Viviane Riberaigua, 29 ans, est une
artiste plasticienne, vidéaste,
pro de l’installation numérique,
adorant malmener les contes de fées,
les légendes et les mythologies
personnelles.
Interview d’une femme inspirée
surfant constamment entre rêve
et réalité. |
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Quel
métier rêviez vous de faire
enfant ?
Je crois que j'ai toujours su que je
serais artiste.
Lorsque j'étais enfant, à
partir de l'âge de 7, 8 ans, quand
je m'endormais, j'avais des flashs de
grosses sculptures, d'Installations,
de fragments de films, de peintures,
de dessins animés et j'imaginais
que ces images étaient les prémonitions
de ce que j'allais fabriquer plus tard.
Je me réveillais pour griffonner
sur un morceau de papier ce que je venais
de voir, j'avais du mal à les
représenter, car les images étaient
trop précises et je ne savais
pas assez bien dessiner. Du coup, je
dessinais beaucoup pour m'améliorer
et là j'imaginais que tous les
dessins que je faisais, allaient dans
un monde parallèle.
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Il
ne fallait pas que j'oublie de faire un
bras ou une jambe à tel ou tel personnage,
les conséquences auraient été
dramatiques.
J'ai toujours eu une imagination débordante,
c'est d’ailleurs pourquoi je suis
devenue artiste.
Je pensais donc que je serai tour à
tour Artiste Plasticienne, Réalisatrice
de films, Animatrice de Dessin animés.
Je me voyais aussi Ecrivain car je voulais
raconter des histoires.
Sur mes bulletins de notes, il y avait toujours
écrit : rêveuse, alors je voulais
faire : rêveuse ? comme métier.
Je n'ai jamais douté du fait que
mon imagination était une force,
mais je savais qu'il allait falloir beaucoup
de travail pour arriver à en faire
quelque chose et faire de grandes choses.
Qu'est
ce qui, dans vos études, vous
a donné les clés pour
réussir ?
J'ai tour à tour fait des études
de Graphiste Décorateur, d'Infographiste
multimédia, puis je suis rentrée
aux Beaux Art où j'ai passé
un diplôme de Design d'espace
DNAT et le DNSEP d'art plastiques. J'ai
ensuite passé un BTS Audiovisuel.
Toutes ces formations me permettent
de créer quasiment tout ce que
j'imagine.
Lorsque je réalise par exemple
un films d'animations marionnettes,
tous les corps de métiers que
j'ai appris sont utilisés. L'écriture
du scénario, Story-board, Le
Design et le décor pour la fabrication
de la maquette, et des personnages,
la lumière, la prise de son,
prise de vue, montage, les effets spéciaux
etc. Mais malgré ça, je
pense que la clef pour réussir
ne se trouve pas forcement dans les
études, il à de nombreux
autodidactes qui font des créations
surprenantes. La clef, elle est dans
la tête, elle n'existe que là.
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viviane-riberaigua.com
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Quelle
a été la rencontre déterminante
dans votre parcours professionnel ?
J’ai eu beaucoup de jolies rencontres
mais je ne sais pas si il y en a eu une
plus déterminante que les autres.
J'ai la chance d'évoluer dans un
monde, un milieu artistique. Je côtoie
des passionnés que ce soit de danse
contemporain, d'art plastique, de théâtre
ou de musique. Ce qui me fait avancer c'est
l'énergie et en cela, j'ai la chance
d'avoir fait des rencontres exceptionnelles.
L'idée de
vous lancer dans une profession artistique
vous est venue quand ?
Depuis que je suis toute petite, mais je
dois avouer avoir hésité à
me lancer sans filet dans cette vie. A la
sortie de mes études avec mon bagage,
j'avais la possibilité de travailler
dans des univers créatifs avec plus
de stabilité quand au mode de vie.
Mais je suis une aventurière et je
suis trop curieuse de cette vie. Artiste
est donc ma voie,
Quels sont les
obstacles que vous avez eu à franchir
pour vous imposer, vous faire connaître
?
Lorsque j'ai commencé dans le milieu
de l'art, je ne n'avais aucun contact.
J'ai donc mis le paquet sur mon travail
et j'ai dû apprendre à faire
des dossiers, à répondre à
des appels à candidature et bien
sûr faire des expositions et me faire
connaître.
Il y a beaucoup d'artistes qui ont des univers
incroyables. Il faut donc se concentrer
pour faire le travail le plus poétique
possible et rentrer dans la course. Mais
finalement quand on est vraiment motivé
les choses arrivent et les portes s'ouvrent.
Quelles ont été les réactions
de vos proches à l'annonce de votre
carrière artistique ?
Aucune difficulté avec mes proches
au contraire. Ce sont mes plus grands fans.
Les premières
représentations/expositions, vous
vous en souvenez ? Comment les avez vous
décrochées ?
