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Fondé il y a plus de
35 ans par Jonas Mekas et une
bande de passionnés,
Anthology Film Archives est
un lieu unique à New
York et sans doute en Amérique,
entièrement dédié
au cinéma indépendant
et expérimental. Un cinéma,
une galerie, un musée,
la plus grande bibliothèque
au monde sur le sujet et une
impressionnante collection de
films, ce lieu ouvert et international
est aussi fortement implanté
et investi dans la vie de son
quartier, East Village. Rencontre
avec Andrew Lampert, un de ceux
qui font exister aujourdhui
Anthology.
Objectif
Cinéma : Quelle est
votre fonction à
Anthology ?
Andrew Lampert : Je suis
archiviste et programmateur.
Comme archiviste, je suis
responsable de notre collection
film et vidéo, c’est-à
dire de tout ce qui concerne
la vérification et
la conservation, le catalogage
et la restauration. La restauration
consiste à prendre
le meilleur matériel
existant pour faire de nouveaux
négatifs et de nouvelles
copies. |
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Tout ce matériel
est conservé dans un
endroit froid pour être
en bon état dans le futur.
C’est un aspect de mon
travail. Je m’occupe aussi
des gens qui viennent à
Anthology, qu’ils soient
étudiants ou autres...
J’essaie de les aider
à trouver les films,
chez nous ou ailleurs. L’autre
aspect de mon travail est programmateur.
Je suis responsable de nos programmations
et séries. J’ai
trois séries régulières
qui sont présentes dans
chacun de nos programmes et
puis en général,
un certain nombre de projections
uniques ou d’événements
plus larges.
Objectif Cinéma : Nous
y reviendrons. D’abord,
parlez-moi un peu des débuts
d’Anthology, l’histoire
du lieu. Quelle était
l’idée fondatrice
?
Andrew Lampert : Anthology se
trouve dans l’ancien palais
de justice de New York, dans
East Village, à l’angle
de la 2e avenue et de la 2e
rue. Nous avons ouvert dans
un autre bâtiment en 1970
et nous nous sommes installés
ici en 1988, après plusieurs
déménagements.
Anthology a été
créé par quelques
personnes, dont Jonas Mekas,
qui est toujours resté
et est devenu notre directeur
artistique. Leur idée
était que le film indépendant,
le film expérimental
ou d’avant-garde, bien
qu’étant reconnu,
n’était pas collecté
ou préservé par
les musées ou les archives.
Au début des années
soixante, l’étude
du cinéma en tant que
forme artistique commençait.
Et avec elle, la notion d’histoire
du cinéma.
Jonas qui avait été
critique au Village Voice, avait
fondé la revue Film Culture
et la Filmmakers’ Cooperative,
et s’occupait aussi d’une
série de projections,
Cinemathèque, était
vraiment au coeur de toute cette
culture naissante du cinéma.
Les universités et autres
lieux qui essayaient d’enseigner
le cinéma contactaient
des spécialistes, des
gens comme Jonas, pour leur
demander : « Qu’est-ce
qu’on doit montrer ? »
Et après avoir dû
répondre à cette
question si souvent, il a pensé
avec d’autres qu’il
était temps qu’existe
une institution consacrée
au film comme forme artistique.
Est-ce que c’est un endroit
comme le MoMa, qui a une collection
de films depuis les années
trente ? Ils ont une collection
fantastique, mais ils se consacrent
aussi à la sculpture,
à la peinture... Les
films ne sont qu’une partie
de leurs archives. Donc l’idée
d’Anthology, c’était
de faire une cinémathèque.
Comme celle de Langlois. Il
était le modèle
de Jonas. A l’origine
d’Anthology, il y avait
quelque chose qui s’appelle
Essential Cinema, que nous continuons
à montrer. C’est
un répertoire de 300
titres par 110 cinéastes.
Objectif
Cinéma : Surtout des
cinéastes américains
?
Andrew Lampert : Surtout américains
mais aussi les prédécesseurs,
les russes, les européens
des années vingt, l’avant-garde.
C’est quelque chose qui
était toujours destiné
à s’élargir,
mais celui qui avait aidé
à trouver les fonds pour
cette mission, le cinéaste
philanthrope Jerome Hill, est
mort quelques années
après l’ouverture
d’Anthology. Donc le répertoire
Essential Cinema est resté
le même. Mais le reste
d’Anthology a continué
à grandir et aujourd’hui,
nous avons deux salles de projection,
une collection de 20 000 bobines
de films, 5000 vidéos,
une bibliothèque de recherche
avec environ 10 000 ouvrages,
250 périodiques et 11
000 dossiers sur des personnes
ou des institutions. Environ
un million de documents papier.
C’est sans doute la plus
grande collection au monde dans
ce domaine.
Objectif
Cinéma : Est-ce qu’il
y a un projet de faire une série
Essential Cinema, 2e partie
?
Andrew Lampert : C’est
sûrement une chose qui
nous intéresserait. Mais
c’est difficile financièrement.
Du temps de Jerome Hill, ils
pouvaient acheter des copies
aux cinéastes, leur payer
des droits pour montrer leurs
films une fois par an. Les gens
étaient bien payés
par Hill à l’époque.
Alors que les cinéastes
souvent ne touchaient rien,
surtout les musées qui
n’avaient pas pour habitude
de payer les cinéastes
pour montrer leurs oeuvres.
Plutôt que d’élargir
Essential Cinema, nous concevons
nos programmes comme un complément
d’Essential Cinema, avec
des rétrospectives de
cinéastes qui ne sont
pas inclus dans ce répertoire.
Et nous sommes aussi allés
au-delà avec la préservation.
Aujourd’hui, nous avons
restauré environ 700
films et beaucoup d’oeuvres
ne font pas partie d’Essential
Cinema. En fait, il y a beaucoup
de films d’Essential Cinema
qui n’ont pas été
restaurés par Anthology,
soit par ce qu’ils avaient
été restaurés
ailleurs avant ou parce que
nous n’avions pas le meilleur
matériel, mais seulement
des copies. C’est la même
chose pour la conservation.
Entretien traduits de l’anglais
par Muriel DREYFUS. Suite de
l'interview ...
Fiche
métier de l' Archiviste
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