|
L'homme qui sait
préserver un art populaire
Il est né en 1976 d'une famille d'artisans
des estampes de Dông Hô. Diplômé
de l'École supérieure de design
industriel, il se convertit en artisan pour
sauver la tradition ancestrale. Cet homme
s'appelle Nguyên Dang Khoa.
Après l'université, Khoa était
enseignant dans la province de Tuyên
Quang. Au bout de deux ans, la monotonie
du quotidien devenait dégoûtante
pour le jeune fonctionnaire. Il est revenu
à Hanoi pour se lancer dans une vie
plus créative. Il faisait des gravures,
apprenait le dessin sur ordinateur et enseignait
la peinture pour joindre les deux bouts.
Un soir, Khoa confiait à un ami peintre
qu'il ne trouvait pas encore de quoi faire
une carrière. "Ne la cherche
pas ailleurs, elle se trouve dans ta famille
!", conseillait son ami.
Le grand-père de Khoa est Nguyên
Dang Khiêm, un artisan renommé
du village des estampes de Dông Hô,
qui travaillait au Musée des beaux-arts
du Vietnam dès les premiers jours.
Sa grande famille a vécu dans le
village de Yên Phu, en banlieue de
Hanoi, où vivaient une trentaine
de familles qui avaient fui la guerre du
village de Dông Hô dans les
années 50. Nguyên Dang Giap,
oncle de Khoa, n'avait pas oublié
d'emporter avec lui des estampes en bois
de jacquier. Même si graver des estampes
et imprimer des peintures traditionnelles
était alors un métier encore
beaucoup moins pratiqué, Nguyên
Dang Giap gardait toujours ses gravures.
Il voulait voir un jour son neveu Khoa retransmettre
les valeurs traditionnelles liées
à la fabrication des estampes. En
réalité, la famille de Khoa
est unique dans cette profession à
Hanoi.
Ce jour est venu. Le jeune artiste a retrouvé
son patrimoine de peintures, non seulement
des sujets traditionnels, mais aussi des
mythes d'histoire contemporaine, comme celles
qui représentent les deux résistances
nationales. Les artisans de Dông Hô
ont réalisé des peintures
reflétant milles facettes de la vie
quotidienne d'il y a un siècle. Il
est donc rare de trouver des personnages
occidentaux dans les estampes traditionnelles
vietnamiennes. La peinture de Dông
Hô rapporte souvent les travaux de
l'édification et de la défense
nationales. En effet, Khoa dispose de plus
d'une centaine de peintures traditionnelles,
par groupe de cinq à six estampes,
inspirées par des contes populaires
ou des mythes historiques du Vietnam. Malheureusement,
la plupart des gravures en bois ont été
perdues au fil des années et Khoa
pensait alors qu'il faudrait deux ans pour
restaurer tout ce patrimoine.
Mains et âmes
Ces deux dernières années,
le jeune artisan Nguyên Dang Khoa
s'est beaucoup investi dans la réfection
de ces estampes en bois, mais n'est arrivé
à en fabriquer qu'une cinquantaine.
Alors qu'il lui faudrait en faire environ
400 pour pouvoir imprimer les peintures
en couleurs sur le papier do (de rhamnoneuron),
selon une centaine de modèles dont
il dispose.
La gravure des estampes en bois reste entre
de bonnes mains. M. Giap, oncle de Khoa,
est heureux de voir un enfant de sa grande
famille poursuivre aujourd'hui la tradition
du village de Dông Hô. Pragmatique,
Khoa voulait que son oncle lui transmette
tout son savoir-faire afin de devenir plus
compétent qu'après avoir suivi
une formation quelconque. Mais, son oncle
lui répondit qu'il ne pouvait enseigner
que les principes, tandis que la pratique,
elle, dépend essentiellement des
mains et de l'âme de l'artisan.
Il ne faut pas brûler les étapes.
C'est ce que Khoa a reconnu après
des années de travail dans la fabrication
des estampes. Une fois, Khoa a loué
les services de bons menuisiers d'un village
artisanal de Bac Ninh pour faire une sorte
de sous-traitance pour lui. L'association
a totalement échoué, l'estampe
de Dông Hô n'est pas un simple
objet de bois. Elle conserve en tant qu'art
populaire, une identité incomparable
dont on ne dispose pas sans travail et abnégation.
Pour la restauration des estampes, Khoa
a tout appris à son oncle, depuis
les moindres détails de préparations
- la compte des feuilles de papiers, l'aiguisage
des couteaux... - jusqu'aux plus grands
raffinements.
Anh Vu/CVN ( 16/10/05 )
----------------------------------------------------------------------------------------------------
Les
estampes de Dông Hô, un patrimoine
menacé
Dông Hô, un village dans la
province de Bac Ninh (Nord), est réputé
depuis 400 ans pour ses estampes, traditionnellement
accrochées aux murs des maisons.
Mais, depuis quelques temps, ces images
populaires n'ont plus la cote. À
tel point que le métier est menacé
de disparition.
| C'est avant
1945 que les estampes du village Dông
Hô, district Thuân Thành,
province septentrionale de Bac Ninh,
ont connu leur âge d'or. Toutes
les familles du village étaient
impliquées car la demande était
forte. Bien que le marché des
estampes ne battait son plein qu'au
12e mois lunaire, les fabricants devaient
travailler d'arrache-pied depuis le
7e mois. Mais, au fil des années,
l'intérêt pour ces imageries
populaires a chuté. En 1967,
le Service de la culture et de l'Information
de l'ancienne province de Hà
Bac, en collaboration avec un partenaire
nippon, a fondé le groupe des
fabricants d'estampes de Dông
Hô. |
 |
Environ un millier d'exemplaires
étaient fabriqués chaque mois,
exportés jusqu'en 1985 vers douze
pays d'Europe de l'Est. Mais, depuis 1990,
le métier est de nouveau confronté
à une crise. À telle enseigne
que la plupart des villageois ont décidé
de se reconvertir. Et il n'est pas rare
que les anciens supports en bois servent
maintenant à allumer le feu ou à
fabriquer des poulaillers. La fin d'une
époque.
Les deux derniers
artisans
Deux vieux artisans restent cramponnés
à leur métier. Pour eux, pas
question de tourner la page. Nguyên
Huu Sam, 74 ans, préserve environ
600 supports dont 200 hérités
de ses ancêtres. Il a aussi conçu
de nouvelles imageries : "Airs de quan
ho avec l'éventail", "Le
roi Ly Thai Tô prenant l'édit
de transfert de la capitale"... Nguyên
Dang Chê, l'autre irréductible
artisan, dont la famille exerce ce métier
depuis 22 générations, a investi
beaucoup de temps et d'argent pour collecter
et rénover les anciens supports.
Il a créé une vingtaine de
nouveaux modèles comme L'Oncle Hô
avec les enfants, Capture du pilote américain...
Dans l'espoir d'éviter que le métier
ne disparaisse, un club des estampes a été
créé il y a 5 ans. Avec comme
objectif d'apprendre le métier, de
gérer et vendre les estampes à
la maison communale du village. Le club
a reçu 50 millions de dôngs
de subventions du Département général
du tourisme, 15 millions de dôngs
prélevés du budget communal
et 20 millions de dôngs collectés
parmi les villageois. En septembre dernier,
le Service du tourisme et du commerce de
la province de Bac Ninh a inauguré
une galerie des estampes de Dông Hô.
Malgré ces efforts, les estampes
ont du mal à trouver un marché
et leur sort est plus qu'incertain.
Tuân Viêt/CVN ( 20/02/05 )
|