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Antoine, formateur dans une
entreprise de transport et ancien
chauffeur routier
L'entreprise pour laquelle travaille
Antoine fait partie d'un réseau
d'agences réparties un
peu partout sur le territoire
français. Cette société
fait du transport dans le domaine
industriel, et uniquement à
la palette (à la différence
d'autres transporteurs qui font
du vrac ou du colis).
L'agence d'Antoine intervient
sur un territoire qui va de
Dijon à Bourg-en-Bresse
en passant par Oyonnax et Paray-le-Monial.
"L'agence se développe
de plus en plus. Notre effectif
est passé de 90 à
130 personnes en peu de temps
et nous allons continuer de
nous agrandir."
"Nous avons quatre grands
types de chauffeurs routiers,
nous explique Antoine. Tout
d'abord, une soixantaine de
grands routiers basés
au siège qui font du
transport national, voire de
l'international lorsqu'ils vont
en Allemagne. Ils partent en
principe à la semaine,
mais en réalité
ils rentrent chez eux une ou
deux fois par semaine. Sinon,
tous nos autres chauffeurs rentrent
chez eux chaque soir."
L'activité de l'entreprise
se décompose en deux
grandes missions : les missions
techniques et les missions commerciales.
"Les missions techniques
consistent à utiliser
notre réseau de 21 agences
en utilisant des points relais
pour transporter des marchandises
d'un point à un autre
du territoire. Ce travail est
effectué la nuit par
des titulaires du permis EC.
Un chauffeur arrive vers 19h
au quai, il part avec sa semi-remorque
déjà chargée.
4h30 plus tard, il arrive à
un point déterminé
à l'avance, ce peut être
une agence, une aire d'autoroute,
un parking… Là,
il fait le relais avec un conducteur
d'une autre de nos agences.
Ils s'échangent leurs
remorques et donc leurs marchandises.
Ensuite, ils repartent chacun
dans leur direction pour revenir
à leur agence de départ
vers 4h du matin. C'est grâce
à cette organisation
que nous sommes présents
sur tout le territoire français.
Je pense que c'est comme ça
que va évoluer le transport
dans les années à
venir."
Ils sont une dizaine de conducteurs
à l'agence à effectuer
ces missions de nuit. "C'est
très particulier de travailler
de nuit, c'est un rythme différent.
Ce sont d'ailleurs souvent des
conducteurs expérimentés
et qui ont fini d'élever
leurs enfants qui occupent ces
postes. C'est un métier
de solitaire, assez routinier,
mais sans aucune manutention.
Le conducteur n'est cependant
pas tout seul. Il contacte une
cellule de nuit en cas de problème
(accidents, retard…) ou
tout simplement pour dire que
le relais s'est bien passé.
Nous avons aussi deux conducteurs
dédiés à
l'acheminement des pneus pour
le compte de notre client Michelin."
Les missions commerciales se
font en journée. Des
camions partent livrer les clients
et ramasser par la même
occasion du fret. "Chaque
conducteur a une tournée
à effectuer sur un secteur
géographique précis
: Louhans, Tournus, Lons le
Saunier, Dijon, Chalon…
Il est complètement autonome.
A son arrivée, il charge
son camion avec le fret arrivé
la nuit en provenance des autres
agences du réseau, réparti
par secteur. Il charge des palettes
à l'aide d'un transpalette
électrique ou manuel.
Ensuite, il organise lui -même
sa tournée en fonction
du nombre de clients (en moyenne
entre 10 et 15 clients) et de
leurs demandes d'enlèvements
de marchandises. Un client peut,
par exemple, demander exceptionnellement
à ne pas être livrer
à l'heure habituelle.
Le conducteur doit, dans le
même temps, s'occuper
des ramasses de marchandises
qui réalimenteront le
réseau. Il doit bien
organiser son chargement. Par
exemple, mettre des palettes
à livrer devant des palettes
à ramener au quai. Il
doit aussi avoir un bon sens
de l'orientation pour ne pas
perdre de temps."
Le conducteur connaît
bien ses clients, il a donc
un contact privilégié
avec eux. Dans sa journée,
il est l'ambassadeur de l'entreprise
auprès des clients. Il
est autonome, mais reste en
contact avec les exploitants
qu'il appelle avant midi pour
les tenir au courant de l'avancée
de sa tournée et connaître
les changements éventuels.
A l'agence, ces missions sont
effectuées par 22 conducteurs
de porteurs 13 et 19 tonnes
(avec le permis C), avec, en
renfort 8 conducteurs de semi-remorques
(permis EC) qui interviennent
en cas de besoin.
