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Entretien avec Patrick Toussaint,
37 ans, diplômé de l’ULB.
Il est ingénieur civil métallurgiste,
soit l’ancienne appellation
de l’ingénieur civil
en chimie et en sciences des matériaux.
Chez Industeel (Charleroi), il est
responsable marketing et développement
pour les aciers, appareils à
pression et de cryogénie.
Peut-on en
savoir plus sur votre formation, votre
parcours ?
Je suis ce qu'on appelait Ingénieur
Civil Métallurgiste, et j'ai
eu l'opportunité de réaliser
une thèse de doctorat en Sciences
Appliquées. Après cette
formation, je suis entré en
1998 au service de la Fabrique de
Fer de Charleroi, aujourd'hui Industeel
Belgium, en tant que spécialiste
"développement de produits
nouveaux".
Quelle pourrait
être votre définition
du génie mécanique ?
C'est l'art de réaliser un
objet fonctionnel en faisant usage
de la meilleure manière de
mettre en œuvre un ensemble de
matériaux. Il faut donc se
dire "A quoi cela sert ?",
et considérer ensuite en même
temps "Avec quoi et comment va-t-on
le faire ?". Le génie
mécanique pour moi entre dans
ce processus par son art de connaître
les diverses méthodes de "mise
en forme".
Quel regard
portez-vous sur votre profession d’ingénieur
civil en chimie et en sciences des
matériaux ? Qu’est-ce
qui la caractérise ?
C'est une activité somme toute
peu connue, assez peu valorisée
par rapport à des métiers
considérés de plus "haute
technologie". C'est cependant
essentiel car le spécialiste
en matériau est celui qui connaît
l'art d'élaborer le support
physique de notre monde industrialisé,
et également ses propriétés
ainsi que ses limites. Je travaille
dans une société qui
livre dans le monde entier des aciers
pour applications potentiellement
dangereuses, en toute sécurité
et avec des matériaux qui n'existaient
pas il y a 10 ans. C'est passionnant
!
Quelles sont vos tâches principales
?
Faire le relais entre le monde extérieur
et les usines, en identifiant les
besoins techniques pour de nouvelles
applications, en définissant
les programmes de recherche et développement,
en suivant la mise en œuvre chez
les utilisateurs et en promouvant
nos solutions techniques à
leurs problèmes d'engineering.
Est-ce qu’il
s’agit d’un travail où
la prise de responsabilités
est importante ?
Oui, car il faut savoir notamment
déconseiller les fausses bonnes
idées, et identifier les opportunités
du futur. Il y a là un aspect
"communication" très
important, qui engage toute l'entreprise.
Quelles qualités
sont demandées aux personnes
qui travaillent dans ce domaine ?
L'imagination, la créativité,
la curiosité de comprendre
"comment ça marche ?",
et l'art de convaincre.
Est-ce que vous avez l’impression
qu’il s’agit d’un
métier en perpétuelle
évolution, qu’il faut
sans cesse s’adapter, se former
?
Je fais de la métallurgie.
Ce n'est pas considéré
comme "très sexy"
si vous me passez l'expression. Pourtant,
comme je l'ai déjà dit,
la majeure partie des questions qui
se posent aujourd'hui n'étaient
qu'à peine imaginées
il y a même 5 ans.
Quelles sont
les contraintes du métier ?
Comporte-t-il des risques pour la
santé ?
Il faut être disponible. Le
vrai risque est celui de la fatigue…
et comme je parcours souvent le monde,
il faut évidemment être
un peu attentif.
Ce métier est-il fort recherché
sur le marché de l’emploi
? Constate-t-on une pénurie
?
Nos clients et partenaires, et même
nous, avons de plus en plus de mal
à trouver des personnes qui
s'y connaissent en matériaux.
Parfois, cela crée des problèmes
car les interlocuteurs ne savent plus
vraiment de quoi ils parlent.
Dans quel
type d’entreprises un ingénieur
civil en chimie et en sciences des
matériaux peut-il travailler
?
Toutes, vraiment toutes, et partout.
Mais toutes ne sont pas encore prêtes
à s'en rendre compte, même
si on constate un lent revirement
vers une disparition des compétences
lorsque le personnel plus ancien part
à la pension. Donc, se préparer
à cela est une bonne idée
!
Quelles difficultés
peut-on rencontrer dans l’élaboration
d’un produit ?
Tout ce dont on se dit a posteriori
que c'est évident et dont on
se demande pourquoi on n'y avait pas
pensé d'abord… et qu'on
n'avait jamais imaginé a priori
! La principale difficulté
pour quelque chose de nouveau, c'est
de convaincre les décideurs
de mettre les moyens dans une idée
à laquelle on croit et de leur
faire accepter que cela ne se déroulera
jamais exactement comme prévu….
Si c'était le cas, ce ne serait
même pas la peine de faire du
développement ! Quelqu'un d'autre
l'aura déjà réalisé
avant vous !
Qu’est-ce
que vous auriez envie de dire à
un jeune qui veut se lancer dans cette
profession ?
Je lui dis : « Fonce ! Il y
a et il y aura des milliers de choses
à faire ! »
Cela constitue-t-il
un métier d’avenir selon
vous ?
Certainement, le monde évoluant,
il faut être conscient de la
nécessité de pouvoir
bouger.
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