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Ghislaine Gozes a débuté
il y a une quinzaine d’années,
à la SOFI, célèbre
société de doublage,
et a travaillé depuis
le plus souvent pour Dubbing
Brothers sur de nombreuses séries,
notamment Frères d’Armes,
Ma famille d’abord, ou
Smallville ainsi que des films
tels que American Beauty, Suspicion,
Haute Voltige et Freaky Friday.
Elle nous parle ici des différentes
expériences qui l’ont
conduite à devenir adaptatrice
de doublage et nous fait part
des aspects fascinants mais
aussi des contraintes de ce
métier.
Objectif
Cinéma : Quel a été
votre parcours ?
Ghislaine Gozes : Il est
complètement atypique,
je n’ai aucune formation,
j’ai eu simplement
de la chance. Je faisais
du stop un soir à
Paris et le hasard a voulu
que ce soit quelqu’un
du métier qui s’arrête.
Je cherchais du travail,
et lui, qui était
détecteur, a proposé
d’appuyer ma candidature
comme calligraphe à
la SOFI. Je m’y suis
donc présentée
mais à ce moment
là, ils n’avaient
pas besoin d’une calligraphe
supplémentaire, en
revanche il y avait une
place de dactylo, et comme
j’avais besoin de
travailler à tout
prix, j’ai accepté.
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On peut dire
que je suis entrée par
la toute petite porte. Quelques
temps plus tard, je suis devenue
secrétaire, nous convoquions
les comédiens sur les
plateaux et faisions aussi les
castings des petits rôles,
donc il a fallu que j’aille
à la rencontre des comédiens
sur les plateaux.. Cela me donnait
une bonne idée de ce
qu’est un doublage, et
aussi de l’utilité
des différents métiers
qui précédent
l’enregistrement. Je ne
pense pas qu’on puisse
faire une bonne détection
sans avoir vu un plateau, il
faut savoir concrètement
à quoi servent un changement
de plan, un off, un demi-off,
etc. Si on n’en voit pas
l’application, on ne peut
pas comprendre la façon
de le faire, et donc le faire
bien.
Après avoir été
secrétaire
je suis devenue calligraphe,
et j’en ai profité
pour parfaire mes connaissances
grammaticales, en m’astreignant
à une orthographe parfaite
et une bonne ponctuation.. J’ai
fait ce métier pendant
un an ce qui m’a permis
d’étudier et analyser
les différents dialogues
que je recopiais.. Je ne faisais
pas ça dans le but de
devenir dialoguiste puisqu’au
début je n’y pensais
même pas. Puis j’ai
eu envie d’essayer parce
que j’avais un bon niveau
d’anglais et que ça
paraissait intéressant.
J’ai donc demandé
à mon patron s’il
voulait bien me laisser essayer,
et Michel Salva, qui est un
homme formidable, a accepté
et m’en a expliqué
certaines règles, j’ai
donc bénéficié
d’une formation «
Sofi ». Mais commencer
le dialogue c’est un peu
comme avoir son permis de conduire,
c’est simplement l’autorisation
d’en apprendre les principaux
rouages pour pouvoir s’y
mettre immédiatement
en sachant qu’on est loin
d’être un expert
en la matière. Pour ça
il faudra souvent des années,
et j’en apprends encore
tous les jours, sans compter
qu’il faut constamment
se renouveler et se montrer
inventif sans s’appuyer
sur de vieux réflexes.
Un bon dialogue est un dialogue
où l’on réussit
à se surprendre en écrivant
des choses pour la première
fois.
On m’a donné ma
chance, au début j’étais
mauvaise, j’ai appris
de mes erreurs, et j’ai
progressé.. Je me souviens
d’avoir écrit ma
première bobine avec
énormément d’application
mais en ne privilégiant
que le sens du texte sans me
soucier du synchronisme ni du
rythme des phrases, ce qui a
beaucoup géné
le jeu des comédiens.
En voyant le résultat,
je me rendais bien compte que
mon texte ne correspondait pas
avec les mouvements de bouche,
mais en l’écrivant
ça ne m’avait pas
semblé aussi frappant.
Maintenant, avec l’expérience,
je sais immédiatement
ce qu’il faut écrire
pour être sûre que
ça colle au rythme de
personnages et à l’image.
Au bout de quelques temps j’ai
compris ce qu’était
le synchronisme et surtout qu’il
ne faut pas hésiter à
s’écarter du texte
pour trouver une meilleure adaptation
qui respecte davantage le sentiment
exprimé par le comédien
que les mots qu’il prononce.
Le meilleur exemple que j’ai
pour ça c’est la
phrase « I’m sorry
», qui veut dire littéralement
« je suis désolé
» et que les américains
n’utilisent pas là
où nous, nous le dirions.
Selon la situation on peut le
traduire par « je m’en
veux », ou « ça
me rend triste », «
ça m’agace »,
« ça m’énerve
», une fois j’ai
casé un « toutes
mes condoléances »,
et « j’ai pas fait
exprès » qui étaient
parfaitement de circonstances
et paraissaient naturels.
Objectif
Cinéma : Comment décririez-vous
votre métier ?
Ghislaine Gozes : Déjà
il faut savoir qu’en faisant
ce métier, on n’a
plus de vie sociale ! On sait
quand on commence mais jamais
quand on finit ! Il est courant
de se décommander parce
qu’un boulot vient de
tomber à la dernière
minute ou de raccourcir ses
vacances pour les mêmes
raisons, on y passe parfois
des nuits entières, il
est donc important d’avoir
les nerfs solides et une bonne
capacité de concentration.
| Entretien
réalisé par
Mélanie COCHETEUX,
suite de l'interview ...
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