Les lots complets (33 palettes)
sont transportés par
une quinzaine de semi-remorques.
"Ils livrent beaucoup moins
de clients, seulement 2 à
3 clients par jour. Mais c'est
le même travail, la seule
différence, c'est le
volume des marchandises."
Les chauffeurs connaissent très
bien leurs tournées,
ils font d'ailleurs souvent
la même. "Chaque
tournée est différente.
Par exemple, aller sur Louhans
ou au centre-ville de Dijon,
c'est très différent."
4ème type de chauffeur
routier, le conducteur de parc.
"Nous en avons un seul
ici. Il reste tout le temps
sur le site pour déplacer
les remorques sur le quai, emmener
les remorques au service des
mines… Il peut aussi aider
au chargement." Les conducteurs
ne font plus la maintenance
de leur véhicule. "C'est
fini chez nous l'époque
où le conducteur changeait
lui-même ses pneus et
réparait son véhicule.
Aujourd'hui, il fait appel à
un service de maintenance. Il
se contente de faire un petit
diagnostic pour expliquer d'où
vient la panne."
Les conducteurs de l'entreprise
ne travaillent pas les weekends.
"Nous ne faisons pas de
transport de produits alimentaires,
nous n'avons donc pas le droit
de circuler les samedis et les
dimanches. Bien sûr, si
un jour férié
tombe en milieu de semaine,
on ne peut pas tout arrêter,
mais on trouve toujours une
solution. Les conducteurs en
journée travaillent de
7h à 16h. Ils finissent
au grand maximum vers 17-18h.
Les personnes qui envisageraient
de devenir conducteur routier
doivent oublier l'idée
de faire 8h-12h, 14h-18h, c'est
impossible dans le transport.
Au niveau des salaires, nous
pratiquons une politique de
rémunération en
fonction de la compétence
des conducteurs.
Ceux qui travaillent de nuit
ont une rémunération
plus élevée."
L'entreprise favorise l'évolution
interne de ses salariés.
"Lors d'un recrutement,
l'entreprise fait d'abord appel
à des candidatures internes.
Un conducteur peut donc très
bien évoluer. Il peut
soit choisir de profiter du
réseau en se faisant
muter ou aller sur d'autres
postes. Je suis par exemple
devenu formateur après
avoir été conducteur
routier."
On a tendance à dire
que le turn-over est très
important dans la profession
de conducteur routier. "Effectivement,
nous confirme Antoine. C'est
surtout vrai pour les grandes
villes où la concurrence
entre transporteurs est plus
importante. Sur les 1 100 conducteurs
de l'entreprise, 30% partent
chaque année. C'est une
priorité que nous sommes
en passe de résoudre.
Par contre, ici, région
plus rurale, nous ne sommes
pas touchés par le turn-over."
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Jean-Paul,
formateur et ancien chauffeur
routier
Jean-Paul, au cours de ses années
passées comme chauffeur
routier, a eu deux grandes expériences
: l'une en messagerie et l'autre
comme grand routier.
En
messagerie
Il existe deux types de messagerie
: la messagerie express où
il faut livrer à une
date précise et la messagerie
sans impératifs de date.
"Aujourd'hui, les entreprises
fonctionnent beaucoup en flux
tendus. Les stocks ne sont plus
dans les entreprises, mais sur
la route en train de transiter
d'un point à un autre.
C'est pour ça que la
messagerie a de beaux jours
devant elle. Un colis un jour
à Lille peut le lendemain
être à Marseille."
La messagerie consiste à
livrer des colis à une
cinquantaine de clients par
jour. "En général,
on fait toujours la même
tournée. On connaît
bien notre itinéraire.
Cela permet aussi de bien connaître
les clients, leurs habitudes.
De leur côté, les
clients aiment bien avoir affaire
toujours au même chauffeur.
La messagerie, c'est vraiment
un métier relationnel,
c'est d'ailleurs ce qui la rend
intéressante." Seul
contact entre les clients et
l'entreprise de transport, le
chauffeur se doit de donner
une bonne image. "On est
le dernier maillon de la chaîne.
On doit être présentable.
Certaines entreprises imposent
des règles comme porter
un uniforme, être bien
rasé…"
7h : "Je commence ma journée.
Je vais au bureau de quai prendre
mes bons de livraison. Ensuite,
je les classe en fonction de
l'ordre de ma tournée.
Certains clients demandent parfois
à être livrés
en 1er, j'organise alors ma
tournée en fonction."
