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Le Docteur
Nguyên Lân Cuong, archéologue
et fier de l'être
Biologiste de formation, le Docteur Nguyên
Lân Cuong se consacre depuis 44 ans
à l'archéologie. Il a étudié
à ce jour quelque 800 ossements et
signé nombre d'articles parus dans
des magazines internationaux.
"Je suis expert dans la datation des
hommes préhistoriques. Lorsqu'une
tombe antique est découverte, je
me rends immédiatement sur les lieux".
C'est ainsi que se présente l'anthropologue
Nguyên Lân Cuong, 69 ans, dont
la carte de visite est illustrée
d'une image quelque peu singulière
pour ce genre de document : un crâne.
Nguyên Lân Cuong est diplômé
de la Faculté de biologie de l'Université
de Hanoi. Son travail de fin d'études
porte sur la méthode d'élevage
des poissons mè (hypophthalmichtys).
En 1964, l'Institut d'archéologie
recrute le jeune scientifique qui connaît
bien les vertébrés pour mener
des études sur les ossements d'hommes
préhistoriques.
Ses débuts dans le métier
d'archéologue sont très difficiles.
"J'ai dû m'instruire par moi-même,
approfondir une science qui m'était
jusque là étrangère",
confie le chercheur. Ce n'est pas tout,
le jeune archéologue a dû faire
fi des nombreuses paroles déroutantes
qui lui ont été adressées.
"Plusieurs personnes, dont ma mère,
me disaient qu'il s'agissait d'un travail
immoral, car on profane les tombes des gens
qui reposent en paix", se souvient-il.
De plus, les outils de travail à
l'époque se faisaient rares. "Il
m'a fallu fabriquer des couteaux à
partir des rayons d'une roue de bicyclette
ou des brosses, faites d'éponges
minces". Malgré tout, Nguyên
Lân Cuong avance grâce à
sa passion pour l'histoire.
En 1980, Nguyên Lân Cuong est
le premier Vietnamien à être
sélectionné pour suivre des
études sur la restauration des crânes
en Allemagne. Huit ans après, il
poursuit ses études anthropologiques
en Russie.
Momies de bonzes
Son bureau, situé dans l'enceinte
de l'Institut national d'archéologie
de Hanoi, abrite une centaine de crânes
et d'ossements. "Je suis habitué
à cohabiter avec les ossements, je
n'en ai pas peur du tout", déclare-t-il.
Jusqu'à présent, l'anthropologue
Nguyên Lân Cuong a étudié
plus de 800 ossements.
Avant chaque fouille, le chercheur brûle
toujours des baguettes d'encens et célèbre
un office, "conformément aux
coutumes des Vietnamiens", dit-il.
"Ce pour exprimer mon respect vis-à-vis
des morts et pour apporter de la sérénité
à mon âme", explique-t-il.
Et d'ajouter : "Je crois ainsi que
personne ne me reproche ce que je fais".
Le plus grand bonheur pour cet anthropologue
est de découvrir des tombes antiques
intactes qui présentent des valeurs
historiques significatives. "Quand
je trouve des ossements anciens, c'est comme
si l'on m'offrait un cadeau", raconte-t-il.
Et de préciser : "Nous devons
beaucoup à nos ancêtres. Si
nous trouvons les traces des gens d'autrefois,
mais que nous n'étudions pas soigneusement
leurs valeurs historiques, nous commettrons
une faute impardonnable".
Nguyên Lân Cuong est l'auteur
de nombreuses études archéologiques
dont Caractères anthropologiques
de la population de la culture dôngsonienne
au Vietnam, Groupes anthropologiques au
Vietnam et origine des Vietnamiens, Études
des squelettes sur les sites archéologiques
et dans les laboratoires... En décembre
dernier, il a rendu public son ouvrage intitulé
Les secrets qui se cachent derrière
les momies des bonzes, publié par
la maison d'édition Thê gioi
(Monde). Dans ce livre de 200 pages, illustré
de 250 photos, l'auteur raconte des histoires,
des expériences et des anecdotes
de ses dizaines d'années d'études
et de restauration des momies de 4 bonzes
: Vu Khac Minh et Vu Khac Truong de la pagode
Dâu (situé au district de Thuong
Tin, Hanoi), Chuyêt Chuyêt de
la pagode Phat Tich et Nhu Tri de la pagode
Tiêu Son (province de Bac Ninh, Nord).
Les momies de bonzes sont "uniques
au monde, existant seulement au Vietnam
et en Chine où a été
découverte la momie d'un bonze dans
la province du Guangdong", indique
l'anthropologue Nguyên Lân Cuong.
D'après lui, les bonzes ont quitté
ce monde en position de méditation.
Leurs disciples ont procédé
à la conservation du corps de leur
maître à l'aide d'un mélange
de terre meuble de termitière, de
sciure de bois, de pâte de papier
do (rhamnoneuron) et de sève laiteuse
de l'arbre à laque (rhus succedca).
La mixture était appliquée
sur le corps du bonze pour en faire une
couche épaisse destinée à
conserver le corps du maître défunt.
Nguyên Lân Cuong a découvert
que la technique de confection de ce fameux
mélange était identique à
celle de fabrication des sentences parallèles
et panneaux horizontaux ornés d'idéogrammes
qui décorent les temples, pagodes
et maisons communales. Grâce à
la découverte de cette recette, il
a dirigé les travaux de restauration
de ces précieuses momies.
Au cours de ces travaux, l'expert a pris
des milliers de photos de chaque momie et
tourné une dizaine de vidéocassettes.
Ces documents, confiés au Département
d'héritages culturels, serviront
de fondements importants pour la future
restauration des momies des bonzes mises
à jour prochainement.
Issu d'une famille intellectuelle célèbre
du pays, l'archéologue Nguyên
Lân Cuong se double d'un professeur,
d'un fan du ballon rond et surtout d'un
compositeur. Il est membre de l'Association
nationale des musiciens. L'an passé,
sa chanson Vietnam victorieux a été
entonnée par des millions de Vietnamiens
après la victoire de l'équipe
vietnamienne qui s'est hissée pour
la première fois au sommet de l'Asie
du Sud-Est.
Thuân Thiên/CVN
Fiche métier
de l' Archéologue
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