C’est une question à 1 dh.
Alors, si je te dis que c’est le plus
beau métier du monde, tu me croirais.
Tu t’impatientes, tu veux une définition.
Sache que c’est un métier que
l’on vit en trois dimensions et contrairement
à ce que tu peux croire, la comptabilité
n’est que la partie immergée
de l’iceberg.
L’expert-comptable est le médecin
de l’entreprise et le vis-à-vis
de l’entrepreneur. Les différentes
études menées notamment en
France montrent que les entreprises accompagnées
par un expert-comptable sont plus pérennes.
Elles bénéficient du know-how
d’un professionnel confident et connaisseur
de l’entreprise et de son environnement.
Je vois que tu veux en savoir plus. Comment
j’ai choisi cette voie ?
C’etait il y a quelques printemps
de là. J’avais ton âge
et le lycée avait organisé
la journée d’orientation. Parmi
les métiers représentés,
il y avait un expert-comptable qui officiait.
Il était jeune, élégant,
avait beaucoup de charisme et avait su faire
passer l’envie d’épouser
la profession d’expert-comptable.
Sache que dans la vie, il y a des rencontres
qui sont des coups d’accélérateur
et d’autres des coups de frein. Pour
moi, cette rencontre m’a permis de
me fixer un objectif professionnel à
long terme. C’était un rêve
et c’est devenu une réalité.
J’y ai cru et je l’ai eu. C’était
dur, mais sache qu’on n’a rien
sans rien.
Si j’ai bien compris, l’orientation
peut être déterminante pour
le choix de la filière.
Deux fois plutôt qu’une. L’orientation
est capitale. Elle permet de rencontrer
des Hommes et des Femmes qui te parleront
de leur métier et de ce qui les fait
courir.
C’est aussi l’occasion de discuter
avec les responsables de la cellule orientation.
Ils te donneront les brochures des différentes
filières et les noms des sites pour
plus de détail. Il est toujours possible
de rencontrer l’équipe d’orientation.
Cela doit être possible pour tous
quel que soit son école. C’est
un virage important que tu peux difficilement
prendre tout seul.
Tu me disais… est-ce que l’expert-comptable
est un technicien au col blanc muni d’un
Bac +7? C’est une idée fausse
qui est difficile à contenir. Un
expert-comptable, c’est tout le contraire.
C’est d’abord, un homme de culture
ayant une connaissance de l’entreprise
sous toutes ces facettes : organisationnelle,
administrative, opérationnelle, juridico-fiscale
et of course comptable.
L’expert-comptable est un homme de
contacts et de communication apte à
échanger avec l’entrepreneur
et lui apporter une valeur ajoutée
reconnue. L’image caricaturale, d’un
monsieur taciturne avec des verres à
double foyer est tout sauf vraie. Comment
faire pour être expert-comptable Toutes
les routes mènent à Rome.
Mais, si tu veux prendre des raccourcis,
tu peux actuellement opter pour le diplôme
marocain après un diplôme Bac
+ 4 homologué par le ministère
de tutelle ou suivre la filière française
via l’Intec, cours en partie par correspondance
ou en passant par une école de commerce,
ou un institut universitaire de technologie
puis une maîtrise avant de passer
les épreuves finales nationales.
Le diplôme d’expert-comptable
est préparé souvent à
la suite d’une formation académique
classique (universités ou grandes
écoles).
Concrètement, quelle est la mission
d’un expert-comptable ? Imagine un
ingénieur qui crée son entreprise,
ses compétences organisationnelle,
financière et comptable sont souvent
très limitées. Et là,
l’expert-comptable est d’un
soutien pertinent pour mettre en place une
organisation efficiente et assurer la tenue
des tableaux de bord financiers et comptables.
Il est aussi un acteur incontournable pour
apporter tout conseil au créateur
d’entreprise pour l’aider à
passer de l’idée au projet
d’entreprise et à l’établissement
de son business plan, outil indispensable
pour formaliser l’acte d’entreprendre.
Après la validation de cette phase,
il intervient pour effectuer les formalités
nécessaires à la création
de l’entreprise.
L’expert-comptable est le seul habilité
à certifier les comptes. Il est,
par le biais de ce monopole, un acteur majeur
dans la chaîne de l’information
financière. Il contribue à
fournir une visibilité quant à
la qualité des documents comptables
et financiers remis à toute partie
prenante intéressée à
commencer par l’actionnaire notamment
minoritaire et les bailleurs de fonds. Je
ne comprends pas tu es expert-comptable
et tu as le monopole sur l’audit financier
? Peux tu m’éclairer ?