Ma première vraie exposition, j'étais
encore étudiante, en 3ème
année aux Beaux Art et j'avais été
mise au courant d'une manifestation qui
devait se dérouler au Musée
d'Art Contemporain à Nice pour les
soirées Musicomusées
Je savais qu'ils recherchaient des artistes
qui faisaient de la musique expérimentale
et des vidéastes. A l'époque
je pratiquais les expériences sonores
mais je n'avais jamais encore réalisé
de films. Je travaillais sur le temps et
j'avais une idée d'installation vidéo
urbaine qui fonctionnerait comme une horloge,
toutes les heures une animation se déclencherait
et traiterait de la temporalité,
Chaque film durerait 2 minutes 30 et traiterait
d'un aspect différent du temps, car
l'heure qui vient de s'écouler n'est
pas la même que la précédente.
Je me suis donc présentée
aux organisateurs, avec le prétexte
de mes compétences en son, et j'ai
su les convaincre de me laisser ma chance
avec quelques rushs que j'avais filmés
en catastrophe avec le caméscope
que je venais juste de m'acheter pour l'occasion.
J'ai eu 2 mois pour apprendre à filmer,
monter et faire 4 courts métrages
car la soirée s'étalait sur
4 heures. Je fus donc la première
personne au monde à avoir projeté
un film sur les grandes tours jumelles du
MAMAC de Nice, en présence de l'architecte,
lors de cette soirée exceptionnelle.
J'ai fait l'ouverture, deux séquences
au milieu et la clôture de la soirée.
L'installation fut un réel succès.
Lors de cette manifestation, j'ai fait la
rencontre de nombreux vidéastes,
performeurs, acousticiens, danseurs, et
musiciens qui intervenaient tour à
tour durant la soirée.
Le mélange des genres était
tellement exceptionnel que j'ai décidé,
avec certain d'entre eux, de monter une
association pluridisciplinaire "Test'Art".
Et les expositions qui ont suivi furent
guidées par cette nouvelle aventure
où nous avons travaillé à
fusionner nos arts. Nous avons organisé
de nombreux spectacles mélangeant
danse contemporaine, théâtre,
artiste plasticien, acousticien, performeur,
etc. Nous avons organisé des projections
d'art vidéo, cinéma de plein
air, mis en place des expositions etc. Cette
aventure a duré 2 ans et a pris fin
avec la fin des études où
nous nous sommes séparés pour
partir au 4 coins de la France et répondre
à d'autres chalenges.
Quels ont été
les témoignages qui vous ont le plus
encouragée ?
Le public qui s'est levée et a applaudi
lors de la soirée au MAMAC à
la projection de mon film : j'étais
au milieu de la foule, personne ne savait
que c'était moi qui avait fait cette
création et j'ai dû ressentir
la même chose qu'un chanteur à
d’une sortie de scène. J'avais
travaillé comme une acharnée
sur ce projet je n'avais quasiment pas dormi,
j'ai cru que j'allais faire un malaise,
j'entendais les gens qui parlaient de mon
travail dans tous les sens. Ce jour là,
j'ai vu que mon travail pouvait toucher
les gens.
Et, j'ai su que je ne changerais pas de
voie. Ce témoignage m'a également
encouragé pour continuer le travail
de vidéaste et a certainement influencé
mon parcours.
Qu'est ce qui vous
passionne le plus dans votre profession
?
Je fais un métier où je peux
me perdre dans mes propre pensées.
Je me promène dans la ville et en
observant les reflets de l'architecture
de la ville sur les vitrine avec les mannequins
en transparence, il me semble voir des affiches
publicitaires dénonçant des
choses mais que je suis évidemment
la seule à voir, car je me suis égarée
une nouvelle fois dans un monde que je viens
de m'inventer tel Alice au royaume de Carroll
Lewis. Je prends alors mon appareil photo
et je montre à voir ces images insolites.
Je m'invente tous les jours de nouvelles
histoires, je ne maîtrise pas mon
imaginaire, il naît aux 4 coins des
situations que je vis. Je rêve les
yeux ouverts et j'ai la chance de faire
un métier où je peux communiquer
mes pensées avec différents
mediums.
Je ne suis pas limitée par la parole.
Je peux mener des combat engagée
pour faire passer mes idées, ou matérialiser
des univers oniriques.
Au lieu de parler d'images, je crée
les images, au lieu de parler de sensations,
je crée la sensation et les mondes
que j'imagine prennent forme au travers
de films d'animations, d'installations interactives,
de photographies, de sculptures, etc.
Dans cette vie, je jongle avec les 2 côtés
du miroir, un pied dans le réel,
un pied dans la réalité.
Ce qui me plait également énormément
dans cette profession, c'est les rencontres
avec d'autres artistes. Ce monde est vraiment
magique !
Ma profession , c'est l'inconnu tout le
temps. Je ne sais jamais ce qui va se passer.
Je suis passionnée par les chalenges,
j'aime travailler avec la pression, j'aime
me donner des objectifs irréalisables,
avoir au moins 4 projets en même temps
; je suis toujours dans une course.
Quels sont, selon vous, les points forts
nécessaires pour réussir dans
votre domaine ?
Ne pas se décourager aux premiers
obstacles, ni aux refus ou aux critiques
car le métier d'artiste est un métier
d'exposition. On soumet son travail au jugement
au regard de l'autre, c'est une mise à
nue. Etre passionnée et savoir communiquer
cette passion dans ses créations,
mais pas seulement , dans la vie également.
