L'EXPLOITATION
DES CENTRALES NUCLÉAIRES
Opérateur, pilote de tranche
Ce technicien, qui fait partie d'une
équipe de quart travaillant selon
le rythme des 3x8, a la responsabilité
de "conduire" la tranche nucléaire
(c'est-à-dire le réacteur
et le système de production d'électricité
qui lui est associé).
Depuis la salle de commande, il surveille
les paramètres de fonctionnement
de la tranche et ajuste la puissance
du réacteur en fonction de la
demande d'électricité
appelée par le réseau.
Il participe régulièrement
à des stages de formation continue
sur simulateur pour s'entraîner
à réagir à toutes
les situations pouvant survenir dans
le cours de l'exploitation, y compris
les situations d'incident et d'accident.
Les métiers
de la production
Les métiers de la production
suivent les étapes du cycle du
combustible. Ils sont donc répartis
entre l'exploitation chimie, l'enrichissement
de l'uranium, la fabrication de combustible
et l'exploitation chimie et mécanique
du retraitement. Il faut y ajouter également
l'exploitation électrique et
électromécanique. Les
compétences techniques demandées
aux salariés sont liées
aux installations dans lesquelles ils
opèrent. Cependant, compte tenu
de la nécessaire optimisation
dans l'organisation du travail, les
équipes de production tendent
vers la polyvalence et la capacité
de tous à intervenir dans le
maximum d'installations.
Ex. de formation:
BTS
Environnement nucléaire
EN SALLE DE
COMMANDE PAS DE TEMPS MORT POUR L'OPÉRATEUR
Un entretien avec Jean-Pierre S., opérateur
au CNPE de Paluel
Entré à EDF il y a dix
ans, Jean-Pierre S. est opérateur
à la centrale nucléaire
de Paluel, sur la tranche 2. Cela signifie
qu'au sein de l'équipe de quart
- composée de huit personnes
et d'un chef d'exploitation - il est
chargé du pilotage de la tranche,
tâche qu'il assume en "binôme"
avec un collègue. Il travaille
sous le régime des 3x8. Première
exigence requise : une vigilance permanente
pour contrôler tous les paramètres
de fonctionnement, veiller à
la sûreté et ajuster la
puissance de la tranche aux objectifs
de la production.
Vous
êtes opérateur. Combien
d'opérateurs compte chaque
équipe de quart ?
Nous sommes deux opérateurs
par quart qui constituent un binôme,
l'un des deux étant chargé
de la partie primaire, c'est-à-dire
tout ce qui concerne le réacteur
proprement dit, et un opérateur
chargé de la partie secondaire,
principalement du suivi de réseau,
du suivi de la charge, de toute
la production et de l'ensemble
des auxiliaires. |
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A la tête de l'équipe,
il y a un chef d'exploitation pour
deux tranches, un cadre technique
par tranche, un chargé de consignations,
et deux opérateurs. Cette tête
d'équipe est complétée,
sur le terrain, par quatre techniciens
pour chaque équipe. On est
donc huit plus un chef d'exploitation
pour deux tranches.
Les équipes fonctionnent en
"3 x 8", comme sur l'ensemble
des tranches exploitées par
EdF. Le quart du matin, c'est 6 h/13
h 45, le quart de l'après midi,
c'est 13 h 30/21 h et le quart de
nuit, 20 h 45/6 h 15 avec un recouvrement
d'un quart d'heure pour le passage
du relais entre les deux équipes.
Le régime d'alternance est
baptisé le "3-2-2";
il consiste, pour la première
semaine, en trois matins, deux après-midi
et deux nuits. La semaine suivante
de quart, on fait deux matins, trois
après-midi et deux nuits et
la troisième semaine, c'est
deux matins, deux après-midi
et trois nuits.
"Penser d'abord aux exigences
de la sûreté, puis aux
objectifs de la production".
En quoi
consiste la formation d'un opérateur
?
Paluel a son centre de formation avec
un simulateur qui fut le premier pour
le palier P4. La formation d'un opérateur,
c'est deux semaines de simulateur
par an. On bénéficie
donc d'un recyclage. Les deux semaines
sont évaluées par un
instructeur. En plus de ce recyclage
en tant qu'opérateur, nous
sommes confrontés également
à une "mise en situation"
MES, c'est-à-dire que l'on
vérifie le bon fonctionnement
des relations entre le chef d'exploitation,
le cadre technique et les deux opérateurs.
