SensationnElles
Club. |
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| Quel
métier rêviez vous de faire
enfant ?
Editrice. Gamine, je me suis entichée
d’une poétesse, Anna de Noailles.
Ses oeuvres n’étant plus publiées,
je devais continuellement emprunter ses
livres (anciens) à la bibliothèque
pour pouvoir les lire. Un jour, une idée
« de génie » m’a
traversé l’esprit : et si je
tapais ses textes sur une machine à
écrire et créais moi-même
les livres ? Je n’aurais plus besoin
d’aller à la bibliothèque
et je les posséderais pour toujours…
Voilà comment, à 13 ans, j’ai
décidé de devenir «
éditrice d’Anna de Noailles
» (rires). Pour l’anecdote,
les livres que j’ai confectionnés
à l’époque sont toujours
là !
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Qu'est
ce qui, dans vos études, vous a donné
les clés pour réussir ?
J’ai toujours été la dernière
de la classe, parfois avant-dernière. J’ai
raté deux fois le brevet des collèges
et j’ai eu un zéro éliminatoire
au bac parce que je me suis trompée de
stade, à l’épreuve de sport.
Autant dire que je n’ai jamais brillé
côté études ! Les clés,
je les ai eues plus tard, lorsque j’ai rencontré
un gourou de la communication.
Quelle a été
la rencontre déterminante dans votre parcours
professionnel ?
Ce gourou, justement. A l’époque,
j’étais attachée de presse
de rappeurs. Je lui ai dit que je n’aimais
pas le rap mais que je savais bien écrire
les dossiers de presse. Ça l’a fait
rire et il m’a embauchée. Du jour
au lendemain, à 19 ans, je suis devenue
conceptrice-rédactrice sans rien connaître
de la communication institutionnelle. A ses côtés,
j’ai tout appris et me suis passionnée
pour ce métier. Aujourd’hui, à
36 ans, je suis toujours conceptrice-rédactrice.
On peut parler d’une rencontre « déterminante
»…
L'idée de créer
« Sensationnelles Club » est venue
quand ?
Il y a trois ans, j’ai créé
une agence de communication culinaire, L’Arrière-Cuisine.
J’ai alors fait la connaissance de femmes
cuisinières, viticultrices, sommelières,
œnologues que j’ai trouvées
« sensationnelles ». Ces professions
sont encore majoritairement masculines et j’admirais
ces femmes qui avaient dépassé les
préjugés ou obstacles pour vivre
leurs passions. Une chose m’amusait : les
accords au féminin des métiers.
Une chocolatière ? C’est un ustensile
utilisé pour confectionner le chocolat.
Une pâtissière ? C’est une
crème servant à fourrer les gâteaux.
Une boulangère ? C’est la femme du
mitron. Les quelques femmes qui choisissent ces
professions doivent redoubler d’astuces
pour être identifiables. Certaines s’appellent
artistes-chocolatières, d’autres
artisanes-boulangères. Au-delà de
l’anecdote, j’ai réalisé
à quel point elles étaient peu soutenues,
visibles et reconnues dans leur activité.
Communicante, j’ai alors décidé
de créer le blog SensationnElles pour faire
découvrir et valoriser leurs talents. Le
club s’inscrit dans sa lignée. Il
a pour vocation de créer des rencontres,
des synergies entre professionnelles et amatrices,
dans un esprit de découvertes, de partages
et d’échanges.
Pourquoi vous êtes
vous lancée dans cette aventure ?
En écrivant le guide des clubs et réseaux
au féminin, j’ai remarqué
qu’il n’existait pas de club d’épicuriennes.
Et j’ai succombé à la tentation...
Quels sont les obstacles
que vous avez eu à franchir avant de lancer
ce projet ?
J’ai hésité pendant une semaine
entre l’association impliquant des membres,
des cotisations, et l’organisation de petits
évènementiels. Finalement j’ai
opté pour la seconde option. Via l’agence,
je peux organiser des soirées-rencontres
et faire appel à une chef de cuisine, une
œnologue, une sommelière pour créer
des soirées insolites et intimistes.
Autre question : je n’aime pas le sectarisme.
Les clubs féminins sont légitimes
mais ils doivent associer les hommes aux réflexions.
J’ai donc pris le parti d’un club
féminin ouvert aux hommes. A savoir ceux
qui sont intéressés d’écouter,
par exemple, une jeune femme pâtissière
leur expliquer qu’elle a mis cinq ans avant
d’obtenir un prêt bancaire pour ouvrir
sa boutique, quand ses copains d’études,
eux, ont obtenu des financements dès la
sortie d’école. (sic)
De quelles aides (financières
ou autres) avez vous bénéficié
?
