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Des métiers
et des gens : Adil El Idrissi : La voix
du chant sacré
Cela fait vingt ans que Adil El Idrissi
pratique l’art du chant andalou et
de la récitation du Coran. Ce qui
ne l’empêche pas de se faire
remarquer chaque fois qu’il est sollicité
pour animer des soirées vouées
à la variété populaire.
Parcours d’une voix au service d’un
métier : le chant sacré.
«Mon
métier, c’est Dieu qui
me l’a donné !» s’exclame,
le visage radieux, Adil El Idrissi.
Son métier, en fait, c’est
sa voix. Caractérisée
par un timbre, une tessiture et une
intensité exceptionnels, elle
a fait de Adil un interprète
renommé de chants sacrés.
Son dernier CD en date, sorti l’année
dernière, a d’ailleurs
fait le bonheur des amateurs de chant
andalou. Quant à ses prestations
lors de soirées privées,
elles confirment son statut de «
moussammii» chevronné.
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Le métier de «moussammii»,
littéralement celui qui donne à
entendre, est au cœur des traditions
islamiques. Adil, né à Fès
il y a trente et un ans, l’a abordé
à l’âge de 12 ans, en
s’imposant à la première
place d’un concours de récitation
du Coran. Cela lui vaudra, une quinzaine
d’années plus tard, de figurer
parmi les récitants les plus recherchés
de la corporation.
En attendant, Adil s’initie aux subtilités
du chant religieux. Les odes à la
gloire du Prophète n’ont bientôt
plus de secrets pour lui, d’autant
que ses interprétations sont empreintes
d’une sincère dévotion.
A 22 ans, Adil fait son entrée au
conservatoire de musique de sa ville natale,
en qualité d’enseignant. Pendant
un an, il se dévoue à des
élèves désireux de
maîtriser le «Baïtaïn»,
qui englobe les niveaux supérieurs
du chant andalou : istihlal, Hamdane et
Bassir, autant de formes rigoureusement
codifiées d’un rituel ancestral
de chant sacré.
Adil perpétue en effet cette tradition
du « Samâa », ces prestations
vocales mises au service d’une démarche
éminemment spirituelle. L’art
du moussammii consiste en effet à
juxtaposer le beau et le religieux pour
faire du chant la voie royale d’une
spiritualité où, c’est
le cas de le dire, l’esthétique
a son mot à dire… «La
voix de Adil El Idrissi, expliquent les
plus fervents de ses admirateurs, se déploie
avec légèreté dans
un espace de joie, d’amour et de compassion
qu’elle crée par la grâce
de son inspiration. Elle vient nous rappeler
que la religion relève de la capacité
des hommes à s’extasier, seuls
ou en communauté, devant la beauté.
Et que bien au-delà des messages
formulés par ces chants, c’est
l’âme et pas seulement l’ouïe
qui est sollicitée».
Adil El Idrissi renverrait donc, à
en croire ces amateurs passionnés,
à l’image d’une jarre
renfermant une eau d’une extraordinaire
pureté, invitant irrésistiblement
à venir s’y désaltérer.
Il perpétue surtout la tradition
de ces hommes dotés d’une voix
hors du commun, capables de refonder, le
temps d’une écoute, la communauté
spirituelle des croyants.
«Qui peut le plus peut le moins»,
dit le proverbe. La vocation confirmée
de Adil El Idrissi pour le chant religieux
ne l’empêche pas de s’essayer
au registre profane, avec un égal
succès. Jusqu’à ce que
lors d’une soirée de mariage,
organisée par Pinhas et dont il assurait
l’animation aux côtés
de Naïma Samih et de Abdelhadi Belkhayat,
il se fasse remarquer par son interprétation
des grands classiques du répertoire
festif populaire, notamment le folklore
algérois et l’incontournable
«Ya bent bladi». Pinhas lui-même
est conquis. Commence alors pour Adil une
carrière de chanteur-animateur de
soirées privées. Ce qui le
conduira tout naturellement à enregistrer,
en 2000 une première cassette intitulée
précisément « Ya bent
bladi».
Cette première réalisation
sera suivie, deux ans plus tard, d’une
deuxième cassette : « Skhiti
belli kane», toujours dans le registre
de la chanson populaire légère
et festive, empruntant indifféremment
aux folklores marocain et algérois.
La consécration prendra la forme
de plusieurs passages dans une émission
de variétés produite par la
deuxième chaîne nationale de
télévision.
Mais ni le succès, ni la notoriété
ne lui font oublier que sa maîtrise
doit tout à l’univers de ses
débuts. Adil ne cessera donc jamais
de pratiquer l’art du chant sacré.
La récitation du Coran figure d’ailleurs
en caractères majuscules sur sa carte
de visite, même s’il a atteint
le sommet dans son métier de chanteur
de variétés.
Dans son dernier CD, intitulé «Chams
El Aachiyya», Adil se fait donc un
point d’honneur à rendre hommage
à la tradition spécifiquement
marocaine du chant andalou consacré
par les onze «noubate» héritées
de Zyriab. Dans «Chams el Aaachiyya»,
«Ana mani fiyach», «Bouchra
lana» et «Layloun Aajib»,
Adil El Idrissi livre avec fierté
le fruit d’un parcours voué
à faire de son don une offrande généreuse
de grâce, d’inspiration et de
talent et ce, pour la plus grande gloire
de Dieu.
Assis à la terrasse d’un café
casablancais en compagnie d’un ami
et admirateur, Adil El Idrissi savoure un
moment de détente avant un rendez-vous
avec un amateur de «mouwachchahate»
qui a entendu parler de lui.
Bien sûr, il ne détesterait
pas qu’un producteur passionné
lui donne l’occasion d’affirmer
encore plus nettement sa dévotion
au chant religieux… A moins que la
télévision se décide
à faire un peu plus de place à
ce genre musical. En attendant, il s’en
remet à son destin et la magie de
sa voix, ce métier que Dieu lui a
donné.
Par : Driss Messaoudi |