Les clients sont presque toujours
les mêmes, mais il peut
y avoir des demandes ponctuelles,
notamment de particuliers. "Pour
un nouveau client, je cherche
mon chemin sur une carte. Comme
je livre surtout en campagne,
j'ai parfois des problèmes
pour trouver, tout n'est pas
toujours bien signalé.
Si je n'y arrive pas, je me
renseigne à la mairie
ou chez des voisins."
Le camion doit maintenant être
chargé. " Dans certaines
entreprises, le camion est déjà
chargé. Moi, je préfère
le faire moi-même ou avec
l'aide d'agents de quai. De
cette manière, j'équilibre,
je classe et j'arrime mes colis
selon l'ordre de ma tournée.
Et ce n'est pas toujours facile,
car les colis ont des tailles
et des formes très variées.
Il m'est arrivé de charger
un bouc ou des pigeons voyageurs
à côté d'autres
colis !"
8h : Jean-Paul commence sa tournée.
La gestion du temps et le sens
de l'organisation sont primordiales.
"C'est un peu la course
contre la montre. Je travaille
au 1/4 d'heure près.
Le moindre imprévu et
c'est toute la tournée
qui prend du retard. Et les
imprévus peuvent être
nombreux, comme trouver porte
close chez un client. J'avise
alors de mon passage, je préviens
mon exploitant et je repars
bien souvent avec la marchandise
dans mon camion. Un autre souci,
c'est le temps d'attente, surtout
lorsque je livre des grandes
surfaces. Si je vois que plusieurs
autres camions attendent pour
être déchargés,
je peux décider de livrer
un autre client et de revenir
plus tard. Je suis complètement
autonome et je suis libre de
prendre des initiatives. Il
m'arrive aussi de me mettre
d'accord avec un autre chauffeur
qui attend et de lui laisser
mes colis et mes bons. En échange,
je fais une livraison pour lui."
En messagerie, le chauffeur
peut avoir à encaisser
de l'argent. "Certains
clients ont les colis contre
remboursement. S'ils n'ont pas
l'argent, je repars avec la
marchandise." Au moment
de la livraison, le chauffeur
participe bien souvent au déchargement
de son camion. "J'ai toujours
un diable ou un transpalette
manuel dans le camion. La messagerie
est un métier physique.
On fait beaucoup de manutention,
on porte des colis toute la
journée, des gros, des
petits – mal de dos s'abstenir
! Finalement en messagerie,
la partie conduite ne représente
pas le plus gros du travail.
C'est un métier où
on trouve beaucoup de jeunes
qui font leurs premières
armes."
18-19h : fin de la journée.
"Je mets à quai
mon camion, puis je rends compte
de ma journée à
mon exploitant." Jean-Paul
a choisi de ne pas faire de
tournée en ville. Il
nous en explique les raisons.
"Les tournées en
ville ne sont pas évidentes.
Il faut faire attention aux
heures d'ouverture des rues
piétonnes, faire face
aux problèmes de circulation,
stationner comme on peut…
Souvent, les chauffeurs ont
plus de clients, mais ils en
livrent souvent plusieurs dans
une même rue. Ils font
de nombreux arrêts et
ne conduisent finalement pas
beaucoup.
La messagerie a de nombreux
avantages : être tous
les soirs chez moi, les horaires
réguliers, le relationnel.
Mais moi, ce que j'aime c'est
rouler, c'est d'ailleurs ce
qui m'a amené à
faire de l'international."
Grand
Routier
7h30 à 8h : "Je
pars de l'endroit où
j'ai dormi pour me rendre chez
mon client." 8h à
10h30 : "Le camion est
totalement déchargé.
J'appelle l'exploitant pour
savoir où je dois faire
une ramasse. Je m'occupe des
lettres de voiture ( bordereaux
de livraison)."
10h30-11h30 : "Je me rends
à l'adresse indiquée
par l'exploitant. Comme je ne
peux pas être chargé
maintenant parce qu’il
est près de midi, je
pars manger et j'attends le
début d'après-midi."
16h30 : "Mon camion est
enfin chargé et je peux
partir. C'est à ce moment-là
que mon temps de conduite commence
réellement."
21h : "Je m'arrête
pour manger et me reposer. Il
faut savoir que le chauffeur
est responsable de son chargement.
Je ne dois pas me faire voler
pendant la nuit. Il existe d'ailleurs
des parkings sécurisés.
Je préfère attendre
le lendemain pour repartir.
J'en profite pour discuter avec
d'autres chauffeurs, décompresser
et rompre le phénomène
de solitude."
