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Profession,
dénicheur de talents
10es Œillades. Leçon de
cinéma, à 14 h, avec
Stéphane Foenkinos, directeur
de casting.
Parce qu'il faut bien manger, dans
une première vie, Stéphane
Foenkinos a été prof
d'anglais à Sarcelles pendant
quatre ans. C'était au siècle
dernier. Épris de théâtre,
de littérature et de cinéma,
le jeune prof gardait dans un coin
de sa tête l'idée de
travailler, un jour dans cet univers
du septième art qui le fascinait
tant.
Parce qu'il faut arrêter de
croire que les fées portent
des chapeaux pointus et ne se penchent
que sur les berceaux, Stéphane
a croisé la sienne à
l'approche de la trentaine, il y a
bientôt dix ans. Elle s'appelle
Jacques Doillon : « Une amie
commune nous a présentés.
Je voulais travailler dans le cinéma.
Doillon m'a alors dit qu'il cherchait
un assistant pour un casting. Je lui
ai répondu que je n'avais jamais
fait ça. Six mois après
je me suis rendu compte que j'étais
fait pour. C'est le métier
qui m'a choisi. »
De là à supputer que
n'importe qui peut, à la faveur
d'une rencontre bien amenée,
s'imposer dans le métier, il
y a une audace que le journaliste
s'empresse d'oser. Pas si simple quand
même. Si le costume de responsable
de distribution artistique (dénomination
française correcte) colle si
bien à la peau de Stéphane
Foenkinos, c'est parce que depuis
plus de vingt ans, ce long jeune homme
élégant ingurgite un
film par jour et des pièces
de théâtre par pelletées
: « Si on m'avait dit que ça
servirait à quelque chose ».
Il a découvert Audrey, Cécile,
Ludivine…
Il voit son métier comme celui
d'un intermédiaire. «
On nous donne le script à lire.
A nous d'imaginer quels acteurs correspondent
le mieux aux personnages. Cela nécessite
une vraie collaboration avec le réalisateur
notamment. Soit parce qu'il a une
idée très précise
de ce qu'il veut. Soit justement parce
qu'il n'en a pas ». Le «
casting director » accouche
alors d'une distribution qui ne se
borne pas au haut de l'affiche : «
Les rôles principaux sont soumis
à des impératifs commerciaux.
Il faut un ou plusieurs noms pour
monter un projet. Ensuite à
nous d'amener notre touche. Pour ma
part, je n'appartiens à aucune
famille de cinéma. Et j'adore
mélanger les genres ».
À son crédit, le casting
français du dernier James Bond
« Casino Royale », de
« Fauteuil d'orchestre »,
en course pour les oscars 2007 ou
de « Molière »,
avec Romain Duris, qui sortira au
printemps. Et la découverte
de quelques-unes des jeunes actrices
en vogue du cinéma français.
Audrey Tautou, dénichée
avant « Amélie Poulain
», Cécile de France,
repérée dans un cours
à Lyon ou Ludivine Sagnier
: « J'ai voulu la voir à
cause de sa voix. Plus jeune, elle
faisait du doublage : Nathalie Portman
dans « Léon » par
exemple. J'ai montré un essai
que j'avais filmé à
François Ozon. » Qui
l'a lancé sur grand écran.
Stéphane boucle le casting
de « Femmes de l'ombre »,
prochain film de Jean-Paul Salomé
(« Belphégor »,
« Arsène Lupin»)
sur la Résistance avec Sophie
Marceau, Laura Smet, Julie Depardieu
et Sara Forestier. Dernièrement,
il a retrouvé des cahiers,
datant de la classe de troisième,
sur lesquels il dressait déjà
des listes. À l'époque,
en lisant Balzac, il imaginait distribuer
les rôles à des acteurs
et voyait Depardieu en Père
Goriot. Mais, parce qu'il faut bien
manger, dans une première vie…
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