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De Kersauzon :
« Aller au risque, c'est la gloire
de l'homme »
L'invité du dimanche. Il publie
un livre, «Ocean's songs».
Pour ce coursier des mers l'homme libre
part pour apprendre et revient pour rendre
compte. Rencontre avec le naviguateur
Olivier de Kersauson.
LA DÉPÊCHE
DU DIMANCHE : Océan's songs. La
mer chante ?
Olivier de KERSAUSON : Sans arrêt
et la bande son qu'elle diffuse est capitale
pour le marin. Lorsqu'il fait nuit, il
n'a pas d'autre point de repère
que sa chanson. Le son de chaque instrument
compte, celui du vent, des vagues, leur
sifflement déchirant contre la
coque.
DDD : Cette mer
dont vous parlez si bien vous fascine
?
O. de K. : La mer est un univers. Si on
l'observe, elle prévient de tout.
Un coup de vent a toujours un signe annonciateur.
Il y a une lecture de l'océan et
du monde maritime que des années
d'observation donnent et développent.
Un équateur en Pacifique n'a rien
à voir avec un équateur
en Atlantique. Les bleus ne sont pas les
mêmes, les systèmes éoliens
ne circulent pas de la même façon.
Jusqu'à 1900, il fallait écouter
et regarder la mer pour comprendre. Depuis,
les marins ne fonctionnent qu'avec les
instruments de navigation, et les pêcheurs
ont des sondeurs : plus personne ne regarde
la mer.
DDD : Dans votre
voix il y a de la nostalgie ?
O. de K. : Non. En 40 ans, mon métier
a beaucoup changé mais il est toujours
délicieux. Je me suis autant régalé
quand j'étais équipier sur
Pen Duick que quand j'étais patron
de Géronimo et qu'on battait le
record de l'Australie. J'ai la chance
d'avoir fait de la compétition
acharnée dans un décor magnifique.
Je me souviens de mes acharnements, mais
aussi du reste du décor. Mais sans
nostalgie.
DDD : Vous évoquez
Tabarly, Moitessier, Colas, vos frères
de mer ?
O. de K. : De grands disparus avec qui
j'étais dans la baie de Cook en
1969. Tabarly, un très grand marin
comme il n'y en a qu'un par siècle.
Le temps a passé. Je suis le seul
survivant de ce groupe qui a adoré
la mer, qui a vécu dans le haut
niveau. Avec eux j'ai partagé des
courses forcenées à travers
le monde, de vraies joies, des violences
et des sauvageries maritimes. Quand je
parle de solitude, c'est de cette solitude-là.
Le moment est venu pour moi de vivre au
milieu de la mer. On ne peut pas être
plus au milieu de la mer qu'en Polynésie.
Je m'y suis installé, ce qui ne
m'empêche pas d'aller et venir.
DDD : Dans votre
livre, vous évoquez La Pérouse...
O de K. : Sans Cook et La Pérouse,
nous n'aurions pas pu naviguer comme nous
le faisons. Ils ont achevé la cartographie
du monde. La Pérouse est un modèle
de témérité et d'exigence
maritimes. J'ai navigué dans les
mers où il est passé avec
des bateaux au potentiel dix fois supérieurs
aux siens. J'ai pu me faire une idée
de ce qu'il a fait. Admirable. La gloire
de l'homme est d'aller au risque.
DDD : Vous n'arrêtez
jamais, même le dimanche ?
O. de K. : Le dimanche n'existe pas. En
mer, c'est un jour comme un autre et quand
je suis en Polynésie, il est lundi
quand vous en êtes encore au dimanche!
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