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  Interview d' un Traducteur (2 interviews)

Interview d' un Traducteur vu par freelang


Traducteur officiel d'une cinquantaine de langues !
Entretien avec Georges Kersaudy, auteur de Langues sans frontières.


Interview paru dans le Monde de l'espéranto (n° 531, novembre-décembre 2001), publié sur Freelang avec l'aimable autorisation de l'association Espéranto-France.


Vous parlez, m'a-t-on dit, une cinquantaine de langues ?

Au cours de ma carrière j'ai fait des traductions officielles à partir d'une cinquantaine de langues. Je les parlais plus ou moins mais ne me souviens plus très bien de toutes. Certaines me sont néanmoins restées presque parfaitement. Vous savez, il y a plusieurs façons de connaître une langue : soit en la lisant, soit en la parlant. J'ai fait des traductions jurées et traduit des traités internationaux à partir de ces langues.

Pourriez-vous nous décrire votre carrière ?

J'ai d'abord travaillé pour le Ministère des Affaires étrangères, j'ai été attaché à Moscou, puis vice-consul à Belgrade. J'ai ensuite fait un stage à Genève pour l'ONU et ai été traducteur de l'ONU à New York, sept ans en tout, et trois ans à Bangkok, puis à Vienne, Rome et dans d'autres villes d'Europe ; enfin, traducteur à la Communauté européenne. Entre les deux j'ai été coopérant français au service du gouvernement camerounais. J'ai donc travaillé 15 ans aux Nations-Unies et 12 ou 13 ans à la Commission européenne. Je suis à la retraite depuis 15 ans : j'ai 80 ans, vous savez !

Aviez-vous écrit d'autres livres ?

Non, pas sur ce sujet. J'ai fait des traductions d'ouvrages... Ce livre est un petit peu mon testament linguistique.

Avez-vous utilisé l'espéranto professionnellement ?

A proprement parler, non. Mais en divers endroits j'ai rencontré dans des conférences internationales des personnes qui parlaient espéranto : nous nous reconnaissions à la petite étoile verte portée au revers de la veste. Au Népal par exemple, j'ai été convié par les espérantistes locaux à donner quelques conférences, et leur compagnie a rendu mon séjour très agréable : ils m'ont promené dans la ville de Kathmandou et les alentours, m'ont aidé à trouver des ouvrages sur les langues locales et m'ont permis d'apprendre un peu le népalais, de me familiariser avec la langue. C'était vers 1961 ou 1962 et il y avait déjà un grand nombre de Népalais parlant espéranto à Kathmandou.

A l'occasion de telles conférences internationales avez-vous rencontré Claude Piron par exemple ?

Oui bien sûr, à New York nous étions tous les deux traducteurs à l'ONU et ensemble nous avons fondé une association espérantiste à l'ONU : fondée par Claude Piron, Eskil Svane et moi-même. Nous avons ainsi pu organiser des conférences et des cours à l'ONU.
L'association est maintenant présidée par la meilleure de nos élèves de l'époque, Rochelle Grossman, fonctionnaire de l'ONU [maintenant à la retraite].
E.L.N.A., l'association d'espéranto des États-Unis, a aussi un bureau à New York et il est possible que l'association que nous avions fondée ait fusionné avec sa filiale newyorkaise.

Où avez-vous appris l'espéranto ?

Lorsque j'avais quinze ans et demi un suédois espérantophone, Arthur Persson, est venu faire une conférence au Havre, ma ville natale. Cela m'a passionné et je me suis mis aussitôt à l'espéranto. Plus tard quand je suis allé en Suède je ne l'ai pas retrouvé, mais plusieurs personnes se souvenaient bien de lui. Et c'est grâce à lui qu'ont commencé la plupart des gens d'un certain âge qui parlent espéranto dans cette ville.

Est-ce cela qui vous a lancé dans les langues ?

En grande partie, oui. Je m'intéressais déjà aux langues en général. J'ai trouvé des tas d'ouvrages traduits en espéranto ; et cela collait vraiment au texte : le texte en espéranto suivait toutes les nuances de l'original, mieux que les autres traductions. Cela valait une explication de texte. Je me suis alors mis au russe, au polonais, au tchèque.
Je suis entré à l'Écoles des Langues Orientales à Paris, j'ai étudié les langues scandinaves à la Sorbonne, ainsi que l'allemand, la langue et la civilisation américaines, et la philologie roumaine.
Aux Langues O j'ai passé les diplômes de russe, de roumain, de hongrois et de finnois ; et quand j'ai dû arrêter j'avais aussi terminé la troisième année de turc, de serbocroate et de polonais, et la deuxième année de persan... Et si j'étais resté à Paris j'aurais continué !

On dit que connaître déjà plusieurs langues facilite l'apprentissage des suivantes ?

