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Portrait d'un
Directeur de magazine de presse (2
portraits) |
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Denis Jeambar
L’incompris
| Ni
rebelle, ni soumis. Ni renié,
ni compris. A trop briguer la
liberté, il a brouillé
les cartes de son identité.
Chasseur d’actionnaires,
éditorialiste moralisateur,
manager prisonnier de son affectivité,
redresseur de torts pamphlétaire,
le directeur de « L’Express
» n’est, volontairement,
pas positionné. |
Chaque semaine,
Le nouvel Economiste décortique
une personnalité à «
L’Hôtel », rue des
Beaux-Arts, Paris VIe.Portrait d’un
esprit plural en quête de spécificité.
Par Gaël
Tchakaloff
Douceur violente. Voilà qui
pourrait être le nom de son
parfum. D’un côté,
il est Chimène Badi. Il vient
du Sud. Sa voix, ses gestes, son comportement
grégaire, son goût pour
les fêtes amicales. De l’autre,
il est Joey Starr. Il dénonce,
décrie, s’insurge. Sauvage,
excessif, l’idéaliste
a pourtant su apprivoiser la réalité.
Le monde des affaires, il l’a
domestiqué. Alors, de l’unicité
journalistique, il est passé
au combat capitalistique. Pas moins
de cinq actionnaires se sont succédé
au cours de ses neuf années
au sein du groupe L’Express-Expansion.
Lui, il n’a pas bougé.
Président du directoire, il
est également directeur de
la publication et de la rédaction
d’un magazine en recherche d’identité
retrouvée. De nouvelles formules
en changement de jour de parution,
L’Express s’efforce de
conserver sa place au sein du triumvirat
qu’il forme aux côtés
du Nouvel Observateur et du Point.
Si son nombre d’abonnés
s’est stabilisé (plus
de 300 000)*, le recul de ses ventes
au numéro n’est, pour
l’heure, pas encore enrayé
(100 000 exemplaires)*. Et le cataclysme
du marché des offres d’emploi
ne facilite pas son équilibre
budgétaire. Décrié
par une partie de la communauté
journalistique, Denis Jeambar poursuit
néanmoins son chemin. Il sait
qu’il a parfois piqué
aux endroits où il ne fallait
pas. Mais son zèle moralisateur
reste incontrôlable. Il sait
aussi que, si L’Express est
attaqué, il reste adossé
à un groupe riche d’une
vingtaine de titres, qu’il a
contribué à construire.
Il sait, enfin, qu’il vient
de trouver son actionnaire final.
Roularta, qui prendra 35 % du capital
du groupe dès la rentrée,
devrait étendre sa participation
à la totalité des parts
dès le premier semestre 2007.
« Roularta n’est pas interventionniste
sur le contenu éditorial mais
est très compétent sur
le marketing du produit », indique-t-il
calmement.
Pureté
offensive
A son annulaire, deux alliances. L’originale,
un temps disparue, et celle qu’il
a rachetée, pour la remplacer.
Tout est dit. L’homme est dans
le symbole et la quête de pureté.
Il aime la même femme depuis
35 ans. Pur, il l’est résolument.
Parfois même naïf. «
Il peut s’emballer pour le dernier
venu », lance l’un de
ses amis. Au fil des années,
son idéal semble avoir glissé
vers l’intransigeance. A l’intérieur
du journal, il maîtrise ses
excès. Mais, dans ses livres
ou ses chroniques radiophoniques,
sa verve se déverse. Tel un
Chevènement ragaillardi. «
Lorsque j’écris dans
L’Express, je suis le porte-parole
d’une collectivité. Individuellement,
j’ai une vision plus pamphlétaire.
» Attaché à ses
idées, emporté sur la
morale et sur l’indépendance
de son journal, il pense perpétuer
le désir de liberté
farouche qu’ont incarné,
en leur temps, Françoise Giroud
ou Jean-François Revel. S’il
n’a pas été touché
par le cynisme ou l’amertume,
ses attaques décuplent à
la même vitesse que s’assoit
son parcours professionnel. Le président
de la République ne peut pas
l’ignorer. Ses amis du Monde,
non plus. Pourtant, il vient de loin,
le petit. De son enfance dans le Vaucluse,
il a certainement gardé le
goût des choses simples et le
dégoût des artifices.
