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Au pays des cochons
en terre cuite
Des artisans d'un village méridional
font fortune grâce à des cochons-tirelires.
Gardiens d'un métier séculaire,
ces producteurs ont su passer les moments
difficiles pour faire renaître leur
métier traditionnel et même
exporter leurs produits en terre cuite dans
les pays voisins. Histoire d'un courage
et d'une persévérance digne
d'un cochon.
| Le village
des cochons en terre cuite. Sous ce
sobriquet se cache le village de Binh
Thuân, commune de Thuân
Giao, district de Thuân An, province
de Binh Duong, Sud), qui s'est spécialisé
dans la production de cochons-tirelires.
Cela fait désormais une dizaine
d'années qu'ils ne vivent que
pour le cochon. Sauf qu'ici, l'animal
est des plus pittoresques, avec sa petite
fente sur le dos. |
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Sous la pression des investisseurs
qui achètent des terres pour construire
des zones industrielles dans cette région
à proximité de Hô Chi
Minh-Ville, les paysans sont petit à
petit privés de leurs travaux agricoles.
Leurs enfants sont recrutés dans
ces zones industrielles et les "personnes
âgées" sont reconverties
en artisans de la tirelire. Leur région,
riche d'un argile favorable à la
céramique, a donné naissance
à ce métier il y a déjà
2 siècles. La famille de Nguyên
Thi Nghiêm fait partie de ces foyers
artisans qui pratiquent le métier
traditionnel. Faute de fonds, ils étaient
aux gages des patrons de fours. Eux se concentraient
à l'achat d'argile, à modeler
les cochons puis à les fournir aux
patrons de fours. Ensuite, ils rachetaient
leurs tirelires en terre cuite pour les
peindre avant de les revendre aux commerçants.
"Un travail pénible qui ne donnait
qu'un revenu modeste de quelques centaines
de milliers de dôngs, pas suffisants
pour les besoins de la famille", se
souvient l'artisane.Nguyên Thi Nghiêm
et sa famille, comme tant d'autres, ont
ensuite connu un véritable coup de
massue : l'arrivée du plastique.
Leurs produits étaient concurrencés
par des tirelires en plastique importées
de Chine. Triste concurrence qui poussent
plusieurs producteurs à la faillite
et à l'abandon du métier.La
patronne de famille ne baisse pourtant pas
les bras, déterminée à
préserver cet artisanat. "Nous
possédons une façon spéciale
de cuire. Les cochons-tirelires de notre
région sont ainsi très solides,
se cassant rarement. Nous avons également
des expériences dans le mélange
des couleurs et la peinture. Nos produits
ont de belles couleurs vivantes, qui ne
sont jamais imitées par d'autres
producteurs ", explique l'artisane,
ne cachant pas sa fierté. "Un
cochon-tirelire peut être à
la fois une tirelire et un objet de décoration",
ajoute-t-elle.
Rénover
leur métier artisanal
Mais pour survivre, il faut savoir s'adapter.
Cela, les artisans l'ont compris avant qu'il
ne soit trop tard. Réunis dans un
club de producteurs, ils s'entraident, recherchent
des débouchés. Ils ont reçu
l'aide des autorités locales et de
la Banque des politiques sociales qui a
prêté à chaque membre
un crédit de 10 à 20 millions
de dôngs. Tant d'efforts pour transporter
les produits, les présenter aux commerçants
et consommateurs à travers le pays.
En parallèle, ils créent de
nouveaux modèles, s'adaptent aux
goûts des clients. Du cochon, ils
sont passés au canard, pigeon, colombe
ou aux personnages de bandes dessinées
ou populaires comme Dorémone, Hugo…Surtout,
les producteurs et artisans ont toujours
pu compter sur les plus jeunes qui rêvent
tous de posséder une tirelire où
ils épargneront les pièces
récoltées .
Les producteurs ont trouvé de nouveaux
débouchés. À bon vin,
point d’enseigne. Maintenant les clients
se rendent sur place pour commander les
tirelires en terre cuite. Preuve de ce renouveau
et fierté des artisans, les tirelires
prennent désormais la route de l'étranger.
Cambodge, Thaïlande, Laos, Malaisie,
Australie et Japon, sont tombés sous
le charme du mammifère rose. À
lui seul le voisin cambodgien en importe
plus de 10.000 par mois. "Nous accueillons
beaucoup de clients qui nous passent parfois
de grosses commandes. Notre capacité
de production reste limitée. Nous
privilégions ainsi les clients connus",
explique la présidente du club des
producteurs, Lê Thi Nghiêm.
L'ancienne artisane possède aujourd'hui
l'un des plus grands fours de la région,
qui voit passer chaque jour entre 3.000
et 4.000 pièces. La renaissance du
métier traditionnel a attiré
plusieurs familles dans ce commerce. Aujourd'hui,
quelque 120 foyers vivent de ce métier
artisanal dont plus de la moitié
sont membres du club de producteurs. Celui-ci
possède 12 fours qui fournissent
quotidiennement plus de 40.000 tirelires.
Ces fourneaux ne suffisent pourtant pas
à satisfaire les commandes nationales
et étrangères. Le club de
producteurs se transformera en 2007, selon
sa présidente, en coopérative
pour élargir la production et signer
des contrats importants.
Hoàng Hoa/CVN( Têt 2007).
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