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Nicolas, diagnostiqueur indépendant
Nicolas, diagnostiqueur depuis
4 ans, fait partie des 80% d’indépendants
qui constituent la profession.
Auparavant commercial dans le
domaine automobile, il a choisi
de se reconvertir dans le diagnostic
immobilier. « Attention,
nous prévient-il, impossible
de se lancer dans ce domaine
sans avoir des connaissances
dans le bâtiment ! Si
on n’est pas du métier,
il faut impérativement
suivre une formation en connaissance
du bâtiment. »
C’est un métier
très varié et
complet dans lequel il est nécessaire
de savoir tout faire : il faut
maîtriser les aspects
technique, administratif, commercial
et juridique.
« Les trois diagnostics
les plus demandés actuellement
sont le plomb, l’amiante
et le DPE, nous explique Nicolas.
Je fais aussi un peu de Loi
Carrez, mais c’est plus
rare. Le diagnostic gaz est
très récent, et,
pour l’instant, je n’ai
pas encore eu le temps de suivre
la formation adaptée,
ni donc d’obtenir la certification
qui lui correspond. Mon emploi
du temps est assez chargé
en ce moment. »
Le plomb est sans aucun doute
le diagnostic le plus long (1
à 2 heures), le plus
technique et le plus cher pour
le client. C’est aussi
celui qui demande le plus grand
investissement financier. Le
diagnostic plomb est obligatoire
pour les habitations datant
d’avant 1949. «
Je contrôle l’état
de dégradation des peintures
et non pas les canalisations
comme on pourrait le penser.
Il faut savoir que la peinture
au plomb est très dangereuse
pour les enfants, car en s’abimant,
elle s’oxyde et a un petit
goût acidulé de
bonbon qu’ils aiment beaucoup.
S’ils lèchent la
peinture, ils peuvent tomber
malades et souffrir de saturnisme.
En peu de temps, l’état
de la peinture peut se dégrader,
c’est pourquoi ce diagnostic
a une validité d’1
an seulement. »
Pour travailler, Nicolas a besoin
d’un appareil contenant
une source radioactive. L’appareil
n’est pas très
gros et ressemble à un
sèche-cheveux, mais il
est très cher. Il coûte,
neuf, environ 35 000€.
On peut aussi le louer ou l’acheter
d’occasion, mais il faut
alors faire attention qu’il
soit en bon état. »
La possession et l’utilisation
de cet appareil nécessitent,
en plus de la formation au diagnostic
plomb et de la certification,
d’obtenir une habilitation
délivrée par Areva.
C’est une obligation pour
toutes les personnes manipulant
une source radioactive. Et le
passage de cette habilitation
a un coût : 1 500€,
à renouveler tous les
5 ans. Ce n’est d’ailleurs
pas la seule dépense
à laquelle doit s’attendre
le diagnostiqueur qui veut proposer
des diagnostics plomb. Il doit
aussi savoir que la source radioactive
de son appareil est à
changer tous les 3 ans (et coûte
entre 3 000 et 6 000€)
et qu’il devra la ranger
dans un coffre-fort (entre 700
et 1 000€) enfermé
dans un local répondant
à des normes strictes
(alarmes, matériaux coupe-feu…).
Sans oublier l’assurance
qui, compte tenu des risques,
vous demande pas moins de 2000
€ pour l’année.
«Même si la source
radioactive est petite, l’appareil
peut se révéler
dangereux s’il n’est
pas manipulé correctement.
C’est pourquoi la réglementation
et les normes de sécurité
sont si importantes. Pour obtenir
le droit d’utiliser l’appareil,
en plus des formations, il faut
remplir un gros dossier détaillant
le type d’appareil, l’usage
prévu, les protections
envisagées…
L’appareil est rangé
dans une mallette sécurisée
qui ne peut être transportée
que dans un véhicule
déclaré et portant
un logo spécial qui,
en cas d’accident par
exemple, permet aux pompiers
de savoir qu’une source
radioactive est présente.
Je ne peux ni prendre le train,
ni l’avion avec mon appareil.
Je ne dois pas quitter l’appareil
ou la mallette des yeux même
lorsque je vais au restaurant.