C’est vrai contrairement à
la France par exemple ou l’expert-comptable
a un double monopole sur son métier
de tenue et de surveillance des comptes
en sa qualité d’expert-comptable
et sur l’audit financier en sa qualité
de commissaire aux comptes. Le Maroc n’a
pas retenu cette approche. Pourquoi ? C’est
un long débat. Le plus important,
c’est d’être un «
efficacilitateur » pour plus de transparence
dans l’entreprise.
Sache aussi qu’un monopole c’est
d’abord une responsabilité
plus qu’un droit. A ce titre, je dois
être exemplaire et donner le ton.
Pour cela, je me dois pour être crédible
appliquer la loi moi-même pour la
faire appliquer par autrui. Alors, bientôt
confrère ? Tu veux savoir combien
gagne un expert-comptable ?
C’est une question très désintéressée.
Un expert-comptable est-il vrai un notable,
mais pas forcément milliardaire.
Il est riche de la reconnaissance de ses
clients et quel que soit son statut, sachant
qu’un expert-comptable est d’abord
un professionnel inscrit au tableau de l’Ordre
des Experts-Comptables, mais peut être
aussi salarié dans une entreprise
publique ou privée.
Il occupe souvent la fonction de directeur
financier ou directeur général.
Mais contrairement à l’ingénieur
qui n’est plus qu’un diplôme,
l’expert-comptable reste encore et
j’espère pour longtemps synonyme
de profession libérale.
Il est plus libre ?
Un expert-comptable t’offre c’est
vrai quelque chose que très peu de
métiers peuvent t’offrir. Etre
ton propre patron en exerçant en
profession libérale ou en association.
Je pense que la globalisation et l’accélération
des changements sur tous les volets sur
lesquels agit l’expert-comptable militent
pour l’exercice de ce beau métier
en association. N’oublie pas qu’un
expert-comptable est un expert mais surtout
un entrepreneur. Il peut à ce titre
intégrer un réseau d’entrepreneurs
tel que le CJD. Il pourra apporter sa contribution,
se former et confirmer que l’expert-comptable
est un homme de la cité ouvert sur
les autres et toujours enclin à ce
remettre en cause pour plus de compétence.
Voilà, je t’ai dit ce qui me
tient à cœur sur ce beau métier
qui est le mien.
Choisis ta voie, fais-le avec tes tripes,
sois professionnel et exemplaire. Crois
en ta bonne étoile et prends ton
destin en main.
Ton métier doit te donner du plaisir.
N’oublie pas être ou ne pas
être… expert-comptable là
est la question.
Zakaria Fahim, Expert-comptable et vice-président
du CJD
Atout Métier
vous aide à définir l'orientation
qui vous convient le mieux. Cet outil est
destiné aux étudiants, aux jeunes
diplômés, aux demandeurs d'emploi,
ainsi qu'à tout individu en poste qui
souhaite faire le point sur son projet d'évolution
professionnelle et personnelle. En
savoir plus ...
Le président de l’Ordre des
experts-comptables au Maroc, Fessal Kohen,
dresse les contours d’une profession
que l’on croit souvent exercée
par des privilégiés. Entretien.
Aujourd’hui
Le Maroc : L’on dit souvent que le
métier d’expert-comptable au
Maroc est fermé. Quel est le cursus
pour y accéder ?
Fessal Kohen : Il y a deux cursus possibles
pour être expert-comptable. Pour les
étudiants qui suivent leurs études
au Maroc, un bac + 4 est nécessaire.
Il faut une licence et une maîtrise
en sciences économiques de préférence
ou avoir un diplôme du cycle normal
des écoles comme l’ISCAE et
l’ENCG. Après un bac + 4, il
faut se présenter au concours d’accès
pour le cycle d’expertise comptable.
Une fois ce concours réussi à
l’écrit et à l’oral,
l’aspirant est expert-comptable stagiaire.
Commence pour lui une formation théorique
de trois ans avec un certificat d'étude
à réussir à la fin
de chaque année. Pour la phase pratique
de cette formation, certains optent pour
une année dans une société
et deux ans dans un cabinet d'expertise
comptable. D’autres passent les trois
ans entiers dans un cabinet d'expertise
comptable sous le contrôle d'un maître
et d'un contrôleur de stage.
Les cours théoriques sont dispensés
généralement les vendredis
et les samedis. A la fin du cursus, l’étudiant
ayant réussi ses trois certificats
d'études et à jour de ses
six rapports de stage, présente son
projet de mémoire, lequel, une fois
validé par le jury d'examen, est
réalisé en général
sur un minimum de deux ans. En tout, huit
à neuf ans sont nécessaires
après le bac pour devenir un expert-comptable.
Et-ce le même
chemin suivi par ceux qui étudient
en France, par exemple ?
