Michel
Olagnon, Spécialiste des vagues scélérates
au département Essais & recherches
technologiques de l’Ifremer
Quelle
est la probabilité pour un marin
au long cours de rencontrer une vague scélérate
?
Selon l’un de mes calculs, entre un
marin sur cinquante et un sur cent devrait
être confronté une fois dans
sa carrière à une vague scélérate.
Pour 20 ans passés en mer, on rencontre
environ 100 millions de vagues. La vague
maximale doit être de l’ordre
de trois fois celles qui prévalent
à ce moment-là.
Heureusement pour les navigateurs, les vagues
d’un mètre sont plus fréquentes
que celles de six. Une vague de trois passe
alors inaperçue. Ce n’est pas
le cas pour une de dix-huit mètres,
par six de creux. |
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Existe-il des zones
maritimes plus « scélérates
» que d’autres ?
Au regard de la carte des accidents de mer liés
aux vagues, on distingue des zones particulièrement
denses. Dans le courant des Aiguilles ou le
Kuroshio par exemple, cela s’explique
par des phénomènes de vagues contre
courant. Ailleurs, comme le long de la ligne
de sonde des cent brasses (l’isobathe
180 mètres), il s’agit de la rencontre
de lames très longues avec le talus continental.
Est-ce alors la vague
qui est scélérate ou le marin
trop confiant ?
Depuis la mise en place d’un système
d’alerte par la météo sud-africaine,
les accidents ont pratiquement disparu dans
la zone du courant des Aiguilles.
Pour les zones restantes, la carte coïncide
presque parfaitement avec celle de la densité
du trafic maritime. De là à penser
que si l’on n’observe pas de vagues
scélérates, c’est seulement
parce qu’il n’y a personne pour
les voir…
Quelles précautions
peut on conseiller à un marin face à
certaines conditions de mer ?
Le principal danger réside moins dans
la sévérité d’une
vague scélérate que dans le fait
de ne pas s’attendre à la rencontrer
ici et maintenant. Et certains facteurs d’alerte
doivent stimuler la vigilance, même s’ils
ne sont pratiquement jamais tous réunis
:
. lors d’une météo complexe,
un deuxième front froid arrive avant
que la mer, levée par une première
perturbation, ne se soit calmée ;
. une perturbation se déplace à
la même vitesse et dans la même
direction que le coeur du système de
vagues qu’elle génère ;
. une mer paraît plus « maniable
» que la force du vent pendant les dernières
heures ne l’aurait laissé présager
;
. la fin de la croissance de l’état
de mer, qui semble amorcer un « plateau
» ;
. et enfin, l’approche du front froid
de la perturbation.
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