Si je ne rentre pas le soir
chez moi, je dois soit la ranger
dans le coffre-fort de l’hôtel
où je dors soit, s’il
n’y en a pas, le déposer
au poste de Police. C’est
assez contraignant, mais nécessaire.
Pour ma propre sécurité,
je fais attention lorsque j’utilise
l’appareil. Je veille
à ce que le loquet de
sécurité soit
bien enclenché pour ne
pas risquer d’être
irradié. Je porte aussi
une sorte de bague qui calcule
mon taux d’exposition
aux radiations. J’ai un
suivi médical régulier.»
Lorsqu’il arrive chez
ses clients pour faire un diagnostic
plomb, Nicolas commence par
regarder l’habitation
dans son ensemble. Il questionne
les habitants pour connaître
la date de construction, le
nombre de mineurs vivant dans
le logement… Des informations
générales qui
apparaîtront dans son
rapport. « Je prends des
photos qui servent de preuves.
Je constate les traces d’humidité,
de moisissure… »
Ensuite, il se rend dans chaque
pièce avec son appareil
pour faire des mesures. «
Pour n’oublier aucune
pièce, ni aucun pan de
mur, je donne à chaque
pièce un numéro,
et à chaque pan de mur,
une lettre. Le mur A est celui
par lequel je suis entré.
Je tourne ensuite dans la pièce
dans le sens des aiguilles d’une
montre afin de ne rien oublier.
Pour chaque mur, je commence
par le bas car souvent on trouve
de la peinture sur les plinthes.
J’appose le bout de mon
appareil sur l’élément
et j’attends qu’il
affiche la quantité de
plomb détectée.
Si l’appareil réagit,
c’est qu’il y a
présence de plombs (plus
d’un gramme par cm²).
Je le note et je continue le
tour de la pièce. Si
par contre mon appareil n’indique
rien, je prends 2 autres mesures
sur le mur, d’abord à
mi-hauteur puis en haut du mur.
Tous les éléments
des pièces visitées
sont testés de cette
manière : les portes,
les fenêtres, le garde
corps extérieur…
En fait, je mesure tous les
éléments potentiellement
accessibles à un enfant.
Je termine en faisant des mesures
sur le plafond.»
Nicolas note tout dans une grille
type et fait quelques croquis
qui lui serviront à dessiner
les plans qu’il insèrera
dans son rapport. « Il
faut être méthodique
et vigilant pour ne rien oublier.
Je dois aussi être attentif
aux mesures que me donne mon
appareil car il peut parfois
y avoir des disfonctionnements.
Il faut aussi être capable
de se représenter la
pièce sur un plan. A
mes débuts, je passais
beaucoup de temps à faire
le diagnostic plomb, aujourd’hui,
j’ai l’habitude
et en 1 à 2h, c’est
terminé. » Lorsque
Nicolas constate un niveau anormal
de plomb, il en informe la Préfecture
qui communique le dossier à
la DDASS. Lorsqu’il s’agit
d’une habitation destinée
à la location, la DDASS
vient faire un 2ème contrôle
pour vérifier que le
propriétaire a bien fait
des travaux.
Nicolas mène la plupart
du temps en parallèle
le diagnostic plomb et le diagnostic
amiante. « Comme l’appareil
met quelques secondes pour afficher
le taux de plomb, j’en
profite pendant ce temps pour
regarder les matériaux
présents dans la pièce
qui seraient susceptibles de
contenir de l’amiante.
» Le diagnostic amiante
est plus simple et se fait uniquement
visuellement. « Je n’ai
besoin d’aucun matériel,
à part d’une échelle
pour monter dans les greniers
et parfois sur les toits. Grâce
à mes formations en «
diagnostic amiante » et
de manière plus générale
sur la connaissance du bâtiment,
j’ai appris quels sont
les matériaux pouvant
contenir de l’amiante
et je sais les reconnaître
(fibro-ciment, tôle ondulée…).
En général, on
trouve de l’amiante derrière
les points chauds : les cheminées,
les cuisinières, les
radiateurs… Elle était
aussi souvent utilisée
comme isolant dans les murs
et sous les toits. Je regarde
donc la toiture, les murs, les
poteaux, les faux-plafonds,
le sol… Mais je ne peux
faire de constat que sur ce
qui m’est accessible.
