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Critique, animateur de ciné-clubs
ou directeur de cinémathèque,
Guy R. a participé à
l’aventure cinéphilique
Toulousaine depuis le premier
rang. Bonhomme érudit
au parlé franc il ne
se fait pas piéger par
les discours pompeux, démonstratifs
et ennuyeux dont nous accoutument
certains conférenciers.
Guy, à l’inverse,
place la transmission ludique
et passionnée au cœur
de ses paroles. Un homme qui
vous rassure sur le cinéma.
LE
PROBLEME DE LA TRANSMISSION
... mais il faut d’abord
recevoir le choc de l’œuvre
! Une fois qu’on a
le choc de l’œuvre
on peut dire j’aime
pas, on peut dire j’aime.
Quand on dit ces deux choses-là,
il faut véritablement
fouiller, regarder partout
d’où ça
vient ? Être en alerte.
Être toujours, toujours
en alerte. |
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Par exemple
je vais aider des élèves
de terminale pour leur Bac Littéraire.
Ils ont Le Procés de
Kafka tourné par Welles.
J’ai relu Kafka, que j’avais
lu quand j’avais 17 berges,
auquel je n’avais rien
compris. J’avais beaucoup
aimé. Ça m’avait
effrayé. J’ai relu,
j’ai trouvé autre
chose. Cette semaine, avant
de revoir Le Procés de
Welles je vais regarder le Kafka
de Soderberg, Spider de Cronenberg,
tout un tas de truc qui dans
ma tête me disent : «
l’emprisonnement, la toile
d’araignée, l’enfermement,
la peur dans le cinoche »
et trouver des corrélations
et me demander ce que je vais
pouvoir leur raconter. Je vais
leur proposer des ouvertures.
Et dans la discussion voir ce
qu’ils ont vu et que j’ai
peut-être pas vu et rebondir,
les sortir du sujet de baccalauréat.
Également leur dire d’aller
voir la peinture allemande de
la fin du XIXe, le romantisme
allemand, de regarder d’où
vient Kafka ?
C’est important pour vous
cette transmission ?
Ah oui ! Extrêmement !
J’ai eu la chance d’avoir
été élève
à Toulouse au Lycée
Bellevue, qu’on appelait
à l’époque
le lycée « pilote
» et où nous n’étions
que 8 ou 9 par classe. Il y
avait 3 lycées comme
ça en France, qu’on
lançait pour faire une
expérience, ça
a duré une génération
et demie, mais ça revenait
effroyablement cher à
l’état, donc ça
c’est arrêté.
On faisait de tout, on faisait
du théâtre, on
était toujours dehors,
à aller au cinéma.
Il y avait des ciné-clubs
gigantesques à l’époque.
Justement,
parlez-moi de comment vous est
venue la fièvre du cinéma
?
On habitait en Martinique et
il y avait un cinéma
en face de la maison, le Pax,
ma mère connaissait les
ouvreuses, ce qui fait que tout
môme je commençai
à aller au cinoche. Je
traversais la rue. Mon premier
souvenir de cinéma est
un film qui doit être
une infamie à voir aujourd’hui,
ça s’appelait :
Les Deux Gosses, je pense que
ça doit être un
navet colossal. Je voyais énormément
de films de tous genres, des
films de gangsters, d’épouvante,
des mélos et des westerns,
c’est de ce gavage d’images,
non des livres, des revues,
des critiques qu’est issue
ma connaissance du cinéma.
Ce qui fait que des années
après, quand on me disait
que Ford était grand
et que je me rappelais des titres,
j’étais assez fier
d’avoir aimé et
de les avoir découvert
tout seul. C’est étonnant
Walsh, c’est énorme
Chaplin mais avec cette manie
de la hiérarchie, de
la classification on oublie
les autres, on ne va pas voir
les Leisen, les Pevney, les
Keighley et tant d’autres
qui ont réalisé
les purs chef-d’œuvres,
on oublie trop souvent la série
B ; les petits-maîtres
ça vaut le coup. Pour
moi, le cinéma il faut
que ce soit un spectacle qui
vous fasse peur, qui vous fasse
rire, qui vous fasse pleurer,
c’est du plaisir, ce n’est
pas de la glose.
Ce qui me gêne un peu
au cinéma... c’est...
Bon ! J’ai une formule
qui est méchante un peu,
c’est : « je ne
vais pas voir, en général,
le film Télérama.
» (un sourire s’esquisse
sur son visage). Tout le monde
me dis : « c’est
bon », je vois pas pourquoi
je vais y aller. Je vais voir
autre chose, je vais voir beaucoup
de chose, et puis c’est
moi qui me fait mon opinion...
et pas Télérama,
ni les autres.
Bon, donc le cinéma j’ai
commencé à y aller
très jeune, puis quand
je suis arrivé au lycée
deux ciné-clubs existaient
à Toulouse, l’un
plus tournés vers le
bourgeois, l’autre vers
les lycéens et les étudiants.
Interview réalisé
par Nicolas REYBOUBET. Suite
de l'interview ...
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