Sa mère, d’origine juive
alsacienne, lui a transmis la curiosité
culturelle. Son père, imprimeur
cartonnier, le sens des responsabilités.
Si les difficultés matérielles
ont condamné un chemin qu’il
rêvait également musicien,
la misère familiale ne semble
pas l’avoir marqué. Très
tôt, il a su quel serait son
métier. Tintin reporter. «
Jusqu’à l’âge
de sept ans, je rêvais de devenir
président de la République.
A partir de 8 ans, j’ai décidé
d’être journaliste. »
Alors, après ses études
en Avignon et une licence en droit
à Montpellier, il a couru à
l’IEP. Les portes parisiennes,
il n’a jamais eu besoin de les
forcer. Au sortir de Sciences-Po,
un ami de la famille le fait entrer
à Paris Match. Dès lors,
sa vie professionnelle se construira
sur une succession d’affinités
électives, au nom de l’amitié.
Centralisme
démocratique
Des hommes, il en a suivi. Claude
Imbert, avant tout. Son père
professionnel. Il l’a emmené
à ses côtés, de
Paris Match au Point, accompagnant
sa montée en puissance, puis
le choisissant comme son successeur
officiel. L’histoire pourrait
rappeler celle de Claude Perdriel
et de Franz-Olivier Giesbert. Ensemble,
ils se sont amusés. Beaucoup.
« C’est à Musiques
que mon épanouissement professionnel
a été le plus abouti
», n’hésite pas
à affirmer aujourd’hui
Denis Jeambar. Mais, devenu directeur
de la rédaction du Point, le
dauphin a péché. Il
a quitté le navire pour un
poste éphémère.
Séduit par l’argent,
selon certains. Fatigué par
l’immobilisme ambiant, selon
d’autres. Utilisé par
Jacques Lehn, rajoutent les derniers.
L’intéressé s’en
explique : « En 1995, Le Point
me semblait trop pesant. J’éprouvais
un fort besoin de remise en cause.
» Besoin de tuer le père.
Voilà. Europe 1. Huit mois
seulement à la direction générale
de l’antenne. Et un goût
de sable qui n’est jamais passé.
« A Europe 1, j’avais
l’illusion du pouvoir mais j’étais
impuissant. Je regrette de ne pas
avoir su réussir cette aventure.
Je l’ai vécue comme un
échec. » Très
vite, il retourne donc à l’écrit.
Et révèle son tempérament.
Celui d’un manager, fédérant
au rythme de l’affect. Celui
d’un journaliste-éditorialiste
qui, peu à peu, se tourne vers
l’univers capitalistique. Aujourd’hui,
la moitié de son temps est
dévolue à la vie entrepreneuriale
du groupe. Les reproches fusent. L’Express
devrait-il sa perte de vitesse à
la trop forte implication de son directeur
dans un destin actionnarial ? Peu
importe, la fable est celle du serpent
qui se mord la queue. Denis Jeambar
a paré au plus pressé.
Fort de son ancrage à la tête
du directoire du groupe, l’homme
semble avoir adopté un style
managérial jugé trop
centralisateur. « Le journal
se fait à trois. Seuls Eric
Conan et Jacqueline Rémy partagent
le pouvoir », entend-t-on souvent.
Pourtant, plus que du centralisme,
Denis Jeambar est l’homme de
la diversité et de l’éclectisme.
Dans le choix de ses amitiés
et dans celui de ses idées.
Cela pourrait-il lui jouer des tours
?
Pluralisme
fondateur
Résolument, son journal lui
ressemble. Il a toujours associé
la diversité à la richesse.
« L’Express a autant de
lecteurs à gauche qu’à
droite. Il est le seul magazine français
pluraliste, et donc le plus difficile
à diriger. Je défends
une ligne souvent différente
des points de vue qui s’expriment
au sein du journal. » Parfait.
