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Madame la capitaine"
tient bon la barre
Alice Baboulène, 24 ans, dirige
le bateau le Divona, depuis un an. Les
femmes capitaines sont peu nombreuses.
Elle est la seule à exercer dans
le Lot.
Les parents d'Alice s'occupent de la location
de bateaux. Alors, la navigation, elle
connaît. C'est une affaire de famille.
Elle ne pouvait pas y échapper.
Pourtant, elle a commencé en étant
accompagnatrice et interpréte anglais-français
sur le Divona. La barre, elle y pensait,
mais elle n'osait pas pénétrer
dans ce milieu d'hommes. Il a fallu un
déclic pour la pousser à
prendre les commandes. Un incident pour
le moins malchanceux, survenu à
un capitaine peu convaincant, l'a décidé
à franchir le pas. Autour d'elle,
tout le monde savait qu'elle finirait
par prendre la barre.
Comme Alice s'en doutait, les à
priori ont été nombreux
à ses débuts. « Au
départ, je ne voulais pas. Mais,
ça a été plus fort
que moi. Il y a toujours des gens qui
prennent mal la chose. Il faut avoir beaucoup
de caractère pour répondre
à tous les jacassements qu'il y
a autour, surtout quand on est une jeune
femme. Et encore, j'ai de la chance. A
Cahors, ce n'est pas tout à fait
le monde de la batellerie. »
Même les passagers sont surpris
de voir ce petit bout de femme derrière
les machines. Mais, les réflexions
se tassent tout le long de la promenade
et les passagers sortent ravis de leur
croisière. Le point d'orgue de
son métier, c'est la convivialité.
D'ailleurs, Alice sait parfaitement en
jouer. « J'essaie de détendre
les gens. On fait souvent le coup de la
panne ou on s'amuse lors du passage des
écluses. On sait que les gens appréhendent
toujours ce passage-là. Lorsque
les passagers ont compris que l'on maîtrise
très bien le bateau, cela se passe
très bien. »
COURAGE ET RESISTANCE
Alice n'hésite pas quant à
ses balades de prédilections. Les
parcours sont différents, mais
c'est la promenade vers Bouziès,
qui remporte la palme. Cependant, elle
reste polyvalente puisque elle mène
la promenade par la barre ou par la voix
lors des visites. Pour l'instant, elle
est simplement saisonnière mais
naviguer à plein temps ne lui déplairait
pas.
Jean-Jacques Moulinié, capitaine
sur le même bateau, ne cache pas
son admiration. « C'est un métier
difficile pour une jeune femme. Il nécessite
courage et force pour l'ouverture des
écluses et la tenue de la barre.
Alice a vraiment du mérite ».
Cet ancien restaurateur girondin de 54
ans, s'y connaît en matière
de bateau. C'est à l'âge
de 14 ans que le virus de la navigation
l'a rattrapé. Depuis, il ne l'a
plus quitté. « La navigation
sur rivière est différente
de celle pratiquée en mer. La rivière
nécessite plus de vigilance; c'est
un endroit difficile. Il faut prévoir
où les autres bateaux vont aller,
parce que le lit est étroit. Mais,
j'aurais dû y penser plus tôt.
C'est un métier très plaisant.
J'aime bien taquiner les gens, leur faire
croire que le bateau a ceci ou cela, créer
des remous dans les écluses pour
que l'eau monte plus vite... ».
« Le contact avec les clients est
très important, poursuit-il. Il
y a des jours où ils sont de mauvais
poil et on a envie d'être désagréable.
Mais, il vaut mieux rester convivial.
c'est beaucoup plus agréable, même
entre les membres de l'équipage.
»
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