Valérie Weill, 37 ans, est consultante
et accompagnatrice indépendante
auprès des créateurs et
dirigeants d'entreprise. Maman d'une
petite fille de 7 ans, Fondatrice de
Createuo, un cabinet de conseil et d'accompagnement
en création d'entreprise, elle
est aussi auteure d'un blog dédié
à l'accompagnement des entrepreneurs,
forum des créatrices d'entreprise.
Elle s'est prêtée
à l'interview IAH. |
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Quel métier
rêviez-vous de faire enfant ?
Médecin.
Qu'est-ce qui
vous a été le plus utile
dans vos études pour réussir
aujourd'hui ?
L’amour du marketing, de la communication
et de la publicité transmis par
mes professeurs en BTS, des méthodologies
d’analyse et d’audit très
puissantes transmises par un excellent
professeur d’Audit au CNAM, M.
Bécour. Plus tard après
les études, Jane TURNER et Bernard
HEVIN – mes mentors en coaching
– qui m’ont appris à
déployer mes ailes et à
conduire vraiment ma vie. |
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Quel
fut votre premier job ?
J’ai eu beaucoup de chance de débuter
avec un poste de Directrice de Développement
d’une agence de conseil en communication
Business To Business. Cela a été
un poste extrêmement formateur, j’y
ai appris tout le métier de développement
commercial et de consultante.
Quel est l'entreprise
où vous avez adoré travailler
? Pourquoi ?
J’ai bien aimé travailler dans
une agence de conseil en communication qui
s’appelait Emergence. Elle était
dirigée par une femme avec qui je
m’entendais très bien et qui
me laissait une grande liberté d’action.
Le travail y était intense, mais
très intéressant.
L'idée de
vous installer comme coach/consultante/formatrice
vous est venue quand ?
J’ai fait du coaching sans le savoir
à partir de 1997 lorsque j’ai
créé ma première entreprise
de conseil en communication, mais je ne
mettais pas ce mot sur mon travail avec
les clients. Puis, j’ai commencé
à me pencher vraiment sur le coaching
à partir de 2002. Je recevais tous
les jours de nombreux porteurs de projet
de création d’entreprise et
j’avais envie d’utiliser d’autres
moyens et outils que les seules techniques
de création d’entreprise. L’accompagnement
des porteurs de projet étant au moins
autant humain que technique, je voulais
avoir la double casquette de consultante
et de coach, j’ai alors complété
ma formation en suivant les enseignements
du DÔJÔ où j’ai
passé ma certification. Pour ce qui
est du conseil et de la formation, j’en
faisais déjà de par mes différents
postes précédents en cabinet
de conseil en création d’entreprise.
Enfin en septembre 2007, après être
repassée quelques années dans
le salariat, le temps de voir ma fille grandir,
j’ai repris mon indépendance
pour créer mon cabinet de conseil
et d’accompagnement en création
d’entreprise, spécialisé
dans l’entrepreneuriat féminin,
CREATEUO.
Je réalise des bilans de compétences
entrepreneuriales et des diagnostics afin
d’aider les femmes à bien mûrir
leurs décisions et leurs projets
de création. Je les conseille et
les accompagne sur toutes les étapes
de la création d’entreprise,
depuis la naissance de leur idée
jusqu’à l’immatriculation
et je les suis aussi après en travaillant
avec elles leur stratégie marketing,
commerciale et communication.
Enfin, je propose également des formations
en création d’entreprise (comment
réaliser une étude de marché,
un business plan, …) ainsi qu’un
atelier mensuel - l'Atelier des Créatrices
– pour qu’elles ne restent pas
isolées et qu’elles puissent
partager avec d’autres femmes entrepreneures,
en approfondissant à chaque fois
un thème lié à la création/gestion
d’une entreprise.
Pourquoi proposer
des formations spécifiques pour les
femmes ?
L’Atelier des Créatrices est
dédié aux créatrices
en cours de réalisation de leur projet
et aux dirigeantes installées depuis
moins de 5 ans. Ces formations traitent
des thématiques liées à
la création, la gestion et le développement
d’une entreprise, mais avec un éclairage,
des angles féminins. Par exemple,
lorsque je traite du développement
commercial, je l’aborde avec les styles
d’approches féminins que j’ai
pu observer tout au long de mon expérience
professionnelle. Je travaille à mettre
en lumière les difficultés,
les doutes, les peurs que peuvent avoir
les femmes face à ce thème,
afin de les aider à (re)trouver confiance
en elles, à construire un plan de
développement commercial cohérent
et efficace. Je les aide aussi à
trouver en elles les ressources nécessaires
pour améliorer leurs techniques et
comportements en matière de développement
commercial.
Quelles sont vos
formations phares ?
