L'aventure française
démarre en 1975 au Laboratoire
d'aérothermique de Meudon,
où Iskender prépare
une thèse d'État (soutenue
en 1981) en collaboration avec le
Laboratoire de chimie générale
de Paris-VI. Tout en assumant successivement
les postes d'assistant et de maître-assistant
de l'UFR de mécanique. Très
vite (en 1983 !), il est recruté
comme chargé de recherche au
LCSR 1. Un rêve
pour ce boulimique de travail. «
Pour moi, le CNRS, c'était
enfin l'accession à l'autonomie
et l'assurance de bâtir des
programmes de recherche ambitieux.
» Car le domaine d'étude
d'Iskender est alors en pleine évolution.
« Au début des années
soixante-dix, il s'agissait juste
d'améliorer le rendement de
la combustion dans les divers systèmes
énergétiques, explique-t-il.
Depuis, on s'est rendu compte que
les ressources fossiles n'étaient
pas éternelles, ni tout à
fait inoffensives vis-à-vis
de l'environnement. Du coup, le laboratoire
a évolué avec ces nouvelles
contraintes, pour finalement explorer
davantage les aspects “développement
durable” de la combustion et
des systèmes réactifs.
»
Aux yeux des industriels, ces travaux
sont essentiels : il s'agit d'améliorer
les procédés de combustion
(aussi bien dans les moteurs de voitures
et la propulsion aérospatiale
que dans les turbines à gaz)
avec des mélanges pauvres en
combustible, pour réduire les
émissions de gaz carbonique
et d'oxydes d'azote. Et d'élargir
le champ d'approvisionnement énergétique
en développant l'utilisation
de combustibles alternatifs, biocarburants,
comme l'huile de colza ou les mélanges
issus de la gazéification de
la biomasse, ainsi que gaz de récupération
de certains rejets industriels 2.
Mais Iskender, lui, voit déjà
plus loin, la tête résolument
plongée dans les étoiles
: un projet européen, qu'il
a lui-même baptisé Essperans
3, destiné
à diversifier les supports
énergétiques «
grâce au soleil, bouillonne
Iskender. L'idée est simple
: installer dans les régions
ensoleillées des plates-formes
photovoltaïques chargées
de convertir l'énergie solaire
en électricité. Et à
plus long terme, les placer directement
en orbite autour de la Terre…
» Science-fiction ? Pas pour
Iskender. Son credo : l'interdisciplinarité.
Depuis ses débuts, le chercheur
rassemble autour de lui toutes les
expertises, multiplie les partenariats,
s'intéresse à tout,
frénétiquement
4. « La recherche fondamentale
n'est plus dans sa tour d'ivoire,
triomphe-t-il. Elle trouve toujours
une forme d'application à laquelle
on ne pensait pas. » Et permet
parfois aussi de faire habilement
le pont entre ses deux pays…
grâce à des cotutelles
entre les universités d'Istanbul
et d'Orléans, le Tubitak 5
et le CNRS. « La Turquie est
le seul territoire européen
qui rassemble de façon significative
la totalité des énergies
renouvelables, elle a un rôle
à jouer dans le futur énergétique
de l'Europe », plaide cet éternel
militant, pro-européen. Et
résolument pro-turc…
Camille Lamotte
Notes :
1. Alors baptisé
Centre de recherche sur la chimie
de la combustion à hautes températures.
2. En 2003, lors
de l'appel d'offres Énergie
du 5e PCRD, la Commission européenne
a apporté son soutien au programme
Alternative Fuels for Industrial Gas
Turbines, Aftur. Ce consortium, coordonné
par le LCSR à Orléans,
regroupe 22 partenaires académiques
et industriels.
3. « Energy,
Space, Solar Power, Environnement
: Research Actions for a New Society
».
4. Iskender Gökalp
est aussi directeur de la Fédération
EPEE (Énergétique, propulsion,
espace, environnement) qui rassemble
plusieurs unités de recherche,
chargé de mission du CNRT «
Propulsion du futur », président
de la Fédération des
sections européennes du Combustion
Institute.
5. L'équivalent
du CNRS en Turquie. Iskender Gökalp
est membre du Conseil scientifique
du Tubitak.
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