Je pense qu'il faut aussi avoir du culot
parce qu'il faut toujours provoquer les
événements, provoquer les
rencontres. Il faut également avoir
beaucoup de rigueur car dans ce monde qu'est
la création, il a des artistes formidables.
Il faut donc toujours se remettre en question
pour être à la hauteur du milieu
où on évolue, et donner tout
ce qu'on a. Et surtout écouter le
public, apprécier la manière
dont il reçoit notre travail, et
aimer cet échange.
Qu'est ce qui est
le plus contraignant dans ce métier
? Comment le gérez vous ?
La paperasse! On ne peut pas être
qu’artiste. Il faut être secrétaire,
gérer tous ce qui est transport export,
négocier avec des fournisseurs pour
faire baisser le prix des matériaux,
faire de la communication, négocier
les contrats, donc toujours être au
courant de l'actualité juridique
du monde de l'art. On a les mêmes
contraintes que n'importe quel chef d'entreprise.
On ne peut donc pas se permettre de rêver
tout le temps.
Quels sont vos
objectifs pour 2008 ?
Avoir une activité au moins aussi
riche qu'en 2007, qui fut une année
particulièrement exceptionnelle en
terme de rencontres de créations
et d'expositions. C’est assez bien
parti pour le moment , j'ai déjà
de nombreux chalenges à relever,
de nombreuses créations en préparations.
A quoi ressemblent
vos journées ?
Je me lève tous les matin à
8 heures, je bois un café, ensuite
ça dépend de mon humeur du
moment, il n'y a pas de règles.
J'ai besoin de travailler sur des projets
totalement différents dans la même
journée. Je plonge dans un travail,
et pour m'aérer la tête je
vais dans un autre. Pendant qu'un montage
de film est en train de prévisualiser,
je fais des photomontages, ou j'écris
pour mettre au clair mes idées sur
un autre projet. J’alterne ainsi toute
la journée. Par moment je m'arrête
parce que j'ai besoin de matière.
Je fabrique les objets que j'ai conceptualisés
virtuellement, ou je part avec ma caméra
filmer les scènes qui me manquent.
Combien d'heures par semaine travaillez-vous
?
Plus de 35 heures ça c'est sûr,
mais c'est difficilement quantifiable quand
on est son propre patron on a beaucoup de
mal à savoir s'arrêter.
Comment parvenez
vous à concilier vie professionnelle
et vie de famille ?
Mon ami est également plasticien
ce qui facilite grandement les choses et
je n'ai pas d'enfant. On est souvent sur
les routes soit pour l'expo de l'un soit
pour l'expo de l'autre. Quand au travail
on se comprend parce qu'on passe par les
mêmes phases où on a besoin
de s'isoler pour travailler. J’ai
la chance de pouvoir partager ma passion
et ma vie qui sont étroitement liée
avec un autre passionné.
Comment vos proches
perçoivent ils votre emploi du temps
?
J'évolue dans un milieu artistique,
la plupart mes amis sont artistes, musiciens,
intermittents, danseurs, acteurs. Ils ont
des emplois du temps également très
particuliers qui sont le plus souvent couplés
avec des activités parallèles
pour gagner leur vie. Pour les autres, il
est vrai que souvent ils ne se doutent pas
de la masse de travail que demande le métier
d'artiste plasticien et parfois ils ne comprennent
pas que je ne puisse pas sortir un soir
pour finir un travail.
Quelle est la femme célèbre
(ou pas) que vous admirez ?
Mes 2 soeurs qui sont des femmes de caractères,
bourrées d'humour et avec une vraie
philosophie de vie.
Celle qui vous
tape sur les nerfs ?
Je ne sais pas, personne en particulier.
Quelle serait votre
première mesure si vous étiez
présidente ?
Déjà d'arrêter d'essayer
de faire croire aux gens que l'ennemi, c'est
le pauvre, le faible, le miséreux.
Je mettrais donc en place les structures
de protection des minorités en urgence
; d'autant que le froid arrive. Je tenterais
d'appliquer réellement le sens des
mots "Liberté, Egalité,
fraternité". Cette question
est amusante car j'ai déjà
travaillé sur une société
utopiste où je créais des
lois, et un nouveau système de société.
Souvent ce sont les phénomènes
de société qui m'inspirent.
Quelle est votre
devise ?
La vie est un jeu.
Appartenez vous
à des réseaux/associations,
féminins ou pas ?
Je ne fais partie d'aucun réseau
exclusivement féminin même
si mon travail peut avoir un axe relativement
engagé dans ce sens, mais je me balade
dans différents collectifs et associations.
J'aime le mélange des genres, j'aime
l'énergie que peuvent produire les
êtres humains lorsqu'ils sont unis
dans la même direction.
Quels bénéfices
en retirez vous ?
Une très grande richesse, car j'adore
être surpris par les univers des autres,
j'aime l’énergie qui se communique.
Publié par Emmanuelle Gagliardi publié
dans : Artistes Le : 31-12-2007
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