Mais quel est donc le fil de ses convictions
? Aujourd’hui, l’homme
est atteint par une forme de résignation.
S’il n’a pas perdu son
enthousiasme et sa fraîcheur,
l’expérience pourrait
lui avoir retiré ses croyances.
« J’ai un tempérament
heureux, mais je suis pessimiste à
long terme », lance-t-il, mystérieux.
Son père Noël politique,
il n’y croit plus depuis longtemps.
Des valeurs familiales gaullistes,
il a uniquement conservé la
droiture. Son ancrage, longtemps rocardien,
s’est abîmé au
cours des années Mitterrand.
Son idéal est parti avec l’eau
du bain. « Je suis un homme
du centre gauche. J’ai toujours
voté à gauche. Désormais,
je regarde les hommes politiques avec
trop de lucidité pour continuer
à m’exprimer devant les
urnes. » La religion ne constitue
pas non plus une épine dorsale.
Juif par sa mère, il a été
baptisé après-guerre.
Le doute pourrait résumer son
rapport à la spiritualité,
quelle qu’elle soit. Sur le
reste, les arènes du pouvoir
ont restreint ses fantasmes. Mais
il est l’homme de plusieurs
vies. Celle des amis, de l’écriture
et de la musique, d’abord. Celle
de la curiosité professionnelle,
ensuite. Celle du pouvoir, enfin.
Il sait que son siège pourrait
devenir éjectable. Alors, en
attendant, il profite d’une
conquête absolue : « Pour
moi, le pouvoir consiste à
utiliser pleinement sa liberté
d’expression ». |
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Franz-Olivier Giesbert
L’enfant devenu roi
Il est l’ombre
et la lumière, la terre et
l’asphalte, la bourgeoisie et
la bohème, l’angoisse
et la désinvolture. Les vestiges
de son histoire ont transformé
sa quête existentielle en recherche
de pères de substitution, scellant
les contradictions d’une double
appartenance. Chenapan enfantin ou
lucide ubiquiste, il a fait de la
presse le théâtre de
ses variétés.
Chaque semaine, Le nouvel Economiste
décortique une personnalité
à « L’Hôtel
», rue des Beaux-Arts, Paris
VIe. Portrait d’un agent de
l’écrit métamorphosé
en agitateur de presse starifié.
Par Gaël
Tchakaloff
Franz-Olivier Giesbert, c’est
Hollywood chewing-gum. Au début,
il mâche ses paroles. Ses idées
semblent décousues. Son discours
s’éparpille. On ne comprend
rien. Ensuite, son souffle de fraîcheur
envahit l’atmosphère.
Il pétille d’un enthousiasme
qui réveillerait les morts.
Très vite, on ne peut plus
s’en passer. La dépendance
s’impose comme le sucre de l’empathie
qu’il dégage. Amoureux
de littérature et de politique,
le fin journaliste est devenu l’électrochoc
rêvé des journaux en
perte de vitesse. Avec lui, c’est
toujours la même histoire. Lorsqu’un
titre faiblit, Franz arrive et lui
redonne des ailes. Son sens du public,
du lecteur et de l’opportunité
ne trompe pas. Son sens commercial
trop poussé lui a parfois été
reproché. Pourtant, il a successivement
fourni la preuve de son savoir-faire
au Nouvel Observateur, au Figaro et
au Figaro Magazine. Depuis cinq ans,
c’est au Point qu’il poursuit
son tour de magie. La diffusion du
magazine a progressé de 25
% depuis son arrivée, passant
de 300 000 à 375 000 exemplaires.
Et les ventes en kiosque au numéro
ont augmenté de plus de 5 %
cette année, le plaçant
– de ce point de vue –
devant L’Express et Le Nouvel
Observateur. Récemment nommé
PDG du journal, sa suprême reconnaissance
est désormais celle d’un
manager, décidé à
dépasser les 400 000 exemplaires.