De l’aide la plus précieuse : l’amitié.
Et du réseau ! J’ai contacté
des copines, la plasticienne Rébecca Loulou
et la créatrice de bijoux gourmands Delphine
de Montgrand pour savoir si elles voulaient participer
à la première soirée. Puis
j’ai rencontré Elise Milicevic, la
fondatrice des Editions 1973, à l’origine
du concept du roman-cuisine, qui m’a présentée
la chef Marie Chemorin, qui m’a mise en
relation avec une sommelière de son entourage,
qui elle-même connaît une œnologue,
etc. L’émulation et l’entraide
entre femmes existent bien !
Quelles ont été
les réactions de vos proches à l'annonce
de votre projet ?
Mes amis : « Tu crées encore quelque
chose ?! »
Mon père, comptable de l’agence,
perplexe : « ça va me rajouter du
boulot ».
Sensationnelles, pourquoi
avoir choisi ce nom ?
Dans ce mot, il y a plusieurs mots :
« Sens ». Un club féminin a
toujours un sens : promouvoir les talents et les
compétences des femmes ; contribuer à
leur visibilité et à leur reconnaissance.
Il ne faut pas se leurrer : nous avons encore
du pain sur la planche (chiffres à l’appui
dans mon domaine !)
« Sensations ». Ce mot évoque
tous les sentiments et les émotions que
nous partageons à travers les plaisirs
de bouche, cet esprit épicurien qui se
nourrit de découvertes et d’échanges.
« Sensationnelles ». Parce que les
femmes le sont !
Quel est le profil type
des participantes ?
Des amatrices de gastronomie et de vin, curieuses,
joyeuses, et des professionnelles enthousiastes
à l’idée de faire découvrir
leur métier, leurs créations, leurs
projets…
Qu'est ce qui est le
plus contraignant dans votre activité ?
Comment le gérez vous ?
Mon activité étant accaparante,
je n’ai pas toujours le temps de contacter
les femmes que je souhaiterais rencontrer. Arriver
à tout concilier est un défi que
je me fixe chaque jour.
Quels sont les témoignages
qui vous touchent le plus ?
Dernièrement, un appel téléphonique
m’a touchée. Jacotte Brazier, petite-fille
d’Eugénie Brazier, première
femme triple étoilée au Michelin,
m’a contactée pour me féliciter
de la qualité du blog SensationnElles et
notamment du « Jeu de pistes des cuisinières
» imaginé pour débusquer les
chefs de cuisine, cachées dans toute la
France. Jacotte Brazier a créé une
Bourse d’études pour soutenir des
jeunes filles en école hôtelière.
Il faut savoir que beaucoup abandonnent en cours
de route. C’est un métier encore
difficile d’accès pour les femmes.
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
Multiplier les réjouissances.
Vos journées se
ressemblent-elles ?
Non, heureusement.
Comment parvenez vous à concilier vie pro
et vie de famille ?
N’ayant pas d’enfants, je ne connais
pas les jonglages…
Quelle est la femme célèbre
(ou pas) que vous admirez ?
Ma meilleure amie, la chanteuse Buzy, avec qui
je fais les 400 coups depuis… 15 ans ! Egérie
pop des années 80, elle a connu le succès
puis la dégringolade. Ces dix dernières
années, elle a essuyé plusieurs
échecs. A chaque fois, elle se relève
et repart à l’attaque. Parce que
sa passion de la musique est plus forte que les
persiflages de journalistes qui l’appellent
« la mamie du rock » ou la bêtise
des programmateurs qui ne diffusent pas ses albums
– sublimes – à la radio et
en télé, sous prétexte qu’elle
« n’intéresse plus la nouvelle
génération ». Elle a du courage
et surtout un énorme talent.
Celle qui vous tape sur
les nerfs ?
Aucune. Quand on me tape sur les nerfs, je zappe,
préférant me consacrer aux personnes
et aux relations de qualité.
Quelle serait votre première
mesure si vous étiez présidente
?
Une mesure pour l’insertion des travailleurs
handicapés, centrée sur l’optimisation
de leurs qualifications.
Quelle est votre devise
?
« Il vaut mieux avoir des remords que des
regrets ». Devise qui me fait toujours aller
de l’avant.
Appartenez vous à des réseaux/associations,
féminins ou pas ?
Oui : IAH !
Quels bénéfices en retirez vous
?
Synergies, plaisirs, gaietés.
Qu'auriez vous envie
de dire aux lectrices d'Interdit aux Hommes ?
RDV au SensationnElles Club !
Publié par Emmanuelle Gagliardi publié
dans : Gourmandes Le : 4-12-2007 .
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