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Moteur fougueux,
aménagement intérieur
soigné, détails de finition
raffinés, comportement routier
équilibré. Encore une
publicité d’automobile
? Non. Plutôt un essai routier.
Soyez les bienvenus dans l’univers
des chroniqueurs automobiles !
« Que veux-tu faire dans la
vie mon garçon ? », demande
Jacques Duval, l’un des chroniqueurs
automobiles les plus connus au Québec
: « Je veux vous remplacer !
», répond le petit garçon
venu le rencontrer. Projet fort ambitieux
: Éric LeFrançois n’a
que douze ans. Quelques années
plus tard, à seize ans, Éric
publie sa première chronique
: un essai routier d’une Mazda
RX7 prêtée quelques heures
pour l’occasion par le concessionnaire
de sa région. En 1983, Jacques
Duval l’invite à travailler
avec lui. Le rêve commence à
prendre forme. Aujourd’hui,
en plus de collaborer avec Le Monde
de l’Auto et Touring, le magazine
de CAA-Québec, Éric
LeFrançois est rédacteur
en chef de L’Actualité
automobile, un journal pour les concessionnaires,
et signe depuis peu la chronique automobile
du quotidien La Presse. Dévoilement
et essai routier de la Jaguar S –
Type 2000 à Beverly Hills en
Californie, de l’Acura CL 2001
à Austin au Texas, et de la
Mercedez-Benz S500 à Viznau
en Suisse : voilà un programme
intéressant ! Invités
par les constructeurs d’automobiles
aux lancements des nouveaux modèles
souvent plusieurs mois avant leur
apparition sur le marché, les
chroniqueurs parcourent le monde à
la recherche des dernières
nouveautés. Mais attention
! Primeurs, voyages, hôtels
et limousines sont réservés
à la crème des chroniqueurs
: ceux des quotidiens et des magazines
importants. Et au Québec, pour
compter ces grands noms, les doigts
des mains suffisent.
Essayer une voiture pour brosser un
tableau de ses caractéristiques techniques,
de ses points forts et de ses points
faibles. Voilà l’un des rôles du chroniqueur
automobile. La critique doit présenter
aussi bien les qualités de la voiture
que ses imperfections. C’est par des
mesures rigoureuses que le chroniqueur
valide ses impressions de conduite.
Par exemple, la qualité des freins
de la voiture peut sembler différente
de celle d’une voiture de même catégorie
essayée quelques semaines auparavant.
Or, ce n’est qu’en mesurant les distances
de freinage que le chroniqueur pourra
les comparer et les qualifier.
Bien plus
que quatre roues
« Pour écrire un bon essai routier,
le chroniqueur doit se glisser dans
la peau du conducteur à qui s’adresse
le véhicule », explique Éric LeFrançois.
L’acheteur d’un coupé sport s’intéresse
davantage aux performances et à la
tenue de route qu’à l’espace pour
la tête et les jambes aux places arrière.
Par contre, celui d’une minifourgonnette
s’attend à ce qu’on lui parle du volume
de chargement et de la polyvalence
des sièges. Le chroniqueur doit se
demander si l’acheteur en a pour son
argent. Pour Raynald Côté, chroniqueur
automobile du quotidien Le Soleil,
« il faut se laisser imprégner par
la voiture tout en demeurant attentif
aux détails. » C’est ce qu’il appelle
« avoir le sens de la voiture. » L’essai
est-il réussi à tout coup ? « Je ne
me suis jamais gêné pour dire ce que
je pensais d’une voiture ! », rétorque
Éric LeFrançois. Parfois, ajoute-il,
« l’évaluation qu’en fait le chroniqueur
peut déplaire et entraîner des insatisfactions
chez le constructeur. » Existerait
-il une liste noire de chroniqueurs
rebelles ? Bien qu’il soit impossible
de connaître l’impact des chroniques
automobiles sur les ventes des véhicules
essayés, Greg Young, directeur
des affaires publiques de Mazda Canada,
s’intéresse quand même
au ton des articles écrits
sur les véhicules en général.