Concernant le cursus français qui
intéresse également beaucoup
d’étudiants marocains, c’est,
grosso modo, le même parcours, en
termes de nombre d’années et
de matières. Par contre, en terme
de formation, les satigiaires du cursus
français sont affectés à
100% de leur temps aux travaux et missions
des cabinets au sein desquels ils travaillent.
Ils suivent toutefois des cycles semestriels
de formation.
Un membre de l’Ordre des experts comptables
français vient régulièrement
au Maroc pour leur dispenser semestriellement
des cours pendant trois à quatre
jours. Le reste du parcours est identique
à celui du cursus marocain, à
savoir réussir les certificats, élaborer
les rapports de stage semestriels, préparer
un sujet de mémoire et soutenir le
diplôme d'expertise comptable. Aujourd’hui,
quelque 600 à 800 experts comptables
stagiaires marocains poursuivent la filière
d'expertise comptable en France et seront
prêts à rentrer des la fin
de leur cursus.
Combien y a-t-il
d’experts-comptables au Maroc ?
Chaque cabinet emploie une moyenne de 10
à 15 collaborateurs de haut niveau
(bac + 4). Il y a globalement entre 4000
et 5000 personnes qui travaillent dans ces
cabinets. Durant l’année 2006,
le nombre des membres inscrits au tableau
de l’Ordre des experts-comptables
était entre 330 et 340 personnes
physiques et 90 personnes morales.
Cela ne fait pas
beaucoup pour un pays comme le Maroc ?
Il faut rapporter ce nombre par rapport
aux besoins de notre économie et
aux nombres de sociétés soumises
à l'audit légal et contractuel
ainsi que celles qui s'adressent aux experts
comptables en matière de délivrance
des attestations comportant l'émission
d'une opinion sur la régularité
et la fiabilité des comptes ou de
situations financières. L’expert-comptable
est seul habilité, conformément
à la loi 15-89 instituant l'Ordre
des experts-comptables, à réaliser
les missions de certification des comptes
et l’audit contractuel. Aujourd’hui
et après la promulgation de la loi
17-95 relative à la société
anonyme, nous estimons le nombre de sociétés
anonymes au Maroc soumises à l’obligation
de la certification des comptes à
environ 3000 entreprises. En effet, une
multitude de sociétés anonymes
de type familiale, voulant éviter
le formalisme et la sévérité
des sanctions prévues par cette nouvelle
loi se sont transformées en sociétés
à responsabilité limitée
(S.A.R.L). Par ailleurs, pour ce qui est
des sociétés cotées,
il y a à peine une soixantaine d’entreprises
en Bourse. Par rapport à l’effectif
ou à la population des experts-comptables,
nous pouvons déduire qu'une moyenne
de 8 à 10 mandats de commissariat
aux comptes est réalisée annuellement
par chaque membre de l'Ordre. Le travail
des experts-comptables en matière
de commissariat aux comptes pourrait croître
en volume lorsque le texte de loi relative
à la société à
responsabilité limitée sera
réformé en ramenant le seuil
du chiffre d’affaires sur l’obligation
de la certification des comptes de 50 millions
à 15 ou 20 millions de dirhams.
Vu ce volume d’activité,
peut-on dire que les cabinets se portent
bien ?
Nous n’avons pas d'information exhaustive
sur la situation financière de tous
les cabinets d'expertise comptables marocains.
Au niveau de l’Ordre, la seule obligation
qui incombe aujourd'hui aux membres est
de déclarer les mandats dont ils
disposent. Il faut souligner qu’une
bonne partie des cabinets travaillent dans
les domaines de l’expertise comptable,
c’est-à-dire la tenue, la surveillance
et l'assistance comptable ainsi que le conseil
juridique et fiscal, des prestations libres.
Ces prestations, qui peuvent être
réalisées par toute autre
entité non membre de l'Ordre (fiduciaires,
notaires, avocats, consultants…),
sont régies par la loi de l'offre
et de la demande mais également par
la qualité des services mesurée
directement par les clients.
La profession d’expert-comptable
au Maroc paie-t-elle bien son homme ?
Tout service est rémunéré
selon la satisfaction obtenue et les salaires
des experts-comptables stagiaires dépendent
souvent du travail réalisé
au sein du cabinet, de son expérience
et des niveaux de salaires servis sur le
marché. Les experts-comptables qui
commencent en général leur
stage dans un cabinet d'expertise comptable
sont recrutés à un salaire
moyen, variant en fonction de la structure
du cabinet et de la nature des services
rendus (expertise comptable, audit et commissariat
aux comptes ou conseils). Aujourd’hui,
un expert-comptable qui dispose de deux
à trois années d’expérience
peut atteindre facilement un salaire mensuel
de 18 000 à 20 000 dirhams. Mais
au tout début, il doit se contenter
peut-être d’un salaire mensuel
de 4000 à 5000 dirhams.