Quand
as-tu commencé tes activités
en tant que documentaliste ?
A la fin des années soixante
dix. Dès le départ je
me suis intéressée aux
bases de données et à
la documentation informatisée.
Géographe de formation, j'ai
travaillé successivement dans
plusieurs secteurs, dans le domaine
de l'urbanisme, de l'économie
et du droit. J'ai accumulé
ainsi des expériences variées.
C'est d'ailleurs ce que je conseillerais
aux jeunes professionnels, c'est de
faire des choses très différentes
au début de leur carrière
et de cumuler les expériences
dans des bibliothèques, des
centres de documentation, des services
questions-réponses, c'est-à-dire
dans des environnements très
différents, en recourant à
des techniques très différentes
pour enrichir au maximum leur palette.
Ne craignais-tu
pas que cela nuise à ton profil
professionnel ?
Non, bien au contraire. Mais, bien
sûr, si ces expériences
étaient courtes et très
variées, elles ont tout de
même duré chacune deux
à trois ans.
Quand as-tu
été impliquée
dans des actions internationales ?
En tant que géographe,
j'ai été immédiatement
tentée par la dimension internationale
mais pour toute une série de
raisons, à l'époque,
cela n'a pas été possible.
C'est quand j'ai travaillé
à l'IIAURIF [1] , dans le domaine
de l'urbanisme, que j'ai été
contactée par le ministère
de la coopération pour créer
le projet IBISCUS [2].
Pour ta connaissance
des bases de données ? Pour
quelle raison t'a-t-on sollicitée,
d'après toi ?
Oui, pour mon expertise en matière
de documentation informatisée
pour mes compétences en géographie
et pour l'ouverture liée à
mes expériences dans des domaines
divers
T'a-t-on
recrutée en tant que documentaliste
ou sur un autre profil ?
Dans le projet international IBISCUS,
on recherchait expressément
des documentalistes.
Quelle était
ta mission ?
IBISCUS s'est déroulé
sur une quinzaine d'années.
Il fallait créer et maintenir
une base de données en ligne
traditionnelle, puis sur l'Internet,
et animer un réseau d'une cinquantaine
d'organisations dans le monde, principalement
en Afrique francophone. Il fallait
aussi former les divers utilisateurs
et les documentalistes, développer
une activité éditoriale
et les accompagner par une activité
de conseils.
C'est cette expérience que
tu as pu réutiliser ?
Oui. Mais quand le projet IBISCUS
a pris fin en l'an 2000, j'ai décidé
de suivre une série de formations
sur certains aspects techniques, notamment
en langage php, mySqul avant de me
mettre à mon compte. J'ai également
un certificat de compétence
de webmaster
du CNAM. Cette mise à niveau
s'est déroulée sur une
période d'une année,
tout en démarrant mon activité
de conseil. Pour entamer cette nouvelle
activité, j'ai pu recourir
à mon réseau professionnel
créé dans le cadre du
projet IBISCUS pour proposer de créer
des bases de données, des sites
web, des portails. Plus précisément,
je réalise aujourd'hui des
cahiers des charges, des projets de
réorganisation de bibliothèques
et des audits de projets de communication
et en information.
Dans combien
de pays interviens-tu ?
Surtout dans les pays d'Afrique francophone
avec la FAO [3] mais aussi à
Madagascar, en Tunisie. Je participe
aussi à de nombreux projets
de coopération internationale
impulsés en France par des
ONG dans le domaine de l'éducation
au développement. J'interviens
à la fois très en amont
pour la mise en place de systèmes,
l'élaboration de cahiers des
charges et très en aval pour
une évaluation de ce qui a
été fait.
Est-ce que les contenus de tes contrats
ont évolué depuis l'an
2000 ?
Oui, dans deux sens différents.
Je réponds davantage à
la demande de bibliothèques
pour les aider à réorganiser
leurs services en les informatisant,
en créant des portails, par
exemple. Je contribue aussi davantage
à des projets de systèmes
d'information intégrés
dans une politique globale de communication.