Je crois que c'est vrai. Il y a une partie du vocabulaire qui se trouve présent à travers toutes les langues de l'Europe, et même en persan et dans d'autres langues. Par exemple dans toute l'Europe orientale il y a le même mot pour dire une malle : sundouk ou sandouk. En russe, valise se dit tchémodan, qui vient du persan.
Dès qu'on peut déchiffrer l'écriture cyrillique on s'aperçoit que près de 40% des mots russes sont... français ! Par exemple bagaj. Un cas amusant est celui des crayons Karandach.
C'est un dessinateur russe à Paris qui avait pris ce surnom, devenu ensuite le nom d'une marque... mais le mot signifie justement crayon en russe, et il vient en fait du turc où, étymologiquement, il signifie "pierre noire".
Et les mots français sont de plus en plus fréquents en russe : maintenant on trouve aussi mér pour le maire d'une ville, et méri (mairie)...
C'est la même chose en grec où, au café, vous pouvez appeler : "Garson !" Je me suis amusé à écrire dans mon livre tout un paragraphe en français avec seulement des mots grecs. Et un autre rien qu'avec des mots anglais. Au Japon il y a très longtemps (une trentaine d'années maintenant), il y avait 10.000 mots anglais passés en japonais.
Aujourd'hui il y a 25 à 30.000 mots anglais "japanisés". Et si vous employez un mot vraiment japonais pour dire, par exemple, des baguettes (pour manger), on vous reprendra en vous disant le mot "anglais" choppu-sutikku (chop-stick), car il est plus "dans le vent".

Avec la connaissance des langues qui est la vôtre, pouvez-vous nous dire en quelques mots les avantages et désavantages que peut présenter l'espéranto par rapport à d'autres langues ?

On peut fabriquer en espéranto des mots qu'on ne peut pas fabriquer dans une langue naturelle. L'espéranto donne des possibilités tout à fait insoupçonnées. Il a énormément d'avantages. Il est mille fois plus facile à apprendre : il est entièrement régulier et ne présente aucune exception. (Il y a même eu des linguistes pour le lui reprocher : ils ont été jusqu'à critiquer le fait qu'il n'y ait pas d'exceptions !)
Les désavantages ? Ce sont les préjugés qui entourent l'espéranto. Beaucoup de gens qui favorisent l'usage de l'anglais reprochent à l'espéranto d'être artificiel : pas plus, en fait, que les autres langues.

Parlez-vous ou avez-vous appris d'autres langues artificielles ?

J'en ai regardé ou étudié une centaine, comme l'Occidental, le Novial, le Novlexique, le Latino sine flexione, l'Interglossa... C'est intéressant en tant qu'essais de systématisation des langues européennes. Mais je n'ai pas essayé d'apprendre le volapük, inutile car totalement dépassé en raison de sa difficulté.
Et j'en suis resté à l'espéranto, tellement supérieur : les autres langues artificielles en sont très très loin ; même si elles peuvent paraître plus faciles au premier coup d'œil : c'est qu'elles ne sont pas vraiment internationales.
L'espéranto va plus loin : je connais des Chinois, des Japonais, des Coréens qui s'en servent pour apprendre des langues occidentales comme le portugais ou le français. C'est pour eux un tremplin vers l'apprentissage des nombreuses langues d'Europe. C'est ce qui m'est arrivé à moi aussi à l'autre bout du monde. Et bien sûr ils utilisent aussi la langue en elle-même !

Votre livre présente des dictionnaires parallèles de 39 langues ?

J'ai dû me limiter, et j'en ai donc choisi en effet 39, dont l'espéranto. Il s'agit en fait d'un vocabulaire parallèle, par tableaux : 7 langues latines, 7 langues germaniques, 10 slaves, 3 celtiques, et aussi balto-slaves, thraco-illyriennes, et non-indo-européennes. Cela permet de se faire une idée par soi-même : on ne se fait une bonne idée que de ce qu'on a pu observer soi-même. Toute personne qui sait lire dans sa propre langue a les moyens d'acquérir une connaissance utilisable d'une langue européenne quelconque : chacun est un polyglotte qui s'ignore.
Et si vous commencez par l'espéranto vous allez faire des progrès encore plus rapides et encore plus étonnants. Car avec une traduction espéranto vous collez au texte original.
Si vous ne disposez pas d'édition bilingue vous pouvez prendre un ouvrage traduit en espéranto, il en existe des dizaines de milliers, et comparer avec l'original. Grâce à la fidélité de l'espéranto, les catégories grammaticales vont apparaître de façon frappante, ce qui facilite énormément la compréhension.
Mais vous pouvez aussi utiliser l'espéranto en lui-même. Il y a dix millions de personnes qui parlent couramment l'espéranto dans le monde. Je m'en suis souvent servi pour apprendre la langue du pays.

Pouvez-vous préciser comment vous obtenez un tel chiffre ?