Je ne détruis jamais
rien. Si je peux soulever le
lino du plancher, tant mieux,
sinon j’indique dans mon
rapport que c’est un endroit
inaccessible. Pour voir quel
matériau constitue la
structure de la maison, je vais
dans le garage, là où
les murs ne sont pas recouverts
de papier peint ou de peinture.
Je vais aussi dans le grenier
pour repérer les conduits
qui ne sont pas visibles autrement
ou dans la cave pour voir les
descentes d’eau. En cas
de doute, je fais un prélèvement
que j’envoie à
un laboratoire d’analyses.»
Le 3ème diagnostic le
plus demandé est le DPE
(diagnostic de performance énergétique).
Il a une valeur uniquement informative
et il est valable 10 ans. A
l’issue du diagnostic,
le bâtiment est classé
en fonction de deux critères
: le taux de pollution émis
et la qualité de l’énergie
utilisée.
Il existe 3 types de biens à
expertiser : les bâtiments
bénéficiant d’un
chauffage individuel (pavillon,
certains appartements…),
ceux ayant un chauffage collectif
(essentiellement des appartements)
et des bâtiments tertiaires
(commerces, bureaux, entreprises…).
« Ce diagnostic concerne
les équipements de chauffage
et d’eau chaude sanitaire.
Le DPE peut se faire selon deux
méthodes. La première,
et la plus rapide, consiste
à se baser uniquement
sur les factures de consommation.
On prend le nombre de kilowatt
sur l’année et
on les divise par la surface
de l’habitation. Je me
rends quand même sur place
pour avoir des informations
supplémentaires. Pour
la deuxième méthode,
j’utilise un logiciel
gratuit qui prend en compte
de nombreux paramètres
pour calculer des ratios. L’utilisation
de ce logiciel n’est pas
toujours très agréable
car il n’est pas souple
et impose de renseigner de très
nombreux paramètres pas
toujours intéressants
: altitude du terrain, département,
surface… On prend en compte
l’épaisseur des
murs, la qualité de l’isolation,
le type d’énergie
utilisée (bois, fioul,
gaz, électricité…),
la présence d’une
cheminée, le type de
toiture, le type de menuiserie
(pvc, bois…), s’il
y a un appartement au-dessus
ou endessous… Je calcule
la surface des fenêtres
et des portes qui donnent sur
l’extérieur. Souvent,
au final, les valeurs calculées
sont supérieures à
la réalité. »
Nicolas rédige son rapport
en fonction des données
transmises par le logiciel.
Il fait des préconisations
sur les améliorations
à apporter pour faire
baisser la consommation d’énergie.
Bien qu’il en fasse de
moins en moins, Nicolas nous
explique comment il s’y
prend pour calculer une surface
dans le cadre de la Loi Carrez.
Il s’agit de connaître
le nombre de mètres carrés
de l’habitation qui va
être vendue. Cette opération
ne se fait qu’une fois,
lors de la 1ère vente.
« J’utilise un télémètre
laser qui calcule très
rapidement la surface d’une
pièce. Il faut quand
même être bon en
mathématiques et en géométrie
pour être capable de faire
le calcul soit même. Les
pièces ne sont pas toujours
rectangulaires, il faut pouvoir
calculer la surface de pièces
rondes ou triangulaires. Si
la pièce est meublée,
il faut aussi en tenir compte.
»
Pour pouvoir multiplier les
clients et avoir une activité
régulière, Nicolas
doit se faire connaître.
Il a choisi de passer essentiellement
par l’intermédiaire
des notaires. « Je suis
très mobile car j’ai
choisi de faire des diagnostics
parfois assez loin. Demain,
par exemple, je vais dans un
château à 150 kms
d’ici. C’est un
métier d’ailleurs
où l’on fait quotidiennement
100 kms par jours, même
si l’on exerce localement.
Les notaires me contactent directement
ou alors je laisse chez eux
des cartes qu’ils remettent
aux propriétaires qui
souhaitent vendre ou louer leur
bien. En général,
j’ai peu de temps pour
faire le diagnostic et établir
le rapport. Les vendeurs attendent
souvent le dernier moment pour
faire faire les diagnostics
qu’ils doivent obligatoirement
présenter avec le compromis
de vente. C’est souvent
le cas pour le diagnostic plomb
qui n’a qu’une validité
d’un an. Les particuliers
préfèrent attendre
que leur habitation soit sur
le point d’être
vendue pour le demander. Je
dois donc être très
réactif. Je peux recevoir
un appel en fin d’après-midi
pour faire un diagnostic le
soir même et remettre
mon rapport le lendemain matin.