« Les chroniques sont un indicateur
de l’opinion des consommateurs,
explique-t-il. Elles mettent en valeur
des attributs positifs et d’autres
négatifs. Si tous les chroniqueurs
critiquent négativement l’un
de nos véhicules, on peut croire
que le public sera peut-être
moins disposé à l’adopter.
» Chez BMW, on confirme : «
les chroniques, lorsqu’elles
sont élogieuses, peuvent améliorer
l’image de
marque », affirme Tobias Nickel,
responsable des communications de
la firme bavaroise au Canada.
Une route
pavée d’embûches
Ne cherchez pas. Le cours «
Journalisme automobile : rudiments
du métier » n’existe
nulle part. Devenir chroniqueur automobile
n’est pas facile. Pourquoi ?
« Au Québec, avance Michel
Crépeau, éditeur d’Auto
Journal, un mensuel adressé
aux concessionnaires d’automobiles
neuves et usagées du Québec,
les médias importants sont
peu nombreux. Comme les places sont
rares, chacun défend son emploi.
Par ailleurs, les constructeurs d’automobiles
ne sont pas intéressés
à prêter une voiture
de plusieurs dizaines de milliers
de dollars à n’importe
qui.
Un lien de confiance doit d’abord
s’établir avec le chroniqueur.
Et cela demande un certain temps.
» Alors, comment devient-on
chroniqueur automobile ? Par où
commencer ? Première règle
: trouver une tribune. Un journal
de quartier, un journal étudiant,
un site Internet ou un magazine, qu’importe
! Les constructeurs d’automobiles
veulent que l’on parle d’eux,
de leurs produits. Des voitures sont
prêtées aux chroniqueurs
professionnels durant une semaine
afin qu’ils puissent les essayer.
Mais les novices n’ont pas accès
à ces voitures. « Les
journalistes qui essaient nos voitures
doivent être accrédités
par une publication reconnue »,
explique Joanne Caza responsable des
communications chez Mercedes-Benz
Canada. C’est la même
politique chez tous les constructeurs.
Alors, comment les aspirants chroniqueurs
font-ils pour écrire leurs
textes ?
Le chroniqueur choisit ses sujets
en fonction de l’actualité
automobile. Pour débuter, le
novice peut utiliser les dossiers
de presse des constructeurs. «
Obtenir ces dossiers ne nécessite
pas les mêmes habiletés
que la conduite d’une voiture
haute performance, souligne Tobias
Nickel de BMW. Nous sommes alors moins
exigeants. » Ces dossiers contiennent
des renseignements très utiles
sur les voitures : fiches techniques,
communiqués de presse et, de
plus en plus, technologie oblige,
des cédéroms à
l’intérieur desquels
des photos sont disponibles. Les sites
Internet, les responsables des relations
publiques des constructeurs, les concessionnaires,
les communiqués de presse diffusés
par des agences spécialisées
sont des références
indispensables. Deuxième règle
: travail, patience, persévérance
et chance. C’est au fil des
ans que le chroniqueur bâtit
sa réputation et établit
sa crédibilité. La notoriété
n’est pas immédiate.
« Il faut aussi une bonne plume,
très bien connaître l’industrie
automobile, chercher à innover
», insiste Éric LeFrançois.
Et, ajoute Michel Crépeau,
« ne pas avoir peur de renouveler
le genre. » Il cite en exemple
l’essai routier d’une
Jaguar présenté avec
une intrigue de roman policier comme
trame de fond.
L’écriture d’une
chronique automobile peut être
un bel exercice littéraire
où se bousculent à la
fois les images et les mots. Mais
l’un de ces chroniqueurs donnera-t-il
à son tour sa chance au jeune
passionné que je suis ? C’est
à lire !
par Jean-Pierre Bouchard |