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Ancien régisseur de théâtre,
Bruno Chevillard a découvert
le monde du doublage grâce
à son amie Marion Bessay,
dialoguiste elle aussi. Aujourd’hui,
il adapte aussi bien des grosses
productions (Starsky & Hutch)
que des films indépendants
(Thirteen), ainsi que des séries
télévisées
de qualité, telles que
Angels in America, diffusée
sur Canal Plus à la fin
de l’année dernière.
Il a également travaillé
sur quelques productions italiennes,
dont les deux derniers films
du très prometteur Gabriele
Muccino (Juste un baiser et
Souviens-toi de moi). Passionné
par son métier, il nous
transmet aisément son
enthousiasme en nous faisant
part de son expérience
riche et originale.
Objectif
Cinéma : Quel a été
votre parcours ?
Bruno Chevillard : C’est
loin d’être
un parcours logique ! J’ai
toujours aimé le
cinéma, c’est
sûr, et j’ai
passé un Bac A5 trois
langues : anglais, espagnol
et italien. C’était
l’époque du
renouveau du cinéma
italien, à la fin
des années 70. Ma
prof d’italien du
lycée nous emmenait
au cinéma voir ces
films. L’anglais et
l’italien étaient
deux langues qui me plaisaient
beaucoup, et qui évoquent
pour moi immédiatement
le cinéma. J’ai
donc fait un bac Littéraire
puis des études théâtrales.
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Je voulais
être régisseur
de scène, j’ai
passé et réussi
le concours pour entrer à
l’ENSATT (la fameuse école
de théâtre de la
rue Blanche, à Paris)
comme régisseur, et des
cours de comédie faisaient
partie du programme d’enseignement.
J’ai passé un BTS
de régie-administration
de théâtre, fait
des stages de régie et
d’assistanat à
la Comédie Française
dans des mises en scène
de Jean-Luc Boutté, travaillé
comme comédien pour des
petits rôles à
la Comédie Française,
puis comme régisseur
dans plusieurs petits théâtres
jusqu’en 1983-84. J’ai
été ensuite régisseur
de scène en fixe dans
un théâtre, jusqu’en
1989, où j’ai eu
envie de changer de métier
parce que la scène m’intéressait
beaucoup, mais c’était
trop de stress, et j’avais
envie d’un métier
plus solitaire, plus rassemblé
sur moi-même, et peut-être
plus intellectuel aussi, parce
que le métier de régisseur
devenait beaucoup trop technique
pour moi.
Ce qui me plaisait surtout,
c’était le contact
avec la scène, les comédiens,
les créateurs, les metteurs
en scène, les chorégraphes,
tout le côté artistique.
Mon amie d’enfance, Marion
Bessay, dialoguiste de doublage,
sachant que je voulais me réorienter
professionnellement, m’a
dit : « Viens travailler
quelques semaines avec moi,
si ça t’intéresse
et si tu es doué, tu
continueras tout seul. Si ça
ne te plaît pas, tu laisses
tomber, mais ce sera une expérience
intéressante ».
J’ai travaillé
avec Marion pendant quelques
temps sur des séries,
elle m’a appris la technique,
et son savoir-faire, et puis
je me suis lancé au bout
de quelques mois. Elle m’a
présenté à
des gens, en leur disant : «
Voilà, ce n’est
pas moi qui ai écrit
cet épisode, c’est
Bruno », c’était
Alerte à Malibu à
l’époque. Alors,
petit à petit, on m’a
fait confiance, pour des téléfilms,
et pour des séries, (mais
surtout pour des séries
au début !) jusqu’en
1994 où on a adapté
ensemble, Marion et moi, Priscilla,
folle du désert, puis
Donnie Brasco, et à partir
de là, j’ai vraiment
commencé à travailler
tout seul de mon côté.
C’est amusant, car en
préparant cet entretien,
je me suis aperçu que
tout ce que j’avais fait
avant, (c’est-à-dire
la comédie, le théâtre,
les langues, ma passion pour
le cinéma, les études
littéraires à
Censier - j’ai fait une
licence de lettres modernes
) me sert maintenant dans ce
métier, pour mes adaptations,
car lorsque j’écris
mes dialogues, je les joue dans
ma tête pour voir si c’est
« jouable », s’ils
ne sont pas trop denses, pas
trop chargés, si les
sonorités sont possibles,
etc. Tout ça m’a
préparé à
ce que je fais maintenant, mais
de façon inconsciente,
parce que je ne savais pas du
tout que j’allais faire
ce métier-là.
Je savais à peine que
ça existait. Je savais
qu’il y avait des gens
qui écrivaient des sous-titres,
et pour le doublage, j’avais
vu des reportages montrant des
comédiens enregistrant
« à la barre »,
devant la bande rythmo, mais
je ne savais pas quels étaient
les rouages et la technique
de tout ça. Les études
de théâtre aident
certainement, on acquiert un
sens du dialogue, mais il y
a différentes méthodes.
Il y a des dialoguistes qui
ne jouent pas du tout les répliques
qu’ils écrivent,
moi je les dis pour entendre
si c’est « jouable
», si ça sonne
juste et si le rythme est bon.
Objectif
Cinéma : Et aujourd’hui
vous travaillez donc en free-lance,
mais êtes-vous rattaché
à une société
en particulier ?
Bruno Chevillard : Depuis deux,
trois ans, je travaille beaucoup
pour Disney, BVI (Buena Vista).
Oui, c’est certainement
eux qui m’appellent le
plus.
Par Mélanie COCHETEUX,
suite de l'interview ...
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