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Doublage
et sous-titrage : deux métiers en
filigrane
L’industrie du cinéma est un
tout. Le sous-titrage et le doublage font
partie des métiers indispensables
à la diffusion du septième
art.
Le sous-titrage est au cinéma ce
que l’eau est à l’être
humain. En gros cette technique est aujourd’hui
primordiale. Aucune salle de cinéma,
ni aucun festival n’accepterait de
projeter un film en version originale. Le
sous-titrage favorise l’internationalisation
du film et augmente son taux d’audience.
Ces lettres gravées dans la pellicule
et qui apparaissent dans le film lors de
la projection facilitent en effet la compréhension
aux spectateurs. Comment un cinéphile
français pourrait comprendre un film
japonais s’il n’est pas au moins
sous-titré en sa langue. C’est
le même cas au Maroc où les
sous-titrages sont réalisés
en langue française. Selon les dires
de plusieurs spécialistes, cette
technique a beaucoup évolué
ces dernières années. «Il
y a quelques années, on remarquait
souvent dans les films marocains la mauvaise
synchronisation des sous titrages avec les
dialogues et un encombrement dans l’image»,
témoigne le critique de cinéma
Moulay Driss Jaïdi.
Pour réussir un sous-titrage, il
faut respecter des règles. Ce procédé
n’existait pas au Maroc. Les réalisateurs
étaient obligés de recourir
à des compétences étrangères.
Chacun selon ses préférences
avait le choix d’envoyer son film
soit en Egypte, en Espagne ou au Portugal.
Mais avant cette étape, il fallait
traduire tous les dialogues dans la langue
souhaitée et l’envoyer à
la société chargée
du sous-titrage. «Normalement, la
production confie le film à un dialoguiste
soit en anglais ou en français, mais
étant donné qu’au Maroc
le réalisateur a tendance à
s’occuper de tout, nous sommes obligés
de traduire nous-mêmes les textes»,
déclare le cinéaste Hassan
Benjelloun.
Ce dernier se réjouit néanmoins
d’avoir aujourd’hui la possibilité
d’effectuer le sous-titrage au centre
cinématographique marocain (CCM).
«Le CCM s’est doté, il
y a deux ans à peine d’une
cellule équipée spécialiste
dans la confection des sous-titrage»,
ajoute le réalisateur. Ce processus
qui est réalisé une fois le
film bouclé, cela fait partie de
la post-production. Une fois que le réalisateur
obtient le texte final avec les dialogues
traduits, il le livre aux techniciens qui
effectuent d’abord sa saisie par le
biais de l’ordinateur et le transfèrent
par la suite sur la bobine en 35 mm.
Autre sacerdoce nécessaire : compter
le nombre de lettres. «Elles ne doivent
pas dépasser 43 lettres par plan,
sinon il faut réduire», explique
Hassan Benjelloun. Même exigence chez
Farida Belyazid. «Pour réussir
les sous-titrages, il faut non seulement
bien traduire les répliques, mais
aussi et surtout trouver les mots les plus
courts, et ne pas laisser un vide dans l’image».
La réalisatrice de Juanita de Tanger
se réjouit également de n’être
pas obligée de réaliser les
sous-titrages en dehors des frontières
du Maroc. «Lorsque je le faisais en
Espagne, cela coûtait 10.000 à
12.000 DH pour le tirage de la première
copie, aujourd’hui, on a l’occasion
de le faire moins cher». Au Maroc,
le coût de cette opération
est estimé à 6750 DH pour
la première copie et à 2500
Dh pour les autres copies. «Le tirage
de la première copie est toujours
plus coûteux», explique pour
sa part le réalisateur Saâd
Chraïbi.
Même si cette opération est
jugée comme étant maîtrisée
au CCM, les réalisateurs auraient
aimé obtenir un plus. A savoir des
propositions de sous-titrage. «Dans
les pays étrangers, l’entreprise
soumet à la production différentes
formules de sous-titrages, ils sont aptes
à changer même le texte de
façon à obtenir un meilleur
résultat», déclare Hassan
Benjelloun. Une fois le problème
du sous-titrage réglé, le
film peut être envoyé dans
des festivals à l’international.