C'est en quelque sorte un exercice
au niveau de la structure de l'équipe
Quel type
de situation reproduit le simulateur
?
L'exercice comporte toujours une partie
exploitation normale, qui consiste
à démarrer le réacteur,
à faire varier la puissance
et à réaliser des transitoires
qui sont pratiqués quotidiennement.
Mais il y a aussi une partie "incidentelle"
avec des problèmes de régulation,
des problèmes pneumatiques
liés par exemple à une
vanne d'air défectueuse, des
problèmes hydrauliques, des
petites fuites... On aborde ensuite
la phase "accidentelle"
avec les procédures de rupture
de tube de générateur
de vapeur (RTGV), une brèche
sur le circuit primaire (APRP), situations
qui nécessitent d'entrer dans
les procédures.
Les opérateurs ne sont, bien
entendu, pas prévenus et se
trouvent brutalement confrontés
à une situation incidentelle
ou accidentelle. On peut ainsi évaluer
le comportement, la "réactivité
" non seulement de l'opérateur,
mais de l'ensemble de l'équipe
devant cette situation. Chacun a son
rôle, à sa place. L'incident
est simulé tantôt sur
le circuit primaire, tantôt
sur les systèmes de production
d'énergie ou même sur
les auxiliaires. Ceci permet de tester
les différents acteurs qui
interviennent en salle de commande.
Il n'y a
pas d'autre recyclage au cours du
semestre ?
En fait, on dispose de deux outils
de formation. L'un d'eux, que nous
appelons "OFS", est un ordinateur
avec un logiciel sur lequel sont représentés
différents circuits : le circuit
primaire, l'alimentation de secours
des GV (ASG) et tous les circuits
de sauvegarde.
Nous disposons également du
SIPACT, un gros calculateur sur lequel
on peut étudier les incidents
thermohydrauliques, essentiellement
sous l'aspect des phénomènes
physiques.
Comment se
passe le temps au pupitre, plutôt
calme ou très animé
?
Il est certain que pendant la tempête
de décembre dernier, le quart
était très occupé.
La tempête est bien passée
sur la centrale, qui alimentait l'Ile-de-France.
La centrale est restée accrochée
sur le réseau, mais l'alternateur
nous a donné des sueurs. C'est
surtout le dispatching central qui
a eu beaucoup de travail. Ils ont
été très forts
sur ce coup-là!
On n'a jamais eu d'accident, heureusement.
Mais la vie d'un opérateur
est très occupée. On
fait beaucoup de suivi de réseau.
Au programme demandé quotidiennement
par le dispatching central, qui exige
telle puissance à telle heure,
s'ajoutent des exigences de plus en
plus pointues du côté
secondaire, production de puissance.
Mais le réacteur doit suivre
ces variations et s'y adapter en anticipant
surtout les variations du xénon
dans le combustible. Ceci demande
déjà une activité
non négligeable. Il s'y ajoute,
de façon permanente, la conduite
et le suivi des essais périodiques,
les EP.
Dans la pratique,
comment se déroule un quart
?
Notre temps est toujours occupé
par la surveillance, en permanence,
des indicateurs de la salle de commande,
le dialogue avec les techniciens suite
à la détection d'une
anomalie soit sur l'installation,
soit par un signal au tableau. Il
faut intervenir sur le système
concerné dans les meilleurs
délais. Nous surveillons également
le comportement du cœur, y compris
la répartition des températures
et du xénon dans son volume.
Il faut aussi modifier la position
des grappes de commande pour rectifier
le niveau de puissance ou le faire
varier à la demande.
Le suivi des essais périodiques
nous prend également beaucoup
de temps pour leur lancement et leur
surveillance. Il reste enfin, en plus
de la mise à jour des consignes
d'exploitation, toute la partie rédactionnelle
pour tenir à jour les documents
de quart.
"Surveiller en permanence les
indicateurs de la salle de commande".
Propos recueillis par Gérard
TAICLET
Ce texte est extrait de la Revue Générale
Nucléaire N°4/2000
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