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Ellen MacArthur
: « Je vis une histoire passionnante
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INTERVIEW - La navigatrice anglaise raconte
son amour de la mer dans son autobiographie
On se souvient d'elle comme de ce petit
bout de femme aux cheveux courts, un air
de garçon manqué en plus,
assailli par le public et les caméras
à son arrivée aux Sables-d'Olonnes
un soir de février 2001. A tout
juste 24 ans, à la barre de son
monocoque Kingfisher, Ellen MacArthur
venait de franchir la ligne d'arrivée
du Vendée Globe, la mythique course
autour du monde en solitaire sans escale,
après 94 jours d'épreuves.
24 heures à peine la séparaient
alors du vainqueur, Michel Desjoyaux.
Ce jour là, la jeune navigatrice
s'est définitivement fait un nom
dans le monde de la voile.
Dans le livre qu'elle vient de publier,
« Du Vent dans les rêves »,
elle raconte ses courses mais aussi son
enfance, sa première « crise
» pour monter dans le bateau de
sa tante et ses premières sorties
sur le voilier acheté après
des années d'économie sur
ses repas de cantine. Déjà
attachante, la jeune femme devient touchante,
comme la petite fille du Derbyshire de
son livre.
Pourquoi avez-vous
choisi de raconter votre histoire maintenant
alors que votre vie de navigatrice ne
fait que commencer? L'avez-vous fait par
besoin d'argent ou par envie d'écrire?
Ellen MacArthur: Si ça avait été
un besoin d'argent, je ne l'aurais pas
écrit moi même! (rires)...
Très jeune, j'ai eu plaisir à
écrire et j'avais envie de continuer.
Avant le Vendée Globe, j'avais
décidé de faire ce livre
parce que je trouve qu'on oublie beaucoup
de choses. Lorsque j'ai relu mes premières
notes de voyage, mes livres de bord, j'ai
réalisé tout ça.
Mais c'était un sacré challenge
de passer d'un métier à
un autre.
Diriez-vous que
l'exercice était aussi difficile
qu'une course?
Ce n'est pas le même « deal
». La grosse différence c'est
que, dans une course, on ne peut jamais
décider du moment où on
va s'arrêter pour aller dormir.
Mais, sur la fin, c'était un peu
le même style de challenge: pendant
les six dernières semaines d'écriture,
je me levais à 7 heures et je travaillais
jusqu'à 23 heures. Au départ,
je devais écrire 8.000 mots, j'en
ai rendu 24.000 et j'ai pris un an de
plus que prévu!
Aujourd'hui, à 26 ans, considérez-vous
que vous exercez un métier ou que
vous réalisez votre rêve?
Pour moi c'est la même chose. J'ai
choisi d'être navigatrice et j'ai
la chance de faire ce que j'aime. Dans
quelques jours, je pars courir la Route
du Rhum. Puis ce sera le Trophée
Jules-Verne, le tour du monde en équipage,
sans escale. Je vis une histoire passionnante.
Les références
au fait que vous soyez une femme dans
un univers d'hommes vous flattent ou,
au contraire, vous agacent?
Je fais mon métier, ça ne
change rien du tout pour moi d'être
une femme. C'est un choix. A bord, je
ne vois pas ma vie d'un point de vue féminin
mais plutôt d'un côté
humain. C'est vrai qu'il y a peu de femmes,
mais j'ai toujours navigué avec
des hommes. On sait bien que les femmes
sont moins fortes sur les bateaux mais,
une fois qu'on y est, on ne parle pas
de ça. On est là pour faire
de la voile.
Peut-on vous
définir comme une solitaire?
J'aime bien être toute seule mais
j'apprécie aussi avoir du monde
autour. Ma vie est faite de ce contraste
qu'il faut gérer. Un jour, vous
êtes tout seul au milieu de l'océan,
le lendemain des milliers de personnes
vous attendent. Tout ça, on le
sait, donc on s'y prépare même
s'il faut d'abord franchir la ligne d'arrivée.
Tant qu'on ne l'a pas fait, rien n'est
terminé. Après, c'est la
fin d'une belle histoire...
Vous arrive-t-il
d'avoir peur? A quel genre de rituel vous
livrez-vous pour l'évacuer?
Avant chaque course, il est très
important de bien se préparer,
de prendre soin de soi. On n'a pas vraiment
peur, c'est plutôt de la nervosité.
Bien sûr, il y a quelques rituels
comme faire un cadeau à Neptune
chaque fois qu'on franchit l'Equateur.
La dernière fois, je lui ai jeté
mon dernier paquet de biscuits... celui
que j'aimais le plus! (rires).
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