| Le
bouquiniste : Un métier pour les
patients
La lecture est en baisse. Plusieurs raisons
sont avancées par les lecteurs dont
celle du prix élevé des livres.
Mais, une visite chez le bouquiniste permet
de constater que cette raison n’est
qu’un prétexte. Reportage
Il est 18 heures tapantes, la petite boutique
de Ba Roudani un bouquiniste du quartier
maârif est presque vide. Seule une
femme, une habituée meuble l’endroit.
Elle s’ajoute au décor des
centaines de vieux livres qui ornent les
lieux. Debout, elle est plongée dans
un livre pour enfants. Silencieuse, solitaire.
Le maître du lieu, est en pleine négociation
avec la prétendue acheteuse.
Il tente un « Que puis-je pour vous
? » Plus qu’un simple propriétaire
des lieux, Ba Roudani aime rendre service
à ses visiteurs. Mais plus que ça,
ce bouquiniste est prêt à tout
pour que ses visiteurs achètent un
livre, ne serait ce qu’un petit livre
de poche à 20 DH. C’est une
façon pour que Ba roudani subvienne
à ses besoins, et aussi pour que
les acheteurs nourrissent leurs esprits.
Mais ce n’est pas si simple. «
Aujourd’hui, les gens lisent de moins
en moins, ils n’ont même pas
la curiosité de se pencher sur un
bouquin, le feuilleter, même pas ça
», déclare ce bouquiniste.
Sortant de sa bouche, ce constat est indéniable.
Ba Roudani sait de quoi il parle. Et pour
cause, cela fait 40 ans, qu’il a élu
domicile dans ce quartier du Mâarif
et à l’époque son métier
avait du succès. « Dans les
années 60-70, ma boutique ne désemplissait
pas, les gens affluaient par centaines à
longueur de journées ». Ce
marchand de vieux livres raconte que le
quartier Mâarif était peuplé
surtout par des Français qui venaient
nombreux chez lui acheter des livres. Mais
les Marocains ne faisaient guère
exception à la règle générale,
celle qui régnait à l’époque.
« Tout le monde lisait ». Les
Marocains lisaient beaucoup plus que les
français à l’époque
dans les années 70. Ce n’est
pas du baratin, et Ba Roudani le confirme.
« Je m’amusais à séparer
ma cagnotte du côté des Français
et celle des Marocains, et bien figurez-vous
que la somme d’argent déboursée
par les Marocains était beaucoup
plus supérieure ». A l’époque,
les Marocains étaient de grands lecteurs,
ils lisaient de tout, mais surtout des livres
de Marx, Lénine, et compte tenu du
climat marqué par l’ère
communiste qui régnait à l’époque.
Loin d’être un unique passe-temps,
la lecture était une nécessité,
un plaisir, une passion. En tout cas lire
n’était pas ressenti en tant
que corvée comme c’est le cas
de nos jours.
« Aujourdhui, si ce n’est pas
l’école qui oblige l’enfant
à lire, il n’osera même
pas feuilleter un bouquin, n’importe
lequel ». Ba Roudani compare la situation
actuelle et celle d’il y a quelques
années,
« Mes clients étaient à
l’époque de vrais férus
de livres, jusqu’au point où,
des fois, je ne trouvais rien à leur
proposer, certains avaient tout lu, en l’espace
d’une semaine, ils arrivaient à
épuiser mon stock de livres ».
«Etonnant, mais
vrai », affirme Ba Roudani et aujourd’hui,
qu’en est-il ?
Est-ce que les gens lisent ? « vous
rigolez? aujourd’hui, les gens lisent
très peu pour ne pas dire pas du
tout ». Les lecteurs deviennent une
denrée de plus en plus rare. Seuls
quelques personnes de la vieille génération
qui continuent toujours de lire. Le constat
est flagrant. Quelques minutes après
le départ de la première femme,
qui se trouvait chez Ba Roudani à
18 heures, un monsieur d’une soixantaine
d’années pénètre
le sacro saint-lieu des vieux livres. Ba
Roudani le laisse à son aise. «
je le connais, c’est un fidèle
client, je connais ses habitudes ».
Ce monsieur fait un tour dans la boutique
emplie de vieux livres toutes catégories
confondues, livres pour enfants, jeunes,
adultes. « J’habite à
Agadir et à chaque fois que je descends
à Casablanca, pour voir des amis
ou de la famille, je fais un passage ici
et j’en sors toujours avec une acquisition
», déclare cet homme. Mais
quelles sont ses types de lecture ? «
Je lis tout, je suis un dévoreur
de livres, j’aime lire tout ce qui
me passe sous la main, mais j’ai sans
nul doute une préférence pour
les romans policiers et de fiction ».
A l’allure d’un passionné,
ce monsieur trouve chaussure à son
pied chez Ba Roudani. « Ici, je découvre
des merveilles, qu’on ne trouve pas
dans les librairies ». Pas de doute,
ce bonhomme préfère les bouquinistes
aux librairies, d’abord parce-que
c’est pas cher et ensuite parce-qu’ils
sont rares, ils ont tout pour séduire
ce passionné de lecture. Ce type
de personnes devient une perle rare. Hormis
les vielles personnes qui ont pris l’habitude
d’aimer le livre, et qui lisent depuis
leur plus jeune âge, il existent très
peu de jeunes qui lisent ? Pourquoi ? «
la réponse est simple, les enfants
ne sont pas éduqués à
la lecture ». Mais y a-t-il une autre
raison. Les livres sont peut-être
cher, et donc cela n’encourage les
enfants à lire et les parents ne
peuvent peut-être pas pas débourser
assez d’argent uniquement pour la
lecture. « Le coût n’est
pas une raison valable c’est plutôt
un prétexte, car je vends des livres
qui peuvent coûter une bagatelle de
5DH, alors vous n’allez pas me dire
que les livres sont chers », s’exclame
enragé Ba roudani. D’ailleurs,
plusieurs facilités sont offerts
aux lecteurs, ils ne peuvent même
pas louer un livre moyennant 2DH ou 3 DH.
« Mais ces jeunes d’aujourd’hui,
ils n’ont même pas la curiosité
de feuilleter un livre et de se remplir
l’esprit, ils préfèrent
acheter un paquet de cigarettes ».
Ba roudani est déçu. «
Je passe mes journées ici des fois
jusqu'à ce que le sommeil m’atteigne».
Ba Roudani a la nostalgie des jours heureux,
où sa boutique ne désemplissait
pas. Mais il ne perd pas espoir : «
J’adore ce métier, je ne sais
rien faire d’autres et j’attends
»
Par : Qods Chabâa .
Reportage sur un
Bouquiniste
au Vietnam
|