Je traite aussi bien des étapes de
la création d’une entreprise
: comment passer de l’idée
au projet, réaliser son étude
de marché, travailler une stratégie
marketing et commerciale, établir
un prévisionnel financier, rédiger
un business plan, choisir son statut juridique,
trouver des financements, effectuer les
démarches d’immatriculation…
que de tout ce qu’il faut encore réaliser
après la création de l’entreprise
: concilier sa vie professionnelle et personnelle,
organiser et gérer son temps, mettre
en place ses outils et tableaux de bord,
développer son chiffre d’affaires,
maîtriser sa communication, etc.
Vos premières
formations femmes vous vous en souvenez
? Qu'avez vous ressenti ?
Oh oui ! Je les ai vécues comme des
moments privilégiés, passionnants
et avec le sentiment d’être
vraiment bien à ma place et de réaliser
ma « mission » en étant
utile.
Quelles ont été les réactions
de vos proches ?
Mes proches n’ont pas été
surpris de mes orientations, ils savent
que j’aime profondément aider
les autres à avancer.
Quels sont les
premiers témoignages positifs que
vous avez reçus ?
Tout d’abord l’ensemble des
participantes, qui ont été
très satisfaites du contenu, de la
forme et du fond de ces ateliers et qui
sont souvent sorties en me disant combien
cela les avait dynamisées ou encore
combien elles se sentaient ainsi moins seules
face à la création ou gestion
de leur entreprise. Ensuite, des journalistes
comme Marie-Pierre Noguès-Ledru et
Nadia Graradji se sont intéressées
à ma démarche en écrivant
des articles.
Quel est le profil
de vos clientes ?
J’ai aussi bien des créatrices
d’entreprise qui ont un projet bien
avancé et qui ne sont pas loin de
l’immatriculation que des dirigeantes
déjà installées. Les
âges varient entre 25 et 55 ans et
tous les types de projets ou d’entreprises
se croisent : conseil, services à
la personne, produits de grande consommation,
e-commerce,…
CREATEUO en 3 chiffres
?
- 9 personnes accompagnées en création
d’entreprise depuis septembre 2007
- 6 entreprises créées
- 60 heures minimum de travail par semaine
!
Qu'est ce qui vous
passionne le plus dans votre activité
?
Le contact humain, pouvoir accompagner et
soutenir des femmes pour aller au bout de
leurs projets et de leurs rêves.
A quoi ressemblent
vos journées ?
A de la course ! Je démarre le matin
après avoir déposé
ma fille à l’école à
8h30 et j’enchaîne non stop
jusqu’à 18h, heure où
je vais la rechercher à l’étude.
Dans mes journées, je fais plein
de choses : je lis beaucoup sur la création
d’entreprise pour rester au top de
l’information, je prospecte, je prépare
mes rendez-vous avec mes clientes en fonction
des différents états d’avancement
de leurs projets, je travaille sur des business
plans et des études de marché,
sur des stratégies marketings et
commerciales, je conçois mes ateliers
et les autres formations que je donne, je
rédige aussi des articles pour plusieurs
sites en tant qu’experte, Ensuite,
je consacre à ma fille ainsi qu’à
mon compagnon le temps de la fin de journée
et soirée. Je m’y remets le
soir à partir de 21 heures.
Combien d'heures
par semaine travaillez vous ?
60 heures quand tout va bien…Plus,
en cas de charrette ! Mais je ne sens pas
le temps passer. Il m’arrive souvent
de lever le nez de mon ordinateur ou de
sortir d’un rendez-vous en me disant,
mince, il est déjà 19 heures
!
Qu'est-ce qui est
le plus contraignant ? Comment le gérez
vous ?
La solitude du chef d’entreprise !
J’ai mis un peu de temps à
m’habituer à cela au début.
Maintenant cela va mieux et surtout je sors
en plus de mes rendez-vous, je vais rencontrer
des gens, je vais dans les réunions,
je développe mon réseau.
Comment parvenez
vous à concilier vie pro et vie de
famille ?
J’ai bien expliqué à
mon compagnon, ma fille pourquoi c’était
vital pour moi d’être à
nouveau chef d’entreprise et en quoi
cela contribuait à mon équilibre
personnel et donc à celui de la famille
entière par ricochet. Je me suis
aussi fixée des règles strictes
: arrêter de travailler en fin de
journée et début de soirée,
garder deux soirs par semaine de libre et
un jour sur deux le week-end. J’ai
instauré aussi des temps de discussion
réguliers avec ma fille et mon compagnon,
pour que chacun puisse faire le bilan de
sa semaine : ses joies, ses soucis, ses
questions, ses envies, ses besoins et exprimer
ce qu’il a envie pour la suivante.
