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Ainsi, la directrice
d’un musée qui a 16 ans d’âge
est appelée à la rescousse
par un pays qui compte 4000 ans de civilisation.
C’est flatteur, mais Claire Simard
reste humble. En entrevue à quelques
heures de son départ, elle dit :
« L’UNESCO et le gouvernement
égyptien font appel à l’expertise
du Musée de la civilisation de Québec
et non pas à celle d’une seule
personne. Nous sommes devenus une référence
dans le monde muséologique partout
dans le monde en raison de notre approche
différente, qui attire des gens qui
n’avaient jamais mis les pieds dans
un tel lieu. »
Durant la saison 2003-2004, le musée
de la rue Dalhousie a attiré 670
000 visiteurs. Ce n’est pas l’achalandage
du Musée du Louvre, mais tout de
même. Et ce chiffre est près
de la moyenne annuelle de visiteurs depuis
l’ouverture de cet endroit qui réinvente
la muséologie.
Cette dernière année record
doit beaucoup à deux expositions
aussi différentes thématiquement
qu’attirantes pour le grand public
: Astérix et les Romains et Gratia
Dei. Les Chemins du Moyen Âge. Cette
façon de ratisser large est aussi
l’image de marque de la jeune institution.
Si l’on inclut tout le complexe muséologique
qu’administre le Musée de la
civilisation (le Musée de l’Amérique
française, le Centre d’interprétation
de Place-Royale, la Maison Chevalier et
la Réserve muséale de la capitale
nationale), il faut compter plus d’un
million de visiteurs annuellement.
Une bonne adresse
Le monde muséologique a l’adresse
du musée de la rue Dalhousie et se
bouscule au portillon.
En juin 2003, des représentants de
huit musées venus de la Suède,
de l’Espagne, des Pays-Bas, de la
Belgique et des États-Unis étaient
à Québec pour se faire expliquer
les recettes du jeune musée. Une
délégation du futur Musée
des civilisations de l’Europe et de
la Méditerranée, qui sera
construit à Marseille, est venue
durant une grosse semaine et s’est
fait expliquer en long et en large l’esprit
qui anime l’équipe du Musée
de la civilisation de Québec. Les
gens du Louvre viennent aussi régulièrement,
entre autres.
Claire Simard dit : « Le directeur
du futur musée de Marseille, Michel
Colardelle, était très intéressé
par notre approche qui est triple : thématique,
multidisciplinaire et pédagogique.
» Elle ajoute que le musée
qu’elle dirige se distingue en étant
un musée de société
et de culture. Un musée multiple
aussi. Traditionnellement, les musées
dits de civilisation s’intéressent
exclusivement à l’histoire,
à l’ethnologie ou à
la science. Le Musée de la civilisation
de Québec s’intéresse
à tous ces mondes, sans négliger
ce qu’il est convenu d’appeler
les beaux-arts et le multimédia.
Claire Simard résume dans une phrase
lumineuse : « Depuis le début,
nous proposons un musée qui veut
montrer l’aventure humaine. »
Elle ajoute : « Nous nous intéressons
à l’homme d’ici, bien
sûr, mais aussi à tous les
habitants de la planète Terre. »
Et, pour être certaine d’être
bien comprise, elle cite Jean Rostand :
« La civilisation, c’est tout
ce que l’homme ajoute à l’homme.
»
Il faut dire aussi que le même musée
a pris des risques calculés avec
certaines expositions. En guise d’exemple,
Syrie, terre de civilisation, avec ses centaines
de pièces dont certaines de très
grande valeur, a demandé une logistique
et une sécurité à toute
épreuve. À ce chapitre, le
parcours sans faute du Musée a été
remarqué dans le monde muséologique,
où les bonnes comme les mauvaises
nouvelles circulent vite.
Disciple de Roland
Arpin
Claire Simard n’a pas volé
son job prestigieux. Elle était là
déjà dans l’équipe
de Roland Arpin au début de l’aventure
du Musée de la civilisation.
Elle dit : « J’ai eu beaucoup
de chance dans la vie. J’ai vécu
une enfance heureuse à Rimouski,
dans le Bas-du-Fleuve. Je dois beaucoup
au fleuve, à sa beauté, à
la force de ses marées, à
ses couleurs et à son air salin.
Je suis une enfant du fleuve. »
Elle a pu faire aussi de solides études
chez les Ursulines de Rimouski, avant d’aller
chercher une licence en lettres à
l’Université Laval.
Sa troisième chance est d’avoir
croisé professionnellement Roland
Arpin au début des années
80. Il était sous-ministre aux Affaires
culturelles et elle dirigeait les communications
au même ministère.
« J’ai appris énormément
au contact de cet homme de grande culture.
Et quand j’ai obtenu un stage de perfectionnement
d’une année au centre Georges-Pompidou,
à Paris, en 1981-1982, M. Arpin a
accepté tout de suite de me libérer.
Je lui dois cette espace de liberté.
À partir de ce stage, j’ai
su avec certitude que toute ma vie professionnelle
tournerait autour de deux axes : la culture
et les communications. »
Le Musée de la civilisation a ouvert
ses portes officiellement en 1988. Mais,
dès 1987, Roland Arpin avait déjà
choisi son équipe et tout ce beau
monde travaillait d’arrache-pied à
mettre au monde un centre national d’art
et de culture pas comme les autres. Claire
Simard en faisait partie dès la première
journée en tant que directrice du
service des expositions. Avant de devenir
directrice générale, en 2001,
en remplacement de Roland Arpin, qui l’avait
d’ailleurs chaudement recommandée,
elle avait dirigé la plupart des
services, dont celui de la conservation
et de la diffusion.
Claire Simard a le sens de la formule. Elle
résume son travail et celui des artisans
du Musée de la civilisation depuis
16 ans par ces simples mots qui sont aussi
tout un programme : « Nous n’animons
pas un musée que l’on visite,
mais un musée que l’on fréquente.
»
Autre témoignage
d' un Directeur
de musée
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