A l'étranger
ou en France ?
Dans quelques projets à l'étranger
mais aussi dans le cadre de programmes
de sensibilisation de l'opinion publique
à la solidarité internationale
avec le CRID [4] , ou le HCCI [5],
par exemple. Je travaille aussi maintenant
avec des collectivités locales
françaises. En ce moment, j'opère
dans le cadre d'un contrat avec un
conseil général pour
l'organisation de son système
d'information.
Tout expérience
est-elle transposable dans tous les
secteurs ?
Non pas partout. Si j'ai accepté
d'élargir le champ de mes activités
aux collectivités locales,
c'est parce que je connaissais bien
leur modes de fonctionnent et leurs
préoccupations, étant
moi-même conseillère
municipale. Je n'accepterais certainement
pas d'effectuer la même mission,
par exemple dans le secteur automobile
que je ne connais pas et qui ne m'intéresse
pas. Il faut pouvoir s'intéresser
à un domaine particulier, connaître
ses enjeux, son vocabulaire …
Combien êtes-vous
à travailler ainsi dans le
domaine international ? Vous vous
connaissez ?
Oui, nous connaissons presque tous
les consultants ainsi que ceux qui
travaillent dans des bureaux d'étude
auxquels nous sommes d'ailleurs souvent
associés.
Vous travaillez
donc en équipe …
Fréquemment, même très
fréquemment, puisque ce type
de travail représente la moitié
de mon temps. Il s'agit souvent de
projets de communication menés
par les ONG, c'est-à-dire de
promotion, de pédagogie, d'édition
en collaboration avec des spécialistes
de la communication. Mais aussi avec
des informaticiens pour le développement
de systèmes d'information spécifique,
avec des graphistes pour des projets
web. Je participe souvent à
des réponses à des appels
d'offre et si le projet est accepté,
nous travaillons ensemble pour réaliser
ce projet. C'est d'ailleurs un aspect
assez sympathique de ce travail qui
me permet de connaître une équipe
pendant six mois et de reprendre contact
avec elle deux ans après, par
exemple, pour un autre projet…
.
Y a-t-il
des aspects que j'aurais oubliés,
en matière de conseil ou de
formation, par exemple ?
En matière de formation, je
me suis spécialisée
dans les bibliothèques numériques.
Je suis, depuis peu, également
professeur associé à
l'ENSSIB, dans le cadre d'un contrat
à mi-temps. Ce qui est lourd
car j'y assure à la fois des
cours, du tutorat et la correction
de copies, mais s'avère passionnant.
J'y enseigne la manière d'élaborer
un cahier des charges, la connaissance
des formats, les modes d'évaluation
…
Lorsque j'ai voulu être consultante,
Jean Michel m'avait conseillée
de veiller à adopter un domaine
qui m'intéressait et qui soit
suffisamment spécifique. Aujourd'hui,
je peux l'affirmer, ce sont les bibliothèques
numériques qui sont devenues
ma spécificité.
[1] Institut d'aménagement
et d'urbanisme de la région
Ile-de-France
[2] L'association IBISCUS qui animait
depuis 1983 le réseau francophone
d'information pour le développement,
soit une cinquantaine de centres de
documentation de France et d'Afrique
s'est dissoute en juillet. Son site
site est fermé depuis le 31
octobre 2001.
[3] Food and Agricultural Organization
(FA0), organisation des Nations Unies
pour l'alimentation et l'agriculture
[4] Centre de recherche et d'information
pour le développement
[5] Haut conseil de la coopération
internationale (HCCI).
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Consultante ?
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Mon parcours est assez inhabituel
pour un professionnel de l'information.
Je viens en effet du monde du marketing
et de la communication, après
être passée par une école
de commerce : j'ai notamment travaillé
plusieurs années dans une compagnie
d'assurances, une chambre de commerce,
un groupe d'immobilier, et même
comme attachée de presse dans
un théâtre ! Ce n'est
qu'en 1997 que je me suis formée
en documentation à l'INTD,
et en 99 que j'ai réellement
commencé à travailler
à mon compte.
