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Crédit photo : Rémy Galbada ©

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  Interview d'une Photographe de presse

Interview d'une Photographe de presse vu par France2


Entretien avec Diane Richard, Photographe de presse


"Femme reporter d'images "


Photographe de presse « free lance » dès 1978, Diane Richard débute sa carrière à Nice Matin et réalise des sujets pour l'A.F.P. (Agence France Presse), l'A..P. (Associated Press) et Sygma Presse. A l'école de la débrouille et du voyage, elle rapporte des images sur la sécheresse dans le Nordeste du Brésil, la prostitution à Istanbul, l'invasion russe en Afghanistan,... dans lesquelles elle investit toute sa sensibilité jusqu'à devenir un véritable « buvard d'émotions ».


Vous avez réalisé différents reportages en tant que photographe indépendante, comment sélectionniez-vous vos sujets ?

A cette époque, j'avais du temps et je restais jusqu'à 6 ou 8 mois dans un pays pour vivre avec la population. Je marchais des jours et des nuits entières. Dès que je découvrais quelque chose d'intéressant, un peu décalé par rapport à mes confrères, je le réalisais.

Quels sujets avez-vous couverts ?

Entre autres, le trafic de drogue dans la zone tribale, sans police, entre le Pakistan et l'Afghanistan, le lieu de tous les trafics imaginables : drogue, armes, alcool, femmes, etc. Puis j'ai photographié la prostitution à Istanbul, déguisée en homme car l'accès aux femmes était interdit. Ensuite je suis partie, sans contact sur place, en Afghanistan lors de l'invasion russe. J'y suis restée deux ans, effectuant plusieurs voyages pour rapporter des sujets magazines comme le travail des résistants afghans à l'intérieur d'une mine de rubis, une véritable manne financière pour l'achat d'armes qui permettaient de combattre les Russes.

Pourquoi avoir choisi des reportages aussi risqués ?


Ce métier était un alibi pour aller à la rencontre des gens, ceux qui, tout à coup, suscitent votre intérêt : que ce soit un balayeur en bas de chez soi, un résistant ou un directeur de banque. Je recherche ceux qui sont porteur d'une chaleur, d'une histoire intéressante même si, d'un premier abord, ils sont plutôt rares à trouver. Les situations extrêmes suscitent parfois des rapports humains qui peuvent se révéler beaucoup plus forts...

... et nécessitent plus de courage, surtout de la part d'une femme ?

Je l'ai longtemps cru mais aujourd'hui, je suis persuadée que le courage ne se situe pas là du tout. Il se trouve plutôt chez les personnes qui affrontent un quotidien peu attrayant avec toutes ses responsabilités.

De photographe de presse, vous êtes aujourd'hui journaliste-reporter d'images depuis 1988, deux métiers très similaires ?

A première vue, oui mais ils sont complètement différents, même si les notions de lumière, de diaphragme, d'objectif et de cadre restent les mêmes. Un photographe derrière une caméra a tendance à oublier le mouvement, le montage et son rythme, etc. et à tourner trop court...

Qu'est-ce-qui vous gêne le plus dans ce métier de l'image ?

L'esthétisme à tout prix. Selon la manière de filmer ou de photographier, la scène peut paraître très belle mais j'ai de plus en plus de difficulté à le supporter. Le public est peut être plus sensibilisé par une belle image mais si vous regardez l'affiche publicitaire d'un enfant qui meurt de faim au Sahel, elle ressemble plus à une sculpture de Giacometti. La scène devient alors belle mais n'est pas représentative de la réalité. Je crois qu'il faut savoir faire une image esthétique uniquement si le contexte s'y prête et une image plus vraie, plus authentique dans d'autres cas. Je me souviens d'un reportage dans un hôpital et d'un plan fixe sur une vieille dame alitée. L'infirmière est entrée dans le champ de la caméra et a embrassé la malade qui, tout de suite après son départ, a couvert son visage avec ses mains, touchée par cette marque d'affection. Elle était au bord des larmes. Cette même image, mal cadrée, bougée, tremblotante, révélait la vérité de la scène. Avec un premier plan ou une contre-plongée, cette même image, trop travaillée, perdait une part de sa vérité. Mais le public attache toujours plus d'importance à la forme et néglige le fond des êtres et des situations. Il a trop besoin, pour être touché, d'un emballage esthétiquement correct et se moque peut-être d'une réalité de 300 morts. Si l'image est trop crue, pas trés bien présentée, le public reste insensible. J'ai parfois l'impression que notre métier n'est fait que de cela : vouloir enrober les choses pour mieux toucher le public et je me demande si c'est bien utile et pourquoi un tel besoin.

Le journaliste reporter d'images est auteur à part entière dans la réalisation d'un reportage ?


Oui, avec une énorme responsabilité : celle de transmettre ce qu'il a vu ou ressenti. Il doit tout voir, choisir l'image et donner une vision, la plus juste possible, la plus proche de la réalité. L'image parle d'elle-même mais la personne derrière l' objectif peut ajouter de l'esthétisme là où il n'y en a pas, transformer la plus belle fille du monde sans nécessairement truquer l'image mais simplement en changeant l'angle de la prise de vue ou la lumière... Le J.R.I. ne doit pas chercher à tout prix à prouver qu'il est bon mais chercher à filmer la réalité avec humilité.

Chaque reportage est un véritable investissement personnel ?

Il exige un don de soi, une réelle honnêteté à défaut d'une totale objectivité ; avant tout par respect pour ceux qui nous accordent leur confiance, une responsabilité parfois lourde à porter.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir être derrière la caméra, quelle place leur est accordée ?

Une femme derrière une caméra, c'est toujours suspect... Et forcément moins performante qu'un homme ! Même si la tendance est au changement, il faudra des générations de femmes pour faire mieux ou, en tout cas, aussi bien que les hommes. Le problème existait déjà pour les femmes pilotes de ligne et d'autres professions à caractère essentiellement masculin.

Quelle est, selon vous, la meilleure école pour apprendre ce métier ?

L'école de la vie, celle où l'on apprend à ouvrir ses yeux, à aiguiser son regard, sa sensibilité, à s'intéresser aux choses, aux gens, à la lumière, à un instant qui passe... Avec, parfois, la sensation d'être un véritable buvard d'émotions...

Propos recueillis par Véronique Hamel pour France2


Fiche métier du Photographe



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