Toujours à la recherche de
vies multiples, il refuse de se contenter
de l’unicité. "
Je suis comme sainte Thérèse
de Lisieux. Si l’on me demande
de choisir entre toutes mes activités,
je choisis tout : journaliste, manager
et écrivain ". Pour le
prouver, il commet un nouvel ouvrage
consacré à Jacques Chirac,
qui sortira le 10 mars prochain :
La Tragédie du Président,
scènes de la vie politique.
1986-2006*.
Rebelle apprivoisé
Sa marginalité, il la cultive.
Mais elle existe davantage dans les
apparences que dans les faits. Son
petit côté débraillé
et ses constructions verbales volontairement
hasardeuses font partie du personnage.
Reconnu, établi, il vit aujourd’hui
dans les beaux quartiers de Boulogne-Billancourt,
en compagnie de Valérie Toranian,
directrice de la rédaction
de Elle. Pourtant, s’il avait
écouté sa nature, l’homme
aurait peut-être été
porté par l’imaginaire
romanesque plus que par la matérialité
pragmatique. A ses débuts,
il était riche. Quelques héritages
d’un grand oncle d’Amérique.
Mais il vient d’un univers mélangé,
décalé et bohème.
Une mère professeur de philosophie,
un père dessinateur commercial
se considérant comme un artiste
raté. Des conversations sur
Hegel et Spinoza au petit déjeuner
dans une ferme normande, entouré
de ses quatre frères et sœurs.
La suite est connue. Il l’a
relatée, en 2004, dans son
livre, L’Américain. Les
coups d’un père, ancien
GI, qui se venge de ses difficultés
existentielles sur sa famille. Les
blessures et la construction en contradiction,
face à celui qui a écorché
la naïveté de l’enfance.
" Mon livre est à la fois
un testament, un acte de contrition
et de réconciliation. Je voulais
régler mon problème
avec mon père en lui pardonnant
sa conduite, post mortem. J’aimais
l’idée que mes enfants
le lisent et que mes frères
et sœurs puissent y trouver le
moyen de briser les tabous qui, parfois,
nous éloignaient. Cela a été
un pari gagné. " Gagné,
oui, mais un peu tard. L’image
du père l’a longtemps
poursuivi, déterminant ses
choix et ses amitiés professionnelles.
Il rêvait d’être
professeur d’histoire, vétérinaire
ou écrivain. Inscrit à
la faculté de droit, il devient
journaliste. Le CFJ puis quelques
piges à Paris Normandie plus
tard, il entre au Nouvel Observateur.
Il y restera 17 ans. Une époque
complexe, mais bénie. C’est
là qu’il se construit,
adopté et chaperonné
par les deux maîtres du journal.
Il trouve un père professionnel
d’un côté, un père
affectif de l’autre. "
J’étais à la fois
le fils de Jean Daniel et l’enfant
de Claude Perdriel. Ils formaient
un duo magique. Le premier m’a
entièrement façonné
journalistiquement, mais c’était
mon père et je ne pouvais donc
pas lui répondre. Il avait
des idées et une imagination
folles. Les journalistes se seraient
damnés pour aller faire ses
papiers. Le second, qui est un formidable
patron, m’a appris le sens du
lecteur et le goût de l’équipe.
J’adorais travailler avec lui
".
Docteur pur
et Monsieur cynique
Très vite, l’idylle tourne
au cauchemar. Sa relation avec Jean
Daniel se détériore
au point que Franz décide de
quitter le Nouvel Observateur, en
1988, trois ans après avoir
été nommé directeur
de la rédaction du journal.
Victime des colères de celui
qui l’avait promu avant d’être
– pour certains – relégué
au rang de " statue du commandeur
" ou accusé d’écraser
le niveau éditorial par des
couvertures trop " commerciales
"… Les versions diffèrent.