Je mise sur la disponibilité,
quitte à travailler le
soir ou certains week-ends.
C’est assez délicat
de dire non à un notaire,
car la fois suivante il fera
peut-être appel à
quelqu’un d’autre.
» L’activité
de Nicolas est liée aux
ventes immobilières.
« A certaines périodes
de l’année, les
ventes sont moins nombreuses
et j’ai donc moins de
travail. J’en profite
à ce moment là
pour prendre quelques jours
de vacances. »
Nicolas travaille seul, il doit
donc aussi taper les rapports
et établir les factures
après chaque diagnostic,
faire la comptabilité…
« Lorsque je fais un diagnostic
plomb, amiante et DPE, cela
représente trois heures
de présence sur le terrain
et deux heures de travail administratif.
La maîtrise de l’outil
informatique est indispensable.
Personnellement, je n’ai
pas acheté de logiciel
spécifique, je préfère
utiliser Word qui me permet
de tout faire. Par exemple,
lorsque je rédige mon
rapport, j’ajoute quelques
plans et explications de manière
à être plus compréhensible
du grand public.
Contrairement à un diagnostiqueur
dans un cabinet, personne ne
tapera et rédigera le
rapport pour moi. Un indépendant
doit être aussi à
l’aise au niveau technique
qu’au niveau rédactionnel.»
Le secteur du diagnostic immobilier
est sans cesse en mouvement
et il est impératif de
se tenir au courant des dernières
réglementations, innovations…
« C’est à
moi de rechercher les informations,
je ne reçois aucune aide.
Je consulte régulièrement
le Journal Officiel pour connaître
les derniers décrets
et arrêtés. Je
suis l’actualité
sur internet, dans des revues
spécialisées…
Je participe aux réunions
d’information organisées
par la Direction départementale
de l’équipement
chaque fois qu’un diagnostic
nouveau devient obligatoire
comme le gaz et prochainement
l’électricité.
Je multiplie les sources afin
de ne pas passer à côté
d’informations indispensables
à l’exercice de
ma profession. Par exemple,
j’ai appris qu’un
tribunal avait enlevé
toute responsabilité
à un diagnostiqueur dans
une affaire d’un calcul
de surface inexact à
plus de 5%. Ce jugement va faire
jurisprudence. »
La profession évolue
sans cesse, contraignant Nicolas
à s’adapter.
« C’est de plus
en plus difficile en tant qu’indépendant.
Aujourd’hui quelqu’un
qui veut s’installer est
obligé d’avoir
un apport financier de départ
plus important à cause
des nombreuses certifications
à passer. Il doit aussi
réussir à trouver
un assureur prêt à
le prendre en charge, ce qui
est devenu quasiment impossible
pour une personne non affiliée
à une fédération.
D’autre part, les diagnostics
étant de plus en plus
nombreux – on en attend
de nouveaux dans l’année
– il est certain qu’une
personne seule ne pourra pas
tous les faire. A mon avis,
les indépendants vont
être confrontés
à un choix : se regrouper,
devenir salarié dans
un cabinet ou se spécialiser
uniquement dans certains domaines.
Pour ma part, j’ai décidé
de m’associer à
un autre diagnostiqueur et nous
sommes en train de mettre sur
pieds une franchise. De cette
façon, nous aiderons
les nouveaux diagnostiqueurs
à s’installer,
ce sera très intéressant
et j’aborderai encore
une autre facette du métier.
»
Quand nous remercions Nicolas
du temps accordé, il
nous répond : «
c’est normal, il faut
faire connaître ce métier
pour que les personnes qui souhaitent
se lancer sachent à quoi
s’en tenir. Il faut leur
dire que c’est un métier
très intéressant
car varié et complet,
mais aussi contraignant quand
on travaille seul. Il faut notamment
être très disponible
et ne pas hésiter à
travailler le soir ou certains
weekends. » Nicolas, après
la fin de notre entretien à
18h30, nous quitte d’ailleurs
pour aller faire le diagnostic
d’une grange.
Fiche
métier du Diagnostiqueur
immobilier
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