C'est approximatif ; il y en a peut-être plus, je ne pense pas qu'il y en ait moins. On peut évaluer à au moins dix millions. Le chiffre est celui qu'on a choisi, c'est un moyen terme : il y a au moins dix millions de personnes.
Même à Kathmandou il y a 45 ans, il y avait déjà 50 personnes qui parlaient espéranto couramment. Et ils avaient lu les mêmes textes que moi, nous avions un même fonds de culture ; on avait l'impression d'être des gens du même village. On se retrouve alors non pas en tant que touriste mais avec des gens qui ont un même idéal, des idées apparentées : tous ont admiré les mêmes grands textes. Alors qu'un touriste n'a affaire qu'à des commerçants qui ne pensent qu'à profiter de lui, par l'espéranto on bénéficie de contacts tout à fait différents. On rencontre des gens qui sont en général curieux et ouverts. On n'a même pas besoin de sujets de conversation, ça vient tout naturellement. On a l'impression qu'on a les mêmes origines, on ne se sent pas étranger : c'est là la différence.

Propos recueillis par Christian Lavarenne.


Fiche métier du
Traducteur technique


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Interview d'un Traducteur indépendant vu par le Cedies



Interview de Manuel A., Traducteur indépendant



Pourriez-vous nous décrire, en quelques mots, votre parcours professionnel ?


J’ai d’abord été chômeur pendant 2 ans, mais j’ai bénéficié d’une mesure pour l’emploi. J’ai alors trouvé un emploi comme correcteur dans une imprimerie. Ensuite, j’ai été embauché dans une maison d’édition comme rédacteur et traducteur. Après 6 ans, j’ai décidé de tenter l’expérience de l’indépendance.

Quel est le déclic qui vous a donné envie d’étudier la traduction et d’exercer ce métier ?

J’ai passé mon adolescence dans un pensionnat. Il m’arrivait souvent d’être puni parce que je n’étais pas trop sage. En guise de punition, le directeur aimait nous donner des textes à traduire de l’allemand vers le français. Un jour, j’ai découvert que la traduction était un métier et, étant donné que j’avais déjà une grande expérience dans la discipline, j’ai pensé que je devais pouvoir réussir.

Quelles sont selon vous les qualités requises pour l’exercer ?

D’abord, il faut être doué pour l’écriture et la formulation. Ensuite, il faut savoir sans cesse se remettre en question. Enfin, il faut savoir gérer les critiques, qu’elles soient positives ou négatives.

Quel a été votre parcours de formation et pourquoi avoir choisi ce pays et cette/ces institution(s) ? Quels commentaires voudriez-vous faire au sujet de ce parcours ?

J’ai suivi une formation de traducteur de 4 années à l’ISTI (Institut supérieur de traducteurs et d’interprètes) à Bruxelles. Je ne recommande toutefois à personne d’opter pour ce type d’études. D’abord, c’est une formation très spécifique et, si on a la malchance de ne pas trouver l’un des rares emplois proposés dans le domaine de la traduction, le diplôme est très difficile à faire valoir dans un autre secteur.

Avez-vous réalisé des stages durant vos études et que vous ont-ils apporté ?

J’ai dû effectuer un ou deux stages dans le cadre de mes études. Mais je ne crois pas qu’ils aient servi à grand-chose.

A quelles difficultés majeures avez-vous dû faire face pour démarrer dans la vie professionnelle ?

Le diplôme de traducteur fait référence à une formation très spécifique. Or, les emplois dans le secteur de la traduction proprement dit sont rares. Dès lors, il devient très difficile de trouver un emploi. On peut s’orienter vers un autre secteur, mais on manque inévitablement de qualifications. En revanche, si on postule pour des postes moins exigeants au niveau des qualifications, on est souvent considéré comme «surqualifié».

Parlez-nous des différents concours que vous avez passés ?

J’ai essayé de passer le concours de recrutement de l’Union européenne, mais j’ai échoué à deux reprises. Les critères de sélection sont très sévères et le nombre de candidats très important. Sinon, je n’ai passé que deux concours: le premier pour être embauché dans une maison d’édition et le second pour obtenir un contrat auprès d’une chaîne de télévision. Je les ai réussis tous les deux sans trop de difficultés.

Quels sont les secteurs au Luxembourg susceptibles d’embaucher des traducteurs à plein temps ou free lance ?

Il est très rare que des traducteurs soient embauchés à plein temps. En tant que freelance, on peut toutefois travailler dans pratiquement n’importe quel secteur.

La traduction, un métier pour la vie ? Peut-on éventuellement travailler dans un autre secteur après des études de traduction ?

Non seulement on peut travailler dans un autre secteur, mais on y est bien souvent contraint. Apparemment, seuls 30% des diplômés en traduction finissent véritablement par travailler un jour dans ce domaine. Les autres trouvent assez facilement du travail en tant que correcteurs d’épreuves dans les secteurs de l’imprimerie ou de l’édition, mais aussi parfois dans le journalisme et dans l’enseignement.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui voudraient travailler dans ce domaine ?

Je leur recommanderais de ne pas suivre de formation spécifique dans une école de traducteurs. Mieux vaut suivre des études «classiques», de préférence en économie, en droit ou dans un autre secteur générateur d’emplois, si possible dans des pays différents. Ensuite, on peut suivre une spécialisation d’une ou deux années en traduction. On y apprend les techniques de base et on se voit proposer un perfectionnement en langues. Le reste s’apprend sur le tas…



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