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Tous les chemins, dit-on, mènent
à Rome. Comme Truffaut,
Rivette et bien d’autres,
Pascal Bonitzer est passé
par la critique de film avant
de changer de rive. Aujourd’hui
cinéaste, son cheminement
me semblait important au regard
de sa production actuelle, bien
éloignée du radicalisme
qui présidait aux Cahiers
du Cinéma lorsqu’il
a signé ses premiers
articles…
Objectif
Cinéma : J’aimerai
commencer cet entretien
par un retour en arrière,
au temps de cahiers du cinéma.
Pensez-vous aujourd’hui
que ce détour par
la critique a été
nécessaire ?
Pascal Bonitzer : Je voulais
faire des films depuis très
longtemps mais je suis quelqu’un
de passablement timide et
inhibé et je n’aurais
jamais pu me faire cinéaste
de but en blanc : il me
fallait absolument passer
par un certain affermissement
personnel, ce qui supposait
d’écrire. Alors
ça a commencé
par la critique…
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J’ai
eu la chance d’entrer
aux Cahiers du Cinéma
quand j’étais très
jeune, un peu par hasard il
faut bien le dire. Les Cahiers
du Cinéma ont eu une
importance considérable
: ils m’ont permis de
rencontrer de très nombreux
cinéastes qui ont senti
que j’avais envie de travailler
dans un autre domaine que la
critique et qui m’ont
fait confiance pour écrire.
Ainsi, après avoir été
critique, j’ai été
longtemps scénariste.
Il a fallu du temps pour que
j’arrive à m’approprier
ce moyen d’expression
qui, à l’origine,
ne me convenait pas ; et puis,
un beau jour, je me suis lancé
dans mes propres films grâce
à un producteur qui a
proposé de me soutenir
si je lui présentais
quelques pages d’un projet
de scénario qui puisse
l’intéresser. C’est
comme ça que j’ai
fini, un peu tard, par me lancer
dans la réalisation.
Objectif
Cinéma : Toute une génération
de cinéastes est passée
par l’exercice de la critique
avant de se lancer dans la réalisation.
François Truffaut n’est
pas l’exemple le moins
célèbre. Écrire
sur le cinéma est-il
un moyen de le découvrir
?
Pascal Bonitzer : Pour les gens
de la Nouvelle Vague, la découverte
du cinéma, ça
a été surtout
la cinémathèque.
Et le moyen d’entrer dans
la pratique du cinéma
a été de passer
par une conquête du cinéma
par la critique. On sait que
les critiques de Truffaut étaient
non seulement très puissantes,
mais très polémiques,
très « démolisseuse
» du cinéma dominant
de l’époque. On
se rappelle de son article «
Une certaine tendance du cinéma
français » qui
était en fait une tentative
de démolition des valeurs
du cinéma dominant ;
c’est par ce biais qu’ils
ont pu faire des films, mais
également à la
transformation des conditions
techniques (plus grande légèreté
dans le maniement des caméras
etc.) qui leur a permis de sortir
des studios et d’échapper
à la filière traditionnelle.
C’était une petite
révolution comparable
à ce qui a pu exister
dans la peinture quand les impressionnistes
ont quitté les ateliers
pour mettre leurs chevalets
en pleine nature… Certes,
la Nouvelle Vague avait été
précédée
par le néoréalisme
; mais c’était
quand même une petite
révolution.
Évidemment, j’interviens
largement après ça,
ce qui rend les comparaisons
difficiles. Je suis arrivé
à une époque extrêmement
théoricienne où
le monde de l’intellectualité
française était
bousculé par de grands
penseurs. Ce n’était
pas une période très
fertile pour l’art, mais
c’était une très
grande période pour la
pensée. Ca m’a
plutôt, dans un premier
temps, éloigné
de la pratique. Mais ce détour
était sans doute nécessaire
et certainement salutaire.
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