Ceci pourrait être l’exemple
d’une journée type
d’un conducteur routier
en national ou à l’étranger,
de celles que Jean- Paul a connu
pendant 7 ans "d’inter"
(comprendre international dans
le jargon du métier).
Jean-Paul a quitté la
messagerie pour travailler comme
grand routier. "J'avais
envie de conduire, d'être
tranquille. Et l'idée
de voyager, de visiter d'autres
pays me plaisaient beaucoup."
Jean- Paul a beaucoup roulé
en Italie, mais il est aussi
allé dans d'autres pays
comme les pays de l'Est. "Lorsque
ma journée était
finie, j'en profitais parfois
pour aller me baigner, faire
un peu de tourisme, rencontrer
des gens au bar ou au restaurant...
Je pense qu'il est très
important de chercher le côté
agréable du métier.
C'est un métier qui permet
de faire de belles rencontres
et de voyager." Aujourd'hui,
les transporteurs font moins
d'international et plus de national.
Les entreprises de transport
fonctionnent de plus en plus
en réseau. Plusieurs
camions se relaient pour faire
tout le trajet. Chaque chauffeur
va donc moins loin.
"La conduite du grand routier
par rapport à la messagerie,
c'est beaucoup plus de temps
de conduite et beaucoup moins
de clients et de manutention.
Le bâchage et le débâchage
du camion ne posent plus de
problème aujourd'hui
car les bâches sont coulissantes.
Les camions sont de plus en
plus confortables, faciles à
manier.
C'est un métier moins
difficile physiquement que psychologiquement.
Techniquement, un chauffeur
routier doit être capable
de conduire sur toutes les routes
(montagne, petite route, autoroute…)
et par tous les temps (pluie,
neige, verglas…). On doit
être capable de passer
partout. Il faut aussi être
très vigilant. En descente
par exemple, il faut faire attention
aux problèmes de surcharge,
à l'inertie du camion
et savoir rouler au frein moteur
pour ne pas mettre le feu aux
freins. Tout cela s’apprend
d’ailleurs en formation.
Il faut adapter sa conduite
en fonction du poids du chargement.
D’ailleurs, aujourd’hui,
les véhicules ont bien
évolué et sont
équipés de ralentisseurs
hydrauliques ou électriques.
Mais il faut aussi arriver à
gérer la fatigue provoquée
par les temps de conduite, même
si ceux-ci sont réglementés.
C'est aussi un métier
difficilement conciliable avec
une vie de famille. "On
part souvent à la semaine.
On ne sait jamais quand on rentre..
Et comme on part souvent le
dimanche soir, on ne peut donc
rien prévoir. C'est aussi
un métier de solitaire.
Je suis tout seul dans mon camion
pendant souvent plusieurs heures.
Il y a aussi la solitude des
soirées…
L'intérêt du métier,
pour moi, c'est l'autonomie
et une relative liberté.
Mon seul contact avec l'entreprise,
c'est mon exploitant. Il faut
d'ailleurs vraiment qu'il y
ait une bonne relation entre
l'exploitant et le chauffeur,
c'est un binôme qui doit
être efficace. Même
si le lien avec l'exploitant
se fait toujours par téléphone,
les camions sont aussi de plus
en plus souvent équipés
de GPS ou d'un système
informatique, "l’informatique
embarquée". Cela
permet au chauffeur d'être
facilement en contact avec son
exploitant, de préparer
des itinéraires. Cela
permet aussi à l'exploitant
de savoir où se trouve
son chauffeur, d'avoir une vision
globale de son parc de véhicules."
Les clients sont rarement les
mêmes et les destinations
souvent différentes.
Le chauffeur doit donc anticiper
son itinéraire. "Je
tiens compte de plusieurs paramètres
: les routes empruntées,
les hauteurs de pont, les différentes
réglementations notamment
en matière de limitation
de vitesse, les problèmes
de jours fériés
qui risquent de me bloquer en
pays étranger.
Pour la plupart des gens, le
conducteur routier, c’est
quelqu’un qui conduit
tout le temps. Ce que l’on
imagine moins, c’est que
l’on passe aussi beaucoup
de temps à attendre.
La profession de chauffeur routier,
c’est souvent " courir,
attendre, courir". Les
temps d'attente, liés
au fait que d’autres chauffeurs
font parfois déjà
la queue avant vous et aux temps
de déchargement qui peuvent
durer 2 heures pour une semi
pleine, sont importants. Ils
font partie intégrante
du métier. Et il faut
savoir qu'on ne rattrape jamais
son retard sur la route. Il
faut s'adapter, prendre un livre
ou en profiter pour discuter
avec des collègues."
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