L’intéressé ne
renie pas cette période. Au
contraire. Il y fait régulièrement
référence, comme s’il
s’agissait d’une racine
dont il ne s’est jamais véritablement
affranchi. Pourtant, il a toujours
été éloigné
des convictions politiques défendues
par ses pairs, au sein de la rédaction,
bien qu’ayant adhéré
durant cinq ans au Parti socialiste
(entre 1974 et 1979). " J’ai
un hémisphère du cerveau
qui pense à droite et l’autre
à gauche. Je vote souvent contre
le pouvoir en place mais je ne suis
ni un cynique ni un militant. Je suis
un social-démocrate de droite
passablement libéral-libertaire.
Mon idéal sociétal serait
une société scandinave
au soleil. " Son talent d’analyste
politique ne masque pas son désenchantement.
Sa distance partisane l’a vraisemblablement
sauvé. C’est peut-être
parce qu’il a contribué
à la désocialisation
du Nouvel Observateur que Robert Hersant
et Philippe Villin l’ont appelé
au Figaro pour entreprendre la même
cassure, en sens inverse. Etrangement,
il est nettement moins volubile lorsqu’il
s’agit de commenter les douze
années passées à
la direction du Figaro puis du Figaro
Magazine. L’attachement affectif
a cédé la place au strict
professionnalisme. " Au Figaro,
j’étais un petit caïman
entouré de gros crocodiles.
J’ai appris à me battre.
Je ne m’entendais pas du tout
avec Yves de Chaisemartin. Nous n’étions
d’accord sur rien ou presque.
Ce qui ne m’a jamais empêché
de l’aimer bien, par ailleurs.
" Doit-on pour autant le taxer
de naïveté affective ou
de redoutable cynisme ? Les langues
se délient, lui reprochant
parfois de se contenter de décrire
le monde uniquement en termes de rapports
de force et d’ambition.
Ne s’agit-il pas simplement
d’une intelligente lucidité
exacerbée par le métier
qu’il exerce ?
Carnaval d’ubiquité
" Franz est enthousiaste et tolérant,
mais les facettes contradictoires
de sa personnalité peuvent
le conduire à un jeu schizophrénique,
en toute conscience. Par exemple,
le fait de diriger le Point ne l’empêche
pas d’affirmer que les médias
nous mentent ! ", indique son
ami Patrick Poivre d’Arvor.
Tout juste. Voilà d’ailleurs
toute l’ambivalence qui fait
son charme. Angoissé, impatient
et inquiet dans sa vie professionnelle,
il peut devenir contemplatif, voire
maniaco-dépressif dans la sphère
privée. " Je suis un type
doux qui exprime sa rage dans son
travail ", lance-t-il, impassible.
S’il dort très peu, consacrant
souvent l’essentiel de son temps
à ses activités, son
tempérament entier le conduit
également à se laisser
guider par une vie affective longtemps
tumultueuse, bien qu’elle soit
aujourd’hui devenue sereine
: " Quand je me donne affectivement,
je donne tout. " Au fond, le
seul véritable point d’ancrage
de Franz est celui de la presse. Ce
virus ne l’a jamais quitté,
en dépit des escapades télévisuelles,
dans lesquelles il reste d’ailleurs
un apôtre de l’écrit.
" J’adore écrire
mais je ne sais pas si j’écris
bien. Mes travaux d’écrivain
m’angoissent. En revanche, je
crois savoir faire des journaux. Au
fond, on fait toujours le même
journal, bien que la ligne politique
parfois diffère. Les projets
rédactionnels n’existent
que pour les présentations
publicitaires. Faire un beau journal
revient à faire un journal
indépendant, rigoureux et varié,
alternant la légèreté
et le sérieux, le rire et la
pédagogie, la distraction et
l’insolence. C’est un
bouquet de fleurs et d’épines
issu d’une alchimie collective
". L’enfant a grandi. Il
s’est libéré des
chaînes affectives et des fêlures
familiales. Sa lucidité n’a
pas éteint sa candeur. Plus
tard, quand il sera vraiment grand,
c’est-à-dire lorsque
le glas de la retraite aura sonné,
il rêve d’avoir un "
petit journal de débat intellectuel
" ou de devenir éditeur.
*Ed. Flammarion.
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