Cela me permet de rester toujours centrée
sur ma famille et de ne pas tomber dans
le piège de faire passer l’entreprise
avant tout. Et enfin, j’ai arrêté
de vouloir tout bien faire, de courir après
la perfection, je ne suis définitivement
plus WonderWoman et cela me va très
bien !
Que pourrait-on
faire pour encourager l'entrepreneuriat
féminin en France ?
- Développer beaucoup plus l’accompagnement
systématique à la création
d’entreprise
- Proposer des modalités de garde
des enfants et de services à domicile
adaptés pour les femmes chefs d’entreprise
- Faciliter l’accès des femmes
au financement bancaire
Quels sont vos
objectifs pour 2008 ?
- Accompagner plein de créatrices
d’entreprise
- Développer les ateliers des créatrices
pour passer progressivement à deux
ateliers par mois
- Communiquer auprès des médias
pour inciter davantage les femmes à
créer leur entreprise
Quelle est la femme
célèbre (ou pas) que vous
admirez ? Pourquoi ?
J’admire Jodie Foster pour son intelligence,
sa vivacité d’esprit, sa droiture
et son idéalisme.
Celle qui vous
tape sur les nerfs ? Pourquoi ?
Ce serait une femme qui gâche en toute
conscience son potentiel de développement
personnel…
Quels sont, selon
vous, les freins qui empêchent les
femmes d'accéder aux postes de responsabilité
?
Honnêtement je pense que la maternité
n’est pas encore bien vécue
dans toutes les entreprises, surtout lorsque
c’est le deuxième enfant. Je
ne compte plus autour de moi les témoignages
de femmes qui se retrouvent « placardisées
» lorsqu’elles ont deux enfants.
Entre choisir un homme qui pourra se déplacer
facilement à l’étranger
et être présent sur le pont
jusqu’à 22heures s’il
le faut et une maman qui doit faire face
à ses responsabilités familiales,
le choix est souvent vite fait. D’autant
que toutes les femmes n’ont pas les
moyens de se payer une nounou à domicile
pour prendre le relais, loin de là
!
Je pense qu’elles s’autocensurent
aussi beaucoup : le grand comité
leur dit : « non, c’est trop
lourd, c’est trop ambitieux pour toi…
». Du coup, certaines n’essayent
même pas. Et puis, je pense que les
femmes ne sont pas autant que les hommes
dans une optique de pouvoir - et monter
dans la hiérarchie implique nécessairement
de savoir naviguer parmi les luttes de pouvoir.
C’est, je pense, épuisant pour
une femme de devoir passer plus de temps
à esquiver les coups, que d’avancer
pour œuvrer à quelque chose
d’utile pour le développement
de l’entreprise.
Comment pourraient
elles les surmonter ?
Et bien j’ose espérer qu’avec
le projet d’amendes pour les entreprises
qui ne respecteront pas la parité
des salaires, les femmes pourront améliorer
leur niveau de revenu et donc accéder
plus facilement à des services d’aide
à domicile et de garde, ce qui pourrait
résoudre en partie le problème
des enfants.
Je pense aussi qu’il s’agit
de les booster dès l’école
primaire pour leur montrer que tout est
possible pour elles, à condition
qu’elles s’en donnent les moyens
et qu’elles s’en donnent la
permission… J’ai enseigné
aussi pendant plusieurs années et
j’ai ainsi motivé des dizaines
de jeunes filles qui ne croyaient pas en
leurs capacités. Quand maintenant
je les croise ou que je vois leur parcours
professionnel sur internet, je suis très
fière d’elles et du chemin
qu’elles ont parcouru.
Quelle serait votre première mesure
si vous étiez présidente ?
Encourager l’entrepreneuriat féminin
en créant des aides financières
spécifiques pour les femmes et davantage
de dispositifs d’accompagnement.
Quelle est votre
devise ?
Deviens ce que tu es.
Appartenez-vous à des réseaux/associations
féminins ou autres ?
Oui, je suis sur Viadéo, j’appartiens
au club des entreprises du 92 et j’ai
prévu de faire partie prochainement
du réseau Action’ elles.
Quels bénéfices
en retirez vous ?
Rompre mon isolement, rencontrer d’autres
femmes chefs d’entreprise et pouvoir
partager en me sentant comprise et écoutée.
Je suis comme les femmes que j’accompagne
: j’ai besoin moi aussi de temps en
temps d’être épaulée,
soutenue car je donne beaucoup…
Quels conseils avez vous à donner
aux femmes lectrices d'Interdit aux Hommes
?
De ne pas hésiter à prendre
leur destin en main, la vie est trop courte
sur terre pour avoir des regrets et il y
a tant.
Publié par Emmanuelle Gagliardi publié
dans : Entrepreneuses Le : 17-03-2008
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