L’évolution de la technologie
est donc une aubaine pour les réalisateurs.
«Cela nous permet de mieux diffuser
nos films à travers le monde»,
souligne Farida Belyazid. Mais parfois certains
festivals exigent que le film soit doublé.
Aussi, pour distribuer les films dans les
pays étrangers, il est préférable
de recourir au doublage. «Je préfère
de loin le sous-titrage au doublage, mais
des fois nous sommes obligés de se
soumettre à certaines lois de la
distribution étrangère»,
ajoute la réalisatrice. Pour doubler
son film en espagnol, elle aura besoin de
plus de 25 millions de dirhams.
Cette technique nécessite beaucoup
plus de temps et de moyens que le sous-titrage.
Si ce dernier procédé nécessite
uniquement une semaine de travail, le doublage
pour sa part demande plusieurs semaines
de post-production. « Il faut d’abord
faire la copie internationale en internégatif
et payer les semaines d’enregistrement
des comédiens en plus des studios»,
déclare Farida Belyazid. Pour faciliter
le doublage, il faut en effet réaliser
une version internationale. «Cela
signifie obtenir une copie uniquement avec
les ambiances et tous les bruitages du film,
sans dialogues», explique Hassan Benjelloun.
En évoquant le sujet du doublage,
tous les professionnels dans le secteur
du cinéma ne peuvent s’empêcher
de citer quelqu’un. Son nom Brahim
Sayeh. Si le défunt Mohamed Ousfour
est considéré comme étant
le père du cinéma au Maroc.
Brahim Sayeh est vu comme étant un
monument du doublage au Maroc. Il est le
seul marocain à avoir doublé
des films hindous et français. «Il
a commencé ce métier dans
les années 60 en travaillant pour
le distributeur français André
Bensimon», déclare Abdelhamid
Marrakchi de la chambre marocaine des exploitants
des salles de cinéma.
Autre témoignage de ce distributeur:
«Brahim Saieh était un homme
cultivé, il s’intéressait
au cinéma et avait pour ambition
de créer un studio de doublage au
Maroc. Le premier film qu’il a doublé
en arabe dialectal avec des comédiens
marocains comme Hassan Joundi et Tayeb Seddiki
est “Notre mère la terre“».
Né le 30 décembre 1928, Brahim
Sayeh a contribué à la diffusion
des films hindiens dans le Royaume. «Si
les films indous ont si bien fonctionné
au Maroc, c’est en outre grâce
à cet homme qui a beaucoup de mérite»,
ajoute Abdelhamid Marrakchi. Même
son de cloche chez Kishin Chandiramani,
un distributeur indien qui officie toujours,
mais difficilement dans sa société
de distribution Amal films qu’il a
fondée avec Brahim Sayeh en 1968
et qui est située au boulevard Mohammed
V à Casablanca. «Brahim Sayeh
a doublé une centaine de films hindous,
je l’ai connu dans les années
60, nous avons crée ensemble cette
maison de distribution», a-t-il témoigné.
Il s’en rappelle comme si c’était
hier. «Il traduisait les dialogues
et réalisait les doublages»,
se souvient encore Kishin Shandiramani.Aujourdhui,
ce dernier n’a plus de nouvelles de
son son ancien associé dont le studio
de doublage se trouvait au quartier Souissi
à Rabat. Dans les années 70,
Brahim Sayeh avait, selon certains connaisseurs
cessé de faire du doublage. Ce n’était
pas rentable pour son entreprise. Il s’est
converti dans le sous-titrage. Aujourd’hui,
Brahim Sayeh vit chez son fils à
Témara. En l’absence de relève,
son initiative est restée sans suite.
Par : Qods Chabâa
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