Mais je pense que cette vie antérieure
m'a été fort utile.
D'abord parce que la communication
fait de plus en plus partie des compétences
requises pour les gestionnaires de
l'information. Et ensuite par la connaissance
de l'entreprise que cette expérience
m'a donnée, pour exercer mon
métier de consultante…
Quel attrait
le métier a exercé sur
vous dans vos fonctions antérieures
? Quel attrait exerce-t-il dans votre
situation présente ?
Aujourd'hui, je ne regrette absolument
pas mon choix : j'ai le sentiment
d'exercer un métier passionnant,
un de ceux qui offrent le plus de
potentialités, d'innovation,
de créativité, tout
en s'appuyant sur de la technique…
J'ai fait beaucoup de choses différentes,
de la formation au journalisme en
passant par les conférences,
de la surveillance de rumeurs dans
l'automobile à la synthèse
sur les produits bio en passant par
des recherches sur des sociétés
indiennes, du cahier des charges pour
une base de données partagée
à celui destiné à
mettre en place un outil de surveillance
web, de l'animation de réunions
pour cibler des actions de veille
aux tests d'outils des heures durant,
du travail sur un bookmark spécialisé
sur les matériaux à
celui sur une base de laboratoires
de recherche dans le domaine de l'entreprise
étendue… (Non, pas de
ratons laveurs !)
Bref, je ne me suis jamais ennuyée,
même si je me suis certes un
peu abîmé les yeux par
un surf intensif. Mais le jeu en vaut
vraiment la chandelle, et je ne pense
pas avoir de sitôt envie de
changer d'activité.
En quoi notre
métier apporte-t-il une valeur
ajoutée dans une organisation
?
La valeur ajoutée de nos métiers
se joue à mon avis notamment
dans nos capacités à
être des cartographes de sources,
dans nos compétences à
pré-baliser les territoires
informationnels occupés par
les organisations pour leur en faciliter
l'accès et la compréhension,
dans notre connaissance des clés
d'une recherche d'information réussie.
Elle s'illustre dans nos compétences
à proposer des produits d'information
et de veille pertinents, à
gérer une intermédiation
intelligente, même si elle reste
parfois invisible aux yeux de l'utilisateur
final, à faciliter la circulation
des flux d'information dans l'organisation,
à être une force de proposition
aussi…
Comment vous
semble se dessiner l'évolution
à court terme de la fonction
documentaire et celle de l'appellation
des professionnels de ce secteur ?
C'est sans doute là que se
joue l'évolution de la fonction
documentaire : dans sa capacité
à se rapprocher de la stratégie
(ou tout au moins à fonctionner
en meilleure synergie avec ses clients
internes), à maîtriser
des fonctions d'animation et de communication,
à travailler sur des "matériaux
informationnels" de plus en plus
diversifiés, et à profiter
de la vague "web sémantique".
Pour ce qui est de l'appellation des
professionnels, je pense qu'il faudra
finir par abandonner le terme de documentaliste,
aujourd'hui trop connoté. En
effet, l'image induite ne favorise
pas un positionnement optimal dans
les rouages des organisations. Puisque
tout le monde s'accorde à reconnaître
la valeur stratégique de la
maîtrise de l'information, il
est paradoxal de ne pas donner à
la fonction dédiée une
valeur tout aussi stratégique
! Je suis persuadée que la
terminologie a son rôle à
jouer, maintenant…
Qu'attendez-vous d'une association
professionnelle comme l'ADBS ?
Une association professionnelle, c'est
un peu la "maison" de ceux
qui exercent le métier. C'est
essentiel, et je pense que l'ADBS
joue bien ce rôle de carrefour,
même si certains points peuvent
toujours être améliorés
(à quand, par exemple, une
lettre d'info hebdomadaire, voire
journalière qui devienne une
vraie référence dans
le monde des technologies de l'information
?), et certains métiers mieux
investis. La visibilité de
l'association à l'extérieur
de nos